La Tribune (Algiers)

Afrique Australe: Afin de mettre un terme à la crise - Les leaders d'Afrique australe prêts à pousser

Les chefs d'Etat d'Afrique australe devraient, demain, mettre la pression sur le président zimbabwéen Robert Mugabe et son rival Morgan Tsvangirai pour les pousser à former un gouvernement afin de sortir le pays de la crise, lors d'un sommet régional à Johannesburg.

Le sommet élargi aux 15 membres de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) est perçu comme celui de la dernière chance pour sauver un accord de partage de pouvoir, dans l'impasse depuis sa signature le 15 septembre.

Après l'échec de deux mini-sommets de l'organe de sécurité de la SADC, la réunion extraordinaire de demain permettra à l'ancien président sud-africain Thabo Mbeki de faire un point sur sa médiation et aux leaders zimbabwéens de présenter leur avis divergent sur la répartition des ministères au sein du futur gouvernement d'union.

L'opposition devrait y dénoncer de récentes arrestations et des violences politiques contre ses militants : des actes, selon elle, qui ont «tué le dialogue».

«Une approche musclée est nécessaire de la part de la SADC, plutôt que de poursuivre sa diplomatie discrète», jugée conciliante par l'Occident et l'opposition envers le régime, assure Eldred Masungure, professeur de sciences politiques à l'université du Zimbabwe.

Cette fois, le bloc régional semble avoir entendu le message, répété à maintes reprises par le chef du parti au pouvoir en Afrique du Sud, Jacob Zuma.

«La SADC doit faire en sorte que les Zimbabwéens parviennent à un accord», a déclaré hier le favori à la présidentielle de 2009, pour qui «une solution doit être trouvée afin de permettre au Zimbabwe d'en finir avec cette triste période».

La première puissance régionale du continent, qui préside la SADC, s'est finalement décidée à plus de fermeté, à l'instar du Botswana, pour sortir le pays de la crise née de la défaite historique du régime aux élections générales fin mars.

«Nous allons durcir notre position pour nous assurer qu'un accord soit conclu», a déclaré jeudi dernier le porte-parole du gouvernement sud-africain, Themba Maseko, ajoutant que la situation devenait «un handicap majeur pour la stabilité politique» de l'Afrique australe.

Mais beaucoup de membres du bloc régional n'osent pas critiquer Robert Mugabe, héros de l'indépendance, tandis que d'autres sont loin d'être des exemples de démocratie, prévient l'universitaire zimbabwéen Takavafira Zhou.

«Les pays africains, y compris l'Afrique du Sud, n'ont pas autant de poids qu'on le dit», renchérit Heidi Holland, auteure d'une biographie sur M. Mugabe.

«Le problème est que vous avez affaire à un homme qui se moque absolument et véritablement de son peuple et de ses souffrances», souligne-t-elle.

Depuis plusieurs années, l'économie du Zimbabwe est en chute libre avec un taux d'inflation record. Près de la moitié de la population est menacée de famine et les instituteurs multiplient les grèves pour réclamer de meilleurs salaires.

L'éducation des jeunes Zimbabwéens est «sérieusement compromise», s'alarme une association d'enseignants, qui a appelé hier à la formation rapide d'un gouvernement «pour sauver rapidement le système scolaire».

Selon M. Mugabe, les sanctions des Etats-Unis et de l'Union européenne envers les principaux responsables du régime sont à l'origine de cette situation catastrophique.

Hier, il a cependant infléchi sa position après l'élection du nouveau président américain Barack Obama. A 84 ans, le plus vieux chef d'Etat d'Afrique s'est dit «prêt à s'engager dans toute initiative pour améliorer [les] relations bilatérales» entre Washington et Harare.


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