Africa Renewal (United Nations)

Malawi: Moisson de l'espoir pour les agriculteurs

Michael Fleshman

12 Novembre 2008


Grâce à des engrais et autres intrants agricoles fournis à bas prix par le gouvernement, les récoltes de maïs du Malawi ont été abondantes. Dans un monde encore secoué par la flambée des prix alimentaires et les manifestations parfois violentes qui l'ont accompagnée (voir Afrique Renouveau, juillet 2008), comment accroître la production agricole en Afrique et dans d'autres régions qui souffrent régulièrement de la faim? Tito Jestala, qui cultive une minuscule parcelle de terre à Chiseka (Malawi), pense détenir la solution.

En 2005, plus de 30 de ses voisins sont morts de malnutrition, à la suite d'une des sécheresses que connaît périodiquement l'Afrique australe. Même sur une bonne année, a-t-il déclaré au quotidien britannique The Independent, il ne tirait à grande peine que 250 kilos de maïs de sa terre épuisée. Mais au cours des deux dernières années, cette récolte a triplé, ce qui lui a donné largement de quoi nourrir sa famille, lui laissant même un surplus à vendre sur le marché local.

Selon M. Jestala, ce changement est dû aux engrais. Cet intrant élémentaire est resté pendant des années au-delà de ses moyens, comme pour des millions d'autres agriculteurs africains. Coûtant l'équivalent d'environ 50 dollars le sac, l'engrais était bien trop cher. L'acheter à crédit représentait un trop grand risque pour des agriculteurs à la merci de pluies incertaines et de semences de mauvaise qualité. Mais en 2005 le gouvernement du Président Bingu wa Mutharika a entrepris de subventionner l'approvisionnement des petits agriculteurs du Malawi en engrais et en semences à fort rendement. Ceci a permis de faire baisser le prix des engrais de 80 % et celui des semences hybrides de maïs de 600 à 30 kwacha le sac.

Les effets de cette mesure ont été spectaculaires. L'année suivante, la récolte de maïs du Malawi a plus que doublé pour atteindre 2,7 millions de tonnes. Elle a encore augmenté en 2007, passant à 3,4 millions de tonnes - suffisamment pour nourrir le pays, vendre 400 000 tonnes de ce maïs au Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies et des centaines de milliers de tonnes supplémentaires aux pays voisins, ce qui a rapporté 120 millions de dollars. Ce pays auparavant dépendant de l'aide au développement a même fait don de 10 000 tonnes de maïs au programme de nutrition du PAM destiné aux personnes séropositives.

Cette année, le gouvernement prévoit de dépenser 170 millions de dollars afin de faire bénéficier de ce programme un plus grand nombre d'agriculteurs et de profiter de la hausse des prix du maïs sur les marchés mondiaux.

Les experts de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) attribuent en fait ce retournement de situation à un ensemble de facteurs, dont le retour de pluies suffisamment abondantes, l'incitation que constituent des prix alimentaires mondiaux plus élevés et l'augmentation des investissements du gouvernement dans d'autres domaines de l'économie rurale du pays.

Au Malawi, des agriculteurs font la queue pour acheter de l'engrais subventionné. Bien que d'autres pays africains s'intéressent à l'expérience du Malawi, certains bailleurs de fonds restent circonspects.

Il y a cependant peu de doutes que la décision de mettre des semences de haute qualité et des engrais à la portée de petits agriculteurs comme M. Jestala est une des clés du succès du Malawi. Ce programme de subventions est déjà considéré comme un modèle par un nombre croissant de gouvernements africains et par des organisations internationales spécialistes du développement et de l'agriculture.

Ce programme a cependant du mal à être accepté par les bailleurs de fonds. En 1999, le gouvernement avait lancé un modeste programme de "nécessaires de démarrage" composés d'engrais et de semences pour aider les exploitations agricoles familiales à augmenter leur production ; les résultats en ont été remarquables mais ces subventions ont rencontré l'opposition de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI). Suite à des pressions considérables de ces institutions de financement, le programme a été progressivement éliminé.

La plupart des agriculteurs du Malawi étant cependant trop pauvres pour obtenir engrais et semences aux prix du marché, les rendements ont brutalement chuté. Quand la sécheresse a frappé en 2001, ni les agriculteurs ni le gouvernement n'avaient de réserves suffisantes pour y faire face et on estime que plus de mille personnes en sont mortes. Quand ensuite l'insuffisance de la récolte de 2005 a mené 5 des 13 millions d'habitants du Malawi au bord de la famine, le gouvernement nouvellement élu du Président Mutharika a défié les donateurs et lancé un programme de subventions sur ses propres fonds.

Cette mesure s'est révélée décisive, a déclaré à Afrique Renouveau Kanayo Nwanze, vice-président du Fonds international de développement agricole des Nations Unies (FIDA). "Attribuer des subventions pour les semences et les engrais malgré les objections des partenaires de développement était une décision très audacieuse", affirme-t-il, notant qu'au cours d'une réunion avec de hauts responsables du Malawi, un représentant d'un pays bailleur de fonds avait quitté la salle furieux. "Mais le gouvernement est resté sur ses positions."

Face au succès manifeste, "l'année suivante les bailleurs de fonds ont apporté leur soutien", note M. Nwanze. Il ajoute que cela se justifiait sur le plan économique puisque les économies réalisées grâce à la diminution des importations et à la hausse des exportations étaient trois à quatre fois plus importantes que le coût des subventions.

Un nombre croissant de pays, dont la Zambie, le Ghana, le Sénégal et le Kenya, ont annoncé des programmes de subventions similaires et d'autres gouvernements devraient s'engager dans cette voie.

La Banque africaine de développement (BAD), souvent opposée aux interventions de l'Etat dans le domaine économique, a annoncé en mai qu'elle mettait sur pied un fonds spécial pour mobiliser les ressources financières nécessaires à l'augmentation de la production et de l'utilisation d'engrais, y compris en subventionnant leur vente aux exploitations agricoles familiales. Cette mesure s'inscrit dans le cadre d'une augmentation d'un milliard de dollars du portefeuille de prêts agricoles de la BAD.

Échec de politiques

Le nouvel accent mis sur l'agriculture familiale et l'indépendance alimentaire marque une nette rupture avec les politiques appliquées dans le passé par les donateurs, les institutions financières internationales et les gouvernements africains. Depuis au moins les années 1980, ces gouvernements ont suivi les politiques d'ajustement structurel imposées par la Banque mondiale et le FMI ; elles privilégiaient entre autres les productions agricoles d'exportation et à forte valeur commerciale et le développement d'activités non agricoles pour les personnes perdant ainsi leurs activités. Les subventions et les programmes de commercialisation étatiques étaient jugés trop coûteux, contraires aux intérêts du secteur privé et sujets à la mauvaise gestion et à la corruption. Le retrait du gouvernement du secteur agricole, insistaient les bailleurs, permettrait au secteur privé d'y prendre sa juste place.

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