Africa Renewal (United Nations)

Malawi: Moisson de l'espoir pour les agriculteurs

Michael Fleshman

12 Novembre 2008


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Mais comme le prouvent les données de la FAO et de la Banque mondiale, les investissements dans l'agriculture africaine ont au contraire connu un fort déclin qui s'est traduit par une chute de l'utilisation des engrais et des semences améliorées, par une raréfaction des services de commercialisation et de vulgarisation agricoles et par une baisse constante des rendements, de la fertilité des sols et des revenus des populations rurales.

Une analyse des prêts à l'agriculture africaine effectuée en 2007 par le Groupe d'évaluation indépendante de la Banque mondiale a confirmé que les pays avaient été poussés à privatiser leurs services de commercialisation et de vulgarisation agricoles et à mettre fin aux subventions afin de laisser place aux entrepreneurs et aux investisseurs du secteur privé ; mais, ajoutait cette analyse, trop souvent ces acteurs n'avaient pas pris la relève.

De plus, le Directeur général de la FAO, Jacques Diouf, a remarqué au cours du Sommet de Rome consacré à l'alimentation en juin 2008 que le pourcentage de l'aide publique au développement destinée à l'agriculture était tombé de 17 à 3 % entre 1980 et 2005.

Ce délaissement de l'agriculture, en particulier de la production vivrière des petits agriculteurs, n'était pas accidentel. Dans le cadre des politiques favorables aux marchés et à la libéralisation des échanges prônées par les institutions financières internationales et de nombreux bailleurs de fonds bilatéraux, il a été conseillé aux gouvernements de ne pas intervenir dans le secteur agricole.

Cette approche a été exprimée de manière succincte par John Block, à l'époque Secrétaire à l'agriculture des Etats-Unis, qui, selon le journaliste et militant Martin Khor, déclara à en 1986 une conférence sur le commerce international que "l'idée que les pays en développement devraient se nourrir eux-mêmes est un anachronisme datant d'une ère révolue. Ils pourraient mieux assurer leur sécurité alimentaire en comptant sur les produits de l'agriculture américaine, qui peuvent être obtenus dans la plupart des cas à des coûts moins élevés".

D'après l'évaluation de la Banque mondiale, la diminution du soutien des bailleurs de fonds a également encouragé un certain désintérêt de la part des gouvernements nationaux.

'Un désastre absolu'

Selon de nombreux agronomes et économistes du développement, les résultats ne peuvent être qualifiés que de désastreux. Après avoir été exportatrice nette de produits alimentaires dans les années 1970, l'Afrique dépend aujourd'hui fortement d'importations commerciales et de l'aide alimentaire internationale d'urgence, souligne la FAO. Quelque 42 pays d'Afrique dépendent d'importations même dans les années les plus favorables. C'est la seule région du monde où les rendements agricoles à l'hectare ont continué à stagner (voir graphique) et où jusqu'à une personne sur trois souffre de malnutrition chronique.

"La fin des subventions gouvernementales aux agriculteurs africains liée aux programmes d'ajustement structurel a été un désastre absolu", affirme Akin Adesina, vice-président de l'Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA), une initiative de développement rural non gouvernementale présidée par l'ancien Secrétaire général de l'ONU Kofi Annan, à la tête des efforts de revitalisation de l'agriculture africaine.

"Les agriculteurs africains sont aujourd'hui à peu près les seuls au monde qui ne reçoivent absolument aucune aide de quelque sorte que ce soit de la part de leurs gouvernements", a-t-il déclaré à Afrique Renouveau, notant que les gouvernements des pays riches versent annuellement plus de 300 milliards de dollars à leurs agriculteurs. Les producteurs agricoles africains "sont abandonnés à leur sort, survivre ou disparaître, et comme on l'a bien vu, ils disparaissent".

"Ce que dit l'AGRA", poursuit M. Adesina, "est qu'il faut reconnaître que le gouvernement a un rôle à jouer en subventionnant les agriculteurs. En ce qui concerne les subventions, il s'agit d'en faire bénéficier les plus pauvres et en même temps de développer le marché."

M. Nwanze de l'IFAD est d'accord. Auparavant, explique-t-il, en raison du niveau de pauvreté dans les communautés agricoles africaines, l'achat d'outils, de semences améliorées, d'engrais et d'autres intrants nécessaires était hors de portée de la plupart des agriculteurs africains. "Je ne peux absolument pas comprendre pourquoi [les subventions] ont été bloquées dans les pays en développement. Nous parlons ici d'un environnement où la majorité des agriculteurs n'a aucun accès au crédit ou aux intrants et on dit aux gouvernements qu'ils ne peuvent pas subventionner la production agricole."

M. Nwanze note que le FIDA collabore depuis trois décennies avec les gouvernements pour donner aux exploitations agricoles familiales accès au crédit, leur faciliter l'obtention des intrants et les introduire sur les marchés locaux et régionaux. "Nous avons constaté à de nombreuses reprises que cela marchait. Pour moi, la petite agriculture est la solution dans ces pays."

Un succès contesté

Mais le choc de la flambée mondiale des prix alimentaires, la reconnaissance de l'importance économique de l'agriculture africaine et le succès de la politique du Malawi signent-ils la fin des politiques de la "survie ou de la disparition" ? Apporte-t-on maintenant une aide généreuse aux propriétaires africains d'exploitations agricoles familiales, dont la plupart sont des femmes ? Pas tout à fait.

Les agronomes, les économistes et les responsables des gouvernements et des organisations intergouvernementales reconnaissent d'un commun accord que ni les subventions ni les engrais ne constituent par eux-mêmes la solution aux problèmes complexes de l'agriculture africaine. L'agriculture africaine ne pourra être rentable, durable et productive sans une réforme foncière, l'élargissement des pouvoirs politiques des communautés rurales, l'accès aux marchés locaux, nationaux et internationaux ainsi que des investissements à long terme en faveur de l'irrigation, d'un usage des engrais et d'une gestion des sols durables, de la santé et de l'éducation, de la technologie agricole moderne, des services de vulgarisation agricole et des réseaux de transport et de communication. Ces investissements stratégiques figurent dans le Programme détaillé pour le développement de l'agriculture africaine défini dans le cadre du Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD).

Des doutes existent également quant aux engagements politiques nationaux et internationaux. Seuls six des 53 pays que compte l'Afrique ont donné suite à leur engagement de 2003 de consacrer 10 % de leur budget national à l'agriculture.

À l'échelle internationale, l'échec des négociations à l'Organisation mondiale du commerce, en partie causé par le problème des exportations subventionnées du Nord vers les pays pauvres, semble indiquer que les puissants groupements agricoles des pays riches convoitent toujours un accès privilégié aux marchés des pays en développement aux dépens des producteurs locaux. Le système européen de préférences commerciales en faveur des importations en provenance de l'Afrique et d'autres pays en développement, dénommé par les ministres européens chargés des échanges internationaux l'initiative "Tout sauf les armes", comporte tellement d'obstacles aux importations agricoles qu'il a été surnommé par ses détracteurs "Tout sauf les fermes".

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