Fraternité Matin (Abidjan)
Gooré Bi Hué Et Alfred Kouamé
13 Novembre 2008
interview
Abidjan — Touré Ahmed Bouah, D.G de Sophia, initiateur du projet immobilier des FDS, enseignants et agents de santé, présente l'intérêt d'un pôle urbain à Abidjan. "Notre projet est générateur de 100 000 emplois directs".
Quand le bâtiment va, tout va bien, dit l'adage. Alors, quel est l'état de santé du secteur du bâtiment?
Pour la situation du logement en Côte d'Ivoire, avec un taux de croissance d'environ 3,3% l'an, on peut estimer la population de la Côte d'Ivoire en 2008 à près de 20 millions d'habitants, dont au moins 5 millions pour Abidjan, la capitale économique; ce qui fait d'Abidjan la ville la plus peuplée de l'Afrique de l'Ouest francophone.
La problématique du logement se résume donc à trouver un toit à toute cette population à forte tendance haussière.
Au début de la décennie, la situation de logements était déjà hautement déficitaire. Pour combler ce déficit, au moins 20 mille logements devraient sortir de terre par an dans la seule ville d'Abidjan, et un peu plus de 40 mille pour le reste du pays, selon le ministère de la Construction et de l'Urbanisme. Quant à l'offre de logements dans la ville d'Abidjan, elle ne dépassait guère les 8 mille unités par an.
Le marché du logement connaît donc un fort déséquilibre entre l'offre et la demande. L'Etat devra alors chaque année trouver les ressources nécessaires pour financer 12 mille nouveaux logements.
Malheureuse-ment, faute de moyens financiers, l'Etat s'est trouvé dans l'incapacité de faire face à ce déséquilibre. Face à cette situation, l'Etat demeure impuissant et reconnaît lui-même que son désengagement du secteur du bâtiment au profit des structures privées de production, constitue pour une large part, la cause de cet énorme déficit immobilier
Que comptez-vous faire, à travers votre structure (SOPHIA) pour réduire un tant soit peu ce déficit?
Aujourd'hui, avec la crise sociopolitique que connaît le pays depuis le 19 septembre 2002, caractérisée par un déplacement massif de populations de la zone nord vers le sud du pays, la population abidjanaise s'est fortement accrue pour se situer, selon les estimations les plus réalistes, autour de 5 000 000 d'habitants, ce qui représente actuellement près de 30% de la population totale du pays et 60 % de la population urbaine nationale.
Cette croissance démographique a comme conséquence immédiate un accroissement des besoins en équipements, logements et terrains urbains.
Cependant, avec le retrait de l'Etat de la production directe de logements et de terrains urbains aménagés, les mécanismes institutionnels et financiers mis en place arrivent à peine à couvrir 10% des besoins des populations. Les autres 90% de la demande ne sont satisfaites que par des filières privées dont la plupart prolifèrent dans un cadre informel, mal structuré et sans encadrement technique.
Les opérateurs fonciers qui animent ces filières agissent le plus souvent de manière désordonnée en faisant parfois fi des règles élémentaires en matière d'urbanisme et d'aménagement urbain.
Les effets pervers des actions de ces opérateurs fonciers s'observent à travers le développement incontrôlé et anarchique de nouvelles poches d'urbanisation de la ville et la prolifération de quartiers aux aménagements approximatifs localisés généralement dans les zones périphériques d'Abidjan.
A côté de ces problèmes majeurs, il ne faut pas occulter les difficultés que rencontrent les autorités administratives et locales à faire appliquer avec rigueur le schéma directeur du Grand Abidjan (ASDA) du fait du non respect par les propriétaires coutumiers des procédures techniques et administratives en matière d'aménagement spatial.
C'est donc face à ces besoins croissants en logements estimés à 25.000 unités par an pour la seule ville d'Abidjan, et à la nécessité du respect du schéma directeur du Grand Abidjan, que nous avons initié la création d'un pôle urbain dont l'un des sous-produits reste le programme immobilier de (50 000 logements) destinés aux FDS, aux enseignants du secondaire, du supérieur et de groupes constitués et de la diaspora.
Ce projet est à réaliser sur un espace qu'elle compte aménager et y encadrer d'autres promoteurs privés ou publics afin de garantir un cadre de vie qualitatif, même si l'expérience avec Azuréenne est resté un os dans notre gorge.
En somme, le secteur du bâtiment est en plein essor. Avec la sortie de crise qui sera accompagnée par la reconstruction, il y a lieu de penser que cette donnée va redynamiser le secteur du bâtiment.
On espère que cette relance viendra résoudre l'épineux problème du déficit cumulé estimé à 500 0000 et surtout satisfaire les besoins annuels estimés à 50.000 logements.
La mise en place d'un ministère de la Reconstruction nationale a été bien pensée par le Président Laurent Gbagbo.
La réalisation de ce pôle urbain ressemblera, on l'imagine, à une ville à la porte d'Abidjan?
Le pole urbain sera un espace aménagé de façon concerté et qui prendra en compte toutes les commodités qui accompagnent les logements, à savoir les équipements collectifs, les VRD, l'assainissement, etc.
Ce pôle urbain, complet, sera capable de participer au fonctionnement économique du potentiel métropolitain et prendra en charge toutes les dimensions (économiques, culturelles, politiques, sociales et résidentielles) complémentaires de celles d'Abidjan.
Sa réalisation se fait sur plusieurs centaines d'hectares et voit l'effort mutualisé de plusieurs sociétés de promotion immobilière réaliser leurs programmes dans un canevas bien précis dans le genre de zone d'aménagement concertée.
Ici, l'avantage va se situer au niveau de l'aménagement obligatoire de l'assiette foncière sous les auspices du promoteur principal qui est SOPHIA. D'ailleurs, SOPHIA elle-même compte y réaliser 50 000 logements étalés sur les 25 ans à venir à compter de 2009.
En réalité, ce que nous avons initié est nouveau. Il rompt avec le conformisme habituel et s'inscrit dans une dynamique qui échappe à beaucoup de personnes, même celles qui exercent dans le secteur immobilier. Avec nos partenaires stratégiques, nous sommes en train de mettre la dernière main au dossier pour permettre à chacun de maîtriser tous les tenants et aboutissants de ce projet.
Vous venez de dire que le besoin est estimé à environ 500.000 logements de façon générale pour tout le pays avec cependant, une accentuation dans la ville d'Abidjan. Expliquez-nous la particularité de la crise du logement dans cette zone.
La problématique dans la ville d'Abidjan s'explique par le fait que le flux migratoire issu du miracle économique ivoirien a drainé beaucoup de monde à Abidjan.
Malheureusement, la production de logement conséquente n'a pas suivi. Malgré ce flux migratoire, l'Etat lui-même, a arrêté la production du logement pour causes de crise que je viens d'expliquer.
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