Africa Renewal (United Nations)
Efam Dovi
12 Novembre 2008
(Page 2 of 3)
Les exigences de solde minimum des banques et les frais de tenue de compte sont trop élevés pour de nombreux Africains. Selon un rapport de 2007 de la Banque mondiale, ouvrir un compte au Cameroun exige un dépôt de 700 dollars. C'est une somme supérieure au revenu annuel de nombreux Camerounais.
De nombreuses banques requièrent également une importante documentation pour ouvrir un compte. Au Cameroun, en Sierra Leone, en Ouganda et en Zambie, les banques exigent au minimum quatre documents, dont une carte d'identité ou un passeport, une lettre de recommandation, un bulletin de salaire et une preuve de domiciliation.
Même quand les gens disposent d'un peu d'argent, il peut n'y avoir qu'une faible incitation à épargner. Au Ghana, les intérêts rétribuant l'épargne sont négligeables, alors que les taux d'intérêts annuels sur les prêts vont de 23 à 25 %.
Le faible niveau de l'épargne déposée dans le système bancaire fait que beaucoup de banques n'ont que des fonds limités à prêter. En conséquence, selon les estimations de la Banque mondiale, les entreprises de l'Afrique subsaharienne financent entre la moitié et les trois quarts de leurs nouveaux investissements sur leur épargne propre. Un tel "auto-investissement" peut être productif, mais les spécialistes jugent que les bénéfices non distribués ne sont pas normalement suffisants et que ceci restreint les activités de nombreuses entreprises.
Une épargne qui attend d'être mobilisée
En Afrique, de nombreuses activités économiques se déroulent dans le secteur informel. De nombreux ménages ont des économies, mais "le problème est qu'elles sont conservées sous des formes non financières, a déclaré M. Gayi à Afrique Renouveau, elles ne sont pas suffisamment dirigées vers des investissements productifs."
De nombreux Africains conservent encore la plus grande partie de leur épargne sous forme de bétail, de stocks de marchandises destinées au commerce, de céréales, de bijoux ou de matériaux de construction. Les données sont peu nombreuses, mais certains experts estiment qu'environ 80 % des avoirs détenus par les ménages ruraux d'Afrique le sont sous une forme non financière.
Avoir accès à cette épargne nécessite "l'introduction de nouveaux produits ou instruments financiers qui répondent aux besoins d'épargne des ménages", estime M. Gayi de la CNUCED. Des produits qui "permettent un accès facile" à cette épargne et autorisent "de petites transactions à intervalles fréquents" encourageraient les ménages à passer au système bancaire conventionnel, rendant ainsi ces avoirs disponibles pour l'investissement productif, affirme-t-il.
En Ouganda, selon une enquête approfondie citée par le Fonds d'équipement des Nations Unies (FENU), au cours des 12 mois de l'étude, les détenteurs de comptes bancaires avaient épargné trois fois plus que ceux qui détenaient leurs avoirs dans les "secteurs semi-formel et informel."
Le FENU notait dans son rapport 2004 qu'au Rwanda environ un demi-million de comptes d'épargne avec livret, dont le montant moyen de dépôts était de 57 dollars, avaient mis près de 40 millions de dollars en circulation en 2001. "Bien que cela puisse apparaître relativement insignifiant, expliquait le FENU, la circulation appropriée de ces fonds sous forme de produits de crédit pourrait avoir un effet démultiplicateur important pour l'économie du Rwanda."
Réforme bancaire et élargissement de la clientèle
Dans de nombreux pays d'Afrique, gouvernements et banques changent la manière dont ils opèrent. Au Nigeria, une série de réformes du secteur bancaire lancées en 2004 a limité la participation de l'Etat dans les banques et introduit une plus forte concurrence, ce qui a mené au rachat des petites banques par des banques plus importantes et à des fusions.
La filiale de la Standard Trust Bank au Ghana, aujourd'hui United Bank of Africa, a introduit un compte "zéro-depôt" qui permet d'ouvrir un compte sans, dans un premier temps, déposer d'argent, ce qui a multiplié son nombre de clients.
Au Ghana, la libéralisation du secteur financier a introduit une plus grande concurrence et forcé les banques à être plus novatrices et à faire des efforts pour attirer la clientèle. En 2006, Barclays Bank Ghana a commencé à travailler avec des agents susu qui déposent l'épargne collective de leurs mandants à la banque, qui les rétribue et leur accorde des facilités d'emprunt.
Le susu est la plus ancienne forme de collecte de l'argent au Ghana. Dans ce système, un groupe fait une contribution régulière à un fonds commun détenu par un agent percepteur susu. Chaque membre du groupe reçoit à tour de rôle à la fin d'un cycle le total des sommes recueillies pour les investir ou répondre à d'autres besoins. Dans certains cas, l'argent est remboursé aux membres tous les 31 jours, une contribution d'un jour étant perçue pour couvrir les frais du fonds.
Beaucoup de commerçantes des marchés préfèrent confier leur argent à un percepteur susu que de laisser leurs marchandises sans surveillance sur le marché pendant qu'elles vont à la banque. A la différence des banquiers traditionnels, les percepteurs susu passent à l'étal ou à la maison de leurs clients pour recueillir leur contribution quotidienne, hebdomadaire ou mensuelle, suivant les circonstances. Il n'y a pratiquement pas de formalités pour le client. L'activité de ces agents percepteurs sur des marchés qui sont hors de la portée des banques traditionnelles est fondée sur les rapports personnels, la confiance et différentes formes de garantie.
Le Ghana compte environ 5 000 de ces percepteurs qui ont plus de 2 millions de clients. La banque Barclays collabore aujourd'hui avec 100 de ces intermédiaires et espère en recruter d'autres.
Au Bénin, à la suite de la réforme du secteur financier opérée dans les années 1990, le gouvernement a introduit un programme de caisses d'épargne rurales pour mieux servir les plus pauvres. Le FENU notait dans son rapport 2004 que "l'économie a connu une croissance annuelle de 5 % au cours des cinq dernières années à la suite de ces interventions." Il ajoutait qu'une bonne politique financière et la mise en place de systèmes d'épargne sûrs et accessibles amélioreraient le taux d'épargne et que des investissements intérieurs accrus stimuleraient la croissance de l'économie.
Pour accroître l'épargne, "la réglementation bancaire doit être adaptée pour encourager les institutions de microfinance qui ont les capacités de mobiliser légalement les économies de leurs clients ou du grand public", déclare M. Thisen de la CEA.
Le retour des caisses d'épargne postales
Pendant des décennies, les gouvernements ont utilisé leur réseau postal extensif pour mobiliser de petits montants d'épargne et fournir des services financiers de base dans les zones rurales et urbaines. Récemment, les réformes du secteur financier de nombreux pays africains ont élargi l'offre de produits présentés par ces banques postales.
La caisse d'épargne de la poste kenyane, fondée en 1978, fournit toute une gamme de services et constitue un système bancaire évolué. L'année dernière, la "Banque postale", nom qui lui est communément attribué, a recueilli 12 milliards de shillings kenyans (1 dollar U.S. = 68,7 shillings kenyans) de l'épargne nationale et a réalisé des bénéfices de 174 millions de shillings, principalement par l'investissement des fonds ainsi recueillis. Les directeurs de cette caisse d'épargne pensent que ces recettes pourraient encore être améliorées par la poursuite de l'expansion de la caisse et une diversification de ses produits et services. La caisse cherche à faire amender la loi sur la caisse d'épargne postale pour pouvoir offrir des prêts et des facilités de crédit aux personnes à faibles revenus et aux microentreprises.
Be the first to Write a Comment!
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.