Africa Renewal (United Nations)

Ghana: Combler l'écart de la pauvreté au Ghana

Ernest Harsch

12 Novembre 2008


Beaucoup des femmes qui participent à l'atelier de l'association de beurre de karité de Pagsung ont la quarantaine ou la cinquantaine. Auparavant, chacune ramassait et traitait de son côté des arachides de karité, mais gagnait à peine de quoi survivre. "Nous avons compris que si on s'associait on pourrait gagner plus et en vendre plus", raconte Safiya Hassan, récente diplômée d'université qui aide les femmes.

Transformation du beurre de karité en savonnette à Tamale, capitale de la région du Nord du Ghana : pour les femmes pauvres, même une augmentation modeste de leurs revenus change tout.

L'association comprend désormais 13 groupes de productrices de karité, toutes femmes, dans la région septentrionale du Ghana. Elles sont capables de produire ensemble plus de 20 tonnes de beurre de karité par mois. La majorité de cette production, sous la forme de savonnettes de karité et de crèmes cosmétiques de qualité supérieure, est écoulée à une société japonaise. Dans le cadre du groupe, les femmes gagnent 10 cédis ghanéens de plus (11 dollars) pour 100 kilos que ce qu'elles gagnaient à titre individuel. Ce modeste supplément a déjà changé la vie de la plupart d'entre elles.

"Nous leur offrons un rêve, un grand rêve", explique Adisa Yakubu, Directrice exécutive de l'organisation non gouvernementale Africa 2000 Network-Ghana et Coordinatrice du programme de beurre de karité. Le programme reçoit par ailleurs l'appui du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et du Japon, dans le cadre du programme de coopération de ce pays avec l'Afrique, connu comme la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l'Afrique (voir Afrique Renouveau, juillet 2008).

Le programme de karité n'a que quelques années et de nombreux obstacles à surmonter. Cela n'empêche pas ses membres d'offrir leur aide aux autres productrices de karité des régions du nord, ainsi qu'à celles des hautes régions de l'Ouest et de l'Est situées encore plus au nord. Ayant appris les techniques de production les plus avancées de femmes d'autres régions, ces femmes estiment qu'il leur appartient à présent de former des groupes de "formatrices supérieures" des trois régions septentrionales du pays. "L'un de nos plus grands succès réside dans la création de réseaux aussi importants", affirme Mme Yakubu.

Le Nord exclu

La lutte contre la pauvreté est une mission particulièrement difficile dans le nord où le moindre changement peut avoir des effets considérables. La solidité de l'économie ghanéenne a largement contribué à l'amélioration des conditions de vie des habitants du pays, le pourcentage de Ghanéens vivant dans la pauvreté ayant baissé de 52 % dans les années 1991-1992 à 29 % en 2005-2006, d'après les données fournies par les services de statistiques ghanéens. Le Ghana est donc en voie d'atteindre l'objectif de réduction de la pauvreté qui figure parmi les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) adoptés par les dirigeants du monde en 2000.

Village près de Bolgatanga, au nord du Ghana: Il faut des

programmes spéciaux pour venir à bout de la concentration élevée de pauvreté dans le Nord et triompher de la médiocrité du climat et du manque de possibilités économiques.

La partie nord du Ghana s'est trouvée pratiquement exclue de cette tendance générale. L'incidence de la pauvreté sur la région du Nord n'a que très légèrement baissé au cours de la même période, passant de 63 % à 52 %. Dans la Haute Région de l'Ouest, ce taux est resté stable à 88 %, alors qu'il a en fait augmenté dans la Haute Région de l'Est, où il est passé de 67 à 70 %.

Le Rapport 2007 sur le développement humain du Ghana du PNUD note que les trois régions du nord du Ghana abritent "les plus pauvres des pauvres". Bien que ce pays compte d'importants succès dans la réalisation de certains OMD, contrairement à de nombreux pays de l'Afrique subsaharienne, les résultats ont été répartis de manière très inégale dans le pays. Certes, les populations d'autres régions du Ghana ont aussi été laissées à l'écart, notamment dans les grands centres urbains du sud, mais les plus mauvais indicateurs concernent le nord du pays.

Ce type d'inégalités géographiques n'est pas propre au Ghana. De nombreux pays d'Afrique et d'autres régions du monde connaissent des déséquilibres régionaux, un fait que l'on perd de vue dans les débats qui portent surtout sur les moyennes nationales.

Les experts en développement ghanéens, les institutions d'aide internationales et les habitants du nord affirment qu'il reste beaucoup à faire pour réduire les disparités régionales. Charles Abugre, économiste ghanéen et responsable des politiques et de la mobilisation de l'organisation non gouvernementale Christian Aid, affirme que le Ghana n'atteindra pas tous les OMD tant que "les autorités ne prendront pas des mesures spécifiques" pour combler l'écart entre le nord et le sud.

John Nabila, chef suprême traditionnel du district de West Mamprusi dans le nord du pays, estime pour sa part que cette région a surtout besoin d'une action concertée et délibérée au niveau national visant à accroître les investissements dans l'éducation, la santé et le développement économique. "Nous attendons impatiemment le jour où l'écart entre les régions pourra être comblé", dit-il à Afrique Renouveau.

Géographie et climat

M. Nabila, qui est également professeur de géographie à l'Université du Ghana et représentant de la région du Nord au Conseil d'Etat, organisme consultatif sur des questions de politique, fait remarquer que le nord du Ghana ne satisfait à pratiquement aucun indicateur et compte un retard considérable sur le sud depuis l'époque coloniale.

L'emplacement géographique constitue un obstacle. Les trois régions du nord sont éloignées des ports, des routes, des voies ferrées, des marchés, des centres industriels et des zones agricoles fertiles, autant de facteurs qui contribuent au développement économique et humain du sud du pays.

"Les routes sont mauvaises", précise John Nabila. Les difficultés d'acheminement et les coûts élevés des transports entravent l'activité économique. C'est l'un des principaux problèmes auquel se heurtent les productrices de karité à Tamale, dont les exportations vers le Japon doivent être acheminées par camion jusqu'au port d'Accra sur la côte, avant d'être chargées sur les navires. Les frais de transport grèvent les bénéfices réalisés par les femmes.

De nombreux pays d'Afrique et d'autres régions du monde sont marqués par des inégalités régionales, un fait que l'on perd de vue dans les débats qui portent surtout sur les moyennes nationales.

Liens Pertinents

L'économiste ghanéen Cletus Dordunoo, l'un des responsables du Rapport sur le développement humain du Ghana, affirme pour sa part que le sort des trois régions du nord rappelle par bien des côtés celui de pays enclavés au nord du Ghana, le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Le climat du nord du Ghana rappelle également celui du Sahel aride et balayé par les vents plus au nord. Les agriculteurs et les éleveurs dépendent des rares chutes de pluie imprévisibles. John Nabila fait remarquer que l'an dernier, la brève saison de pluies avait commencé en mai comme d'habitude, et les agriculteurs avaient cultivé leur terre comme d'habitude. "Ils prévoyaient des récoltes record et, d'un seul coup, la pluie a cessé. Les cultures ont été détruites. Peu après, le ciel s'est mis à déverser des trombes d'eau provoquant des inondations", se souvient-il.

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