Notre Voie (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Décès de Miriam Makeba - La mère de "Pata Pata" était un symbole

Schadé Adédé

11 Novembre 2008


Un des symboles encore vivants de la lutte anti-apartheid et de l'unité africaine, il y a quelques heures. Miriam Makeba, la chanteuse sud africaine, s'est éteinte dans la nuit de dimanche à lundi. A 76 ans, celle que les Africains appellent aussi affectueusement "Mama Africa" et que le monde entier salue pour son indémodable tube "Pata Pata" (1956) a été frappée par une crise cardiaque, près de Naples, dans le Sud de l'Italie, au terme de 30 minutes de concert.

La grande Miriam, née d'un père xhosa et d'une mère swazi, est morte à la tâche. Il ne pouvait qu'en être ainsi. La militante des droits de l'homme était allée se produire en Italie, avec d'autres artistes, par solidarité à Roberto Saviano, un écrivain de la péninsule menacé de mort par la mafia napolitaine, la Camorra.

Cette nébuleuse qui reproche à l'écrivain d'avoir publié "Gomorra", un livre à travers lequel il dénonce le crime organisé dont les dernières victimes ne sont autres que 6 immigrés africains et un Italien de la région napolitaine qui ont trouvé la mort, en septembre dernier, dans des conditions qualifiées d'obscures.

Ainsi, jusqu'aux 30 dernières minutes de sa vie sans répits, la Sud-africaine a continué de lutter. Pour la bonne cause. Ne dit pas autre chose Nelson Mandela, prisonnier 27 ans durant de l'apartheid, premier président noir de l'Afrique du Sud au lendemain de la chute de ce système déshumanisant : "Elle était la mère de notre combat et de notre jeune nation. Ses mélodies obsédantes ont fait résonner la douleur de l'exil et de la distance qu'elle a ressentie pendant 31 ans. En même temps, sa musique nous a tous donné un profond sentiment d'espoir", se souvient l'ex-prisonnier le plus célèbre de la planète terre.

"Dans le monde entier, il y a des gens qui vous aiment et d'autres non. Il y a un deuxième groupe qui dit : "Ah Miriam Makéba, la voilà toujours en train de chanter politique !" Mais j'ai une bonne réponse pour eux : "Je ne chante pas la politique, je chante la vérité", expliquait-elle en introduction de sa chanson "I shall sing", lors d'un concert live enregistré.

Aussi bien solide et fascinante sur des airs de jazz, de pop, de soul, de reggae que de gospel, Miriam Makeba est auteur de nombreux albums avec autant de prix et distinctions glanés à travers le monde. Indubitable-ment, une des marques de reconnaissance de son talent flamboyant reste le "Grammy award" obtenu en 1965 avec "An evening with Harry Belafonte and Miriam Makeba" sur lequel figure le gros "Malaîka".

Myriam Makeba, c'est aussi cette musicienne à qui, en 1959, les autorités sud-africaines retirèrent la nationalité pour avoir joué deux chansons dans "Come back africa". Un film documentaire anti-apartheid du cinéaste américain Lionel Rogosin, qui enleva le Prix de la critique au Festival du film de Venise, en Italie.

Curieuse coïncidence ! C'est dans ce même pays que cette première chanteuse africaine à se produire devant un public occidental a aussi eu à trouver la mort. On peut le dire : après l'apartheid, la Camorra est sans doute le prochain combat de Miriam. L'artiste n'a donc pas rendu l'âme ; la lutte continue sous d'autres cieux , dans l'au-delà. Ainsi parleraient les Africains !

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