Infos Plus Gabon (Libreville)
Vieux A. Cissé
11 Novembre 2008
Bissau — En Guinée Bissau, les observateurs et certains partis politiques en lice pour les élections législatives du 16 novembre prochain craignent que les futurs députés ne deviennent otages des narcotrafiquants. Plus d'une tonne et demie de cocaïne à destination de l'Europe y a été saisie en trois ans...
À une semaine des élections législatives, le ton monte entre les candidats. Les accusations fusent entre le Parti africain de l'indépendance de la Guinée et du Cap Vert (PAIGC), actuellement au pouvoir, et le Parti de la rénovation sociale (PRS), de l'ancien président Kumba Yalla. Le pays est dirigé par le président Joao Bernardo Vieira, élu en 2005. Il avait déjà été aux commandes pendant près de 20 ans, entre 1980 et 1999, avant d'être évincé du pouvoir à la suite d'une guerre civile.
Pas moins de vingt et une formations politiques participeront au scrutin du 16 novembre pour renouveler les 100 sièges du Parlement (dissout par le président de la République en août 2008) dont 45 seulement étaient détenus par le PAIGC ce qui limitait la marge de manoeuvre de son gouvernement. Depuis le début de la campagne, qui a démarré le 26 octobre dernier, les partis sillonnent ce petit pays lusophone de près d'un million et demi d'habitants pour rallier les suffrages des 592 000 électeurs.
En dépit du pacte de bonne conduite (lire encadré) signé par une douzaine de partis le 17 octobre dernier, le PAIGC et le PRS s'accusent mutuellement d'avoir plongé le pays dans le chaos depuis son indépendance en 1974 et d'être de mèche avec les narcotrafiquants.
La Guinée-Bissau est, en effet, considérée comme une des plaques tournantes du trafic de la cocaïne sud-américaine à destination de l'Europe. Ces trois dernières années, plus d'une tonne et demie de cocaïne y a été saisie, mais ces affaires finissent toujours par être classées sans suite.
Classé sans suite
En juillet dernier, deux avions en provenance du Venezuela avaient atterri sans autorisation à Bissau avec au moins 515 kg de cocaïne à leur bord. L'équipage a pris la fuite. Le Rapport sur la situation du trafic de cocaïne en Afrique de l'Ouest 2007 de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime cite le cas de la Guinée-Bissau pour illustrer "les difficultés de certains États à assurer l'ordre sur leur territoire".
"En avril 2007, selon ce rapport, la police de Guinée-Bissau a saisi 635 kg de cocaïne, mais les trafiquants ont pris la fuite avec le reste de la cargaison estimée à environ 2,5 tonnes. Les trafiquants avaient utilisé l'aéroport de l'armée. La police n'a pu poursuivre les trafiquants faute de carburant." En septembre 2006, rappelle ce même document, 674 kg de cocaïne avaient été saisis et deux ressortissants d'Amérique latine arrêtés, mais très vite libérés. La drogue saisie avait disparu.
"Ce n'est qu'en septembre 2007 que les investigations sur l'implication éventuelle de plusieurs officiels de hauts rangs du cabinet du Premier ministre dans la disparition de cette saisie ont repris."
Des journalistes, dont Alberto Omar Dabo, correspondant de l'Agence Reuter, ont reçu des menaces de mort pour avoir enquêté sur l'implication de responsables politiques et militaires dans ces trafics. La faiblesse des institutions, notamment de la justice, et une corruption importante dans l'administration, facilitent le trafic de drogue.
L'ex-premier ministre Carlos Gomes junior, tête de liste du PAIGC, a dénoncé en début de campagne "le financement de plusieurs partis par l'argent de la drogue". Dans ce petit pays côtier, parmi les plus pauvres du monde, beaucoup redoutent que les futurs députés soient otages des narcotrafiquants.
Le chef de la mission d'observation électorale de l'Union européenne (UE), Johan Van Hecke, appelle tous les partis politiques à la vigilance. "Le manque de financement public, dit-il, pourrait les encourager à aller chercher d'autres sources de financement pour battre campagne."
Pauvreté et instabilité
Selon certains observateurs, le PAIGC serait en position de remporter ces élections, même si elles tombent à un moment difficile pour le parti au pouvoir. Les fonctionnaires, qui ont plusieurs mois d'arriérés de salaire, multiplient les grèves.
Quant aux populations, fortement éprouvées par la flambée des prix des denrées de première nécessité (riz, huile et sucre), leur préoccupation première est de survivre au quotidien. De nombreux observateurs, dont 50 envoyés par l'UE, sont attendus à Bissau pour surveiller le scrutin. La Communauté des pays de langue portugaise (CPLP) et l'Union africaine (UA) vont également dépêcher des observateurs.
Selon le régime parlementaire en vigueur en Guinée-Bissau, le parti qui remportera le plus de sièges à l'Assemblée gouvernera le pays. Le très influent général Tagme Na Wai, chef d'État-major actuel, a déjà averti que l'armée ne serait "plus un tremplin" vers le pouvoir. Une allusion à la tentative de coup d'État du chef d'état-major de la marine, en août dernier, et un rappel de l'instabilité chronique de ce petit pays.
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