Agence de Presse Sénégalaise (Dakar)

Sénégal: Gounass - Les inondations ont rendu plus dificile la lutte contre le paludisme

9 Novembre 2008


Dakar — La localité de Gounass (banlieue de Dakar) est toujours touché par le paludisme, malgré la mobilisation de la Fédération des associations de femmes du Sénégal (FAFS) qui dit y avoir distribué 5.000 moustiquaires dans le cadre d'une campagne de lutte contre cette maladie.

"Nous sommes venues mener des activités d'envergure, mieux sensibiliser les populations sur le danger que représente le paludisme", a dit à des journalistes Florence Tavares De Souza, déléguée de la FAFS.

Dimanche, cette association organisait des opérations de set-settal (nettoiement) et de sensibilisation au paludisme dans plusieurs quartiers de la banlieue de Dakar.

"Au moins, toutes les femmes et les enfants âgés de zéro à cinq ans ont chacun une moustiquaire", s'est réjouie Marième Wane, secrétaire générale de la Fédération des femmes de Gounass, affiliée à la FAFS.

Mais, les rues et les maisons de son quartier vivent encore le calvaire des inondations - et des ordures - à cause de la nature de la nappe phréatique caractérisée par une montée permanente en surface de l'eau, déplore Mme Wane, habillée d'une blouse aux couleurs de la FAFS.

Le paludisme aura la partie facile à Gounass tant que "les ordures seront encore jetées où l'on veut (dans les rues, aux abords des maisons)", prévient Kiné Ndiaye.

"Allez voir vous-mêmes comment nos maisons sont encore inondées", lance une vieille femme à des journalistes rencontrés dans les rues de Gounass.

"Nous louons les services de charretiers qui viennent remblayer nos maisons avec du sable. Le remblai consiste à mettre des ordures ramassées dans les maisons ou dans les rues, ensuite on met du sable fin dessus", raconte Abdoul Bâ occupé à raser un enfant encore convalescent suite à un accès palustre.

Le perron de la chambre du vieux Saïdou Bâ suinte encore, plusieurs semaines après les pluies. "Ce n'est pas de l'eau de pluie. Cette eau vient de la nappe phréatique", explique-t-il en wolof.

"Ici, les maisons ont été inondées juste après les premières pluies de l'hivernage. Aujourd'hui encore, l'eau remonte en surface", explique Abdoul comme pour confirmer les explications de son père, Saïdou.

Au plus fort des inondations à cause desquelles le gouvernement avait déclenché, en septembre, un plan ORSEC (organisation de secours), Saïdou Bâ a payé 9.500 francs CFA pour évacuer les eaux de la maison.

Le groupe secours et sauvetages du plan national ORSEC a, dans un communiqué diffusé jeudi, annoncé qu'à la date du 23 octobre, il avait libéré des eaux 156 quartiers, 685 maisons, écoles, édifices publics et lieux de culte sur l'ensemble du territoire national.

"Des quartiers où subsistent les grandes nappes résiduelles, notamment à Alwar et Afia sis à Yeumbeul Sud (banlieue de Dakar) ont reconnu et accepté que le pompage de leurs localités était impossible et ne constituait pas une solution durable", ajoutait le communiqué.

Les eaux avaient entièrement conquis la maison et il y avait de l'eau même sous les lits, se souvient M. Bâ, montrant des flacons de médicaments antipaludéens payés à 6.500 francs CFA.

Il se réjouit que tout le monde chez lui dort maintenant sous une moustiquaire grâce à la FAFS.

Une eau verdâtre au-dessus de laquelle bourdonnent des moustiques continue d'envahir la maison des Bâ tenant à quatre pièces.

Un vieil homme rencontré dans les dédales du quartier se plaint du fait que sa maison demeure encore la proie des eaux de pluies, alors qu'il a payé de l'argent pour leur évacuation. Venus constater le mal, des journalistes découvrent une maison entièrement à la merci des eaux devenues verdâtres.

"Le paludisme a élu domicile ici à Gounass. Il va disparaître peut-être avec les opérations de set-settal (nettoiement) souvent organisées par les jeunes du quartier. En attendant, les moustiques continuent de piquer. De plus, les ordonnances sont chères", commente Kiné Ndiaye, accoudée à un mur, la main gauche badigeonnée.

"Nous sommes sûres que nous pouvons enrayer le paludisme dans notre pays", assure Mme De Souza, reconnaissant que la campagne menée par la FAFS "n'a pas pu satisfaire les besoins des populations, les plus vulnérables surtout au paludisme : les enfants de zéro à cinq ans, les vieilles personnes et les femmes enceintes."

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