Africa Renewal (United Nations)
Michael Fleshman
12 Novembre 2008
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Tout le monde n'est pas non plus convaincu, en dépit de son succès, par le modèle du programme de subventions du Malawi. Michael Morris, économiste de la Banque mondiale et spécialiste des subventions agricoles, confirme que les idées de la Banque concernant la petite agriculture et les subventions gouvernementales ont évolué. Mais il affirme que le soutien des gouvernements à l'agriculture familiale devrait être moins important.
Avec son programme de subventions, "le gouvernement du Malawi fait de nombreuses choses correctement", déclare-t-il à Afrique Renouveau. Cependant, "c'est un fait que nous avons des désaccords au niveau tactique". Ces désaccords concernent selon lui les coûts, la question de savoir si les subventions créent une dépendance ou ouvrent la voie à des transactions commerciales durables et si les subventions parviennent bien aux bénéficiaires prévus.
"On nous accuse constamment en disant que la Banque a une position idéologique et dogmatique sur les subventions parce que la théorie économique nous dit que les subventions sont une mauvaise chose, note M. Morris. En fait, quand vous avez des subventions pour les engrais, cela attire des gens politiquement et économiquement puissants qui sont intéressés par les engrais. Je pense que cela explique l'ambivalence de la Banque au sujet des subventions. Ce qui a changé est la reconnaissance que tout simplement sur le terrain les choses ne bougeaient pas. Le secteur privé ne jouait pas son rôle."
Dans ces circonstances, concède-t-il, les gouvernements peuvent définir des subventions ciblées et adaptées au marché qui "jettent les bases d'un système de distribution durable des intrants, piloté par le secteur privé et capable de fonctionner par lui-même". Même ainsi, prévient-il, "les conditions d'utilisation de ces subventions sont plutôt rigoureuses. On veut réellement les cibler non seulement en direction de l'utilisateur final mais aussi aux différentes étapes de toute la chaîne de distribution... Il existe de nombreuses possibilités d'utiliser ces subventions pour diminuer les coûts à ces différentes étapes", y compris en finançant et en formant les importateurs et les distributeurs et en stimulant la demande par l'éducation des agriculteurs et la distribution de petits nécessaires de démonstration.
Les gouvernements et les bailleurs de fonds doivent aussi évaluer le coût des subventions aux engrais par comparaison avec d'autres besoins. M. Morris estime que ces subventions aux engrais absorbent aujourd'hui 60 % du budget de l'agriculture du Malawi. "C'est énorme. Il y a beaucoup d'autres choses - services de vulgarisation, irrigation, recherche - qui sont négligées en conséquence." Il conclut qu'à moins que les gouvernements africains disposent d'une "stratégie de sortie" de leurs programmes de subventions, "on consacre des sommes de plus en plus importantes à quelque chose qui ne sera jamais rentable. Il nous faut réfléchir à d'autres possibilités et à d'autres options. Nous devons choisir nos points d'intervention."
Néanmoins, jusqu'à présent, le programme de subventions du Malawi est plus que rentré dans ses frais. Et le gouvernement a sanctionné les premiers signes d'abus, renvoyant un ministre important coupable d'avoir vendu des coupons de subvention à de riches agriculteurs et durcissant les conditions d'admissibilité au programme ainsi que les procédures de contrôle.
Dans une communication vidéo à une réunion spéciale du Conseil économique et social de l'ONU tenue en mai, le Président Mutharika a demandé à la communauté internationale d'aider l'Afrique à soutenir ses agriculteurs. "Les parties concernées comme la Banque mondiale... ne devraient pas continuer à penser qu'elles possèdent toutes les solutions à Washington. Elles devraient écouter les responsables locaux et en tirer des enseignements."
La leçon du Malawi est que les semences de la sécurité alimentaire ont besoin pour germer de seulement un peu d'engrais mais de beaucoup de volonté politique au plus haut niveau.
AGRA: Pour une révolution verte en Afrique
S'adressant aux participants à une conférence internationale sur l'alimentation mondiale à l'Université de Wageningen (Pays-Bas), le président de l'ONG Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA), l'ex-Secrétaire général de l'ONU Kofi Annan, a déclaré : "Pour que l'Afrique se nourrisse à nouveau elle-même et qu'elle rejoigne les rangs des régions agricoles exportatrices, il nous faut une révolution verte africaine", afin d'augmenter la productivité et la rentabilité des exploitations agricoles familiales du continent.
Depuis son lancement en 2006 grâce à un financement des fondations Rockefeller et Bill and Melinda Gates, l'AGRA s'est placée à l'avant-garde de l'action menée en vue d'accroître la production alimentaire en Afrique. Elle préconise une plus grande utilisation de meilleures semences et d'engrais, de meilleurs services de vulgarisation et méthodes agricoles ainsi qu'un accès au crédit plus facile pour les petits agriculteurs.
Elle demande aussi des investissements plus importants dans les infrastructures rurales comme les routes, les systèmes d'irrigation et les technologies de l'information. En juin, l'AGRA a signé un accord avec la FAO pour développer les "greniers" de l'Afrique et en faire de grandes zones de production alimentaire. L'AGRA a également conclu un accord avec un organisme public de développement américain, la Millennium Challenge Corporation, afin de renforcer ses programmes de sécurité alimentaire.
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