Africa Renewal (United Nations)

Afrique: Renforcer l'épargne intérieure en Afrique - Il faut faire appel aux ressources qui échappent aux banques

Efam Dovi

12 Novembre 2008


Les banques traditionnelles n'ont pour clients que 20 % des Africains. Si elles parviennent à mieux exploiter les vastes ressources financières qui leur échappent, de plus larges sommes d'argent seront disponibles pour les investissements.

Et si les riches africains décidaient d'investir leurs revenus en Afrique plutôt qu'en dehors du continent ? Et si les 80 % d'Africains qui n'ont pas de compte en banque avaient accès aux services financiers du secteur bancaire conventionnel ? Et si les gouvernements africains investissaient leurs revenus nationaux de manière productive ? "Les taux d'épargne augmenteraient considérablement et l'Afrique pourrait peut-être satisfaire ses besoins en ressources financières et au-delà", répond Samuel Gayi, économiste principal pour l'Afrique à la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) de Genève.

La capacité des pays africains à financer une plus grande part de leurs besoins de développement à partir de leurs ressources intérieures, "leur donnerait la flexibilité indispensable pour formuler et mettre en oeuvre des politiques adaptées" pour répondre aux défis du développement, orienter leurs ressources vers les secteurs à haute priorité tout en "renforçant la capacité de leurs Etats", affirme le rapport 2007 de la CNUCED intitulé : Le Développement Économique en Afrique, Retrouver une marge d'action: La mobilisation des ressources intérieures et l'État développementiste.

On estime que l'Afrique perd chaque année des centaines de milliards de dollars à cause de la fuite des capitaux, de la fraude fiscale, du rapatriement des profits par les sociétés multinationales et du montant élevé du remboursement de la dette extérieure. Mais simultanément, le large "secteur informel" de l'économie possède des ressources financières considérables qui ne sont pas déposées sur des comptes en banque et qui ne passent pas non plus par d'autres canaux du secteur financier traditionnel.

Malgré cela, jusqu'à très récemment la plupart des conférences et des sommets internationaux qui se penchaient sur le financement du développement économique et social de l'Afrique s'occupaient généralement des moyens de mobiliser de plus importantes ressources extérieures. Cela est en train de changer. Mais les flux de l'aide publique au développement (APD) restent volatiles, et comme le note le rapport de la CNUCED "une dépendance excessive vis-à-vis des flux de capitaux étrangers" rend ces pays vulnérables aux chocs externes. De plus, la part du total mondial des investissements étrangers directs (IED) de la région est restée basse.

Un fonds panafricain

En conséquence, les gouvernements africains se préoccupent de plus en plus de mieux mobiliser leurs ressources intérieures. Au sommet de l'Union africaine tenu en juillet 2007 au Ghana, les dirigeants du continent ont lancé une initiative destinée à exploiter les ressources locales pour financer le développement des infrastructures africaines. Le Fonds panafricain de développement des infrastructures (PAIDF) qui rentre dans le cadre du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD), le plan de développement du continent, cherche à trouver des ressources principalement auprès des fonds de pension publics et privés et des sociétés de services fiduciaires de l'Afrique.

Une caisse d'épargne en Gambie. Les institutions de microfinance font appel à des méthodes innovatrices pour aider les plus pauvres à épargner et à emprunter.

Le PAIDF investira directement dans les grands projets d'infrastructure africains : énergie, réseau routier, informatique et télécommunications, adduction d'eau. Il investira aussi dans le capital de sociétés propriétaires d'infrastructures ou d'équipements similaires, ou qui en contrôlent, en assurent le fonctionnement ou la gestion. Firmino Mucavele, à l'époque directeur du secrétariat du NEPAD à Pretoria en Afrique du Sud, déclarait que l'objectif était d'investir dans les projets qui généreront des rendements importants.

En juillet 2008, le fonds s'est fixé l'objectif de recueillir 1 milliard de dollars dont environ 625 millions avaient été obtenus à la date de son lancement. Les actionnaires potentiels du PAIDF sont des fonds de pension régionaux réputés, tels que la société d'investissement public (Public Investment Corporation) sud-africaine qui détient des actifs de plus de 90 milliards de dollars, et des fonds similaires du Nigeria, du Ghana, de Namibie et du Botswana.

Jusqu'ici, les gestionnaires des fonds de pension africains publics et privés qui cherchaient à obtenir sécurité et rendements élevés, investissaient une grande partie de leurs ressources dans des sociétés et des valeurs mobilières à l'extérieur de l'Afrique, contribuant ainsi à la sortie des capitaux du continent. En essayant de diriger une petite portion de ces flux financiers vers l'intérieur, ainsi que par d'autres initiatives parallèles, les gouvernements africains tentent aujourd'hui de renforcer l'épargne nationale sur le continent.

De faibles taux d'épargne

L'Afrique subsaharienne a le taux d'épargne le plus bas du monde en développement. Bien que les chiffres varient d'un pays à l'autre, selon les estimations de la Banque mondiale l'épargne intérieure brute de la région se situait en moyenne en 2005 à 18 % du produit intérieur brut (PIB), contre 26 % en Asie du Sud et presque 43 % en Asie orientale et dans les pays du Pacifique.

Dans certains pays, ce taux est même à la baisse. L'Afrique du Sud représente à elle seule presque 40 % du PIB de l'Afrique subsaharienne, mais malgré cela en 2006 le taux d'épargne intérieure brute est tombé à 13 %, contre 26,7 % au début des années 1980.

En Ouganda, le taux d'épargne n'est que de 10 % du PIB. Japheth Katto, directeur de l'Autorité des marchés financiers du pays, a déclaré récemment que ce taux ne s'améliorerait pas dans un avenir proche "à moins que des efforts concertés soient faits pour accroître le rayon d'action du secteur financier."

Bien que quelques pays aient atteint des taux d'épargne plus élevés, le fonds de l'affaire est que le taux d'épargne de la région "n'est pas compatible avec les besoins d'investissement de 25 % du PIB nécessaires pour réduire la pauvreté d'ici à 2015", soutient Jean Thisen, haut responsable des affaires économiques à la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique (CEA), établie à Addis Abeba en Ethiopie.

Les obstacles à l'épargne

Il y a de nombreuses causes à ce faible taux d'épargne en Afrique, dont des services financiers inadéquats. L'éloignement physique des institutions bancaires et des exigences de dépôt et de solde minimum élevés font que la majorité de la population n'a pas accès aux services bancaires. En conséquence, seulement 20 % des familles africaines détiennent un compte en banque.

En Afrique de l'Est, l'Ethiopie, l'Ouganda et la Tanzanie ont tous moins d'une agence bancaire pour 100 000 habitants. Le rapport est meilleur pour certains pays d'Afrique australe ; plus de 4 en Namibie, plus de 3 au Zimbabwe et presque 4 au Botswana.

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