Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Une héroïne s'est éteinte

11 Novembre 2008


Kinshasa — Myriam Makeba n'est plus. Elle est décédée dans la nuit de dimanche à lundi des suites d'une crise cardiaque. « Mama Africa », cette voix limpide et perçante, ne chantera plus. Cependant, elle est morte comme elle a vécu, au front luttant pour les opprimés.

En effet, elle a été prise par un malaise alors qu'elle s'apprêtait à quitter la scène lors d'un concert en faveur d'un écrivain italien Roberto Saviono, condamné à mort par la maffia napolitaine pour avoir dénoncé cette nébuleuse qui assassine sans état d'âme. Elle s'y était rendue, avec les autres artistes, pour prêcher l'amour, la paix et la tolérance, trois mots qui ont guidé toute son existence.

Dans son Afrique du Sud natale, elle s'était déjà distinguée par sa façon séduisante de chanter qui attirait des foules. Mais également par son engagement social et politique contre toute politique de discrimination, d'inégalité. Alors qu'elle devrait se rendre à l'étranger pour une tournée musicale, elle ne s'est pas arrêtée à critiquer la politique d'apartheid qui sévissait dans son pays. Crime de lèse majesté.

Le gouvernement blanc en place décida de son bannissement, de son éloignement. 31 ans durant, elle a vécu en exil sans pour autant se désengager de ses convictions politiques et sociales. En 1960, elle ne sera pas autorisée à venir assister aux obsèques de sa mère. Une décision qui l'a excitée à multiplier les initiatives pour attirer l'attention de toute la communauté internationale sur les pires atrocités, surtout l'humiliation, que subissaient des êtres humains en Afrique du Sud, tout simplement à cause de la différence de la couleur de la peau.

Une démarche qui a pris plus d'ampleur, rassemblant plus de sympathies de toutes parts dans le dernier parcours de la libération de l'Afrique, de la décolonisation du continent. Myriam Makeba a été aux premières loges, toujours à travers sa voix captivante et ses chansons emballées pour mener son combat de « militante africaine ». Et lorsqu'en 1990, Nelson Mandela sortit de la prison où il croupissait pendant 27 ans, Myriam Makeba et tous les africanistes venaient de remporter une grande victoire : celle qui lui a permis également de mettre fin à son exil et de rentrer dans son pays, l'Afrique du Sud.

Ce n'est pas pour autant qu'elle avait pris sa retraite. Non. Elle a continué son combat d'émancipation et de réveil de la conscience africaine. Kinshasa l'avait accueillie au mois de mai 2008 au moment où la République démocratique du Congo s'engageait dans la voie de la reconstruction nationale et de la promotion des populations congolaises, au premier rang les Femmes.

Myriam Makeba entreprenait là son dernier voyage pour léguer son testament à l'Afrique. La mort l'a surprise au front, défendant son idéal. Une véritable héroïne vient de s'éteindre.

Puisse sa voix maintenir en éveil la conscience africaine en ces temps marqués par des guerres des intérêts économiques qui risquent de déchirer davantage des Etats africains et retarder le développement de l'Afrique.

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2008 Le Potentiel. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Congo-Kinshasa

Rubriques