Sud Quotidien (Dakar)

Sénégal: Jeunes de la banlieue de Dakar, les Wade vous trompent !

Mody Niang

15 Novembre 2008


opinion

Encore un conseil présidentiel de Me Wade ! Encore un projet mirobolant, fruit de ses intarissables idées-minute, comme l'ont été les différents « programmes spéciaux » (maïs, manioc, bisaab, sésame, Plan Reva, Goana) ! Cette fois, comme le diable sorti de sa boîte - pour paraphraser l'autre - il propose aux jeunes de la banlieue de Dakar un « ambitieux projet » qui devrait créer déjà 26 500 emplois en 2009 et 365 000 d'ici à 2015.

Notre homme-miracle s'engage à « faire en sorte que chaque jeune de la banlieue trouve un emploi » ou, à défaut, « que dans chaque famille un jeune trouve un emploi ».

Pour convaincre au moins une fois dans sa vie, il affirme avec force, et sans sourcilier, que toutes ses promesses ont été tenues. Il va même jusqu'à lancer un défi : qu'on lui indique une seule de ses promesses qui n'ait pas été tenue depuis sa profession de foi de 1989 !

Pauvres jeunes de la banlieue ! Ce n'est sûrement pas cet homme-là qui vous trouvera des emplois. Cet homme dont la caractéristique principale est de faire à tout bout de champ des engagements et des promesses à très courte espérance de vie !

Si son « projet spécial emplois » est à l'image de ses autres interminables promesses, je conseille d'ores et déjà aux jeunes de la banlieue d'aller tenter leurs chances ailleurs et de ne rien attendre de cette chimère de notre politicien national.

Cet homme n'a que très rarement tenu ses promesses. Il est d'ailleurs beaucoup plus facile de faire le compte de ses maigres promesses tenues que de se hasarder à faire le point de celles qui ne l'ont pas été.

Les premières se comptent sur les doigts d'une main. Ce sont essentiellement : l'aéroport international de Diass (initialement prévu pour Keur Massar), l'autoroute à péage, les cases des tout petits, les bassins de rétention, l'Université du Futur africain, les espaces jeunes.

Je n'en connais pas d'autres et je lance un défi à ses mille courtisans de me rafraîchir la mémoire si j'en oublie. Ces maigres promesses tenues ont d'ailleurs de sérieuses limites.

Me Wade nous avais fermement promis que l'aéroport et l'autoroute à péage ne nous coûteraient aucun rotin : ils devaient être entièrement réalisés par système BOT. A l'arrivée, le premier est financé par des taxes aéroportuaires et le second par le Trésor public .

Le nombre de cases des tout petits et de bassins de rétention jusqu'ici réalisés est respectivement de 230 et de 240, de la bouche même du président de la République.

Pour un objectif initial de 44000 cases des tout petits et de 14000 bassins de rétention au moins. Une fois d'ailleurs, dans une de ses envolées lyriques, notre manitou a prononcé le nombre de 24000 pour les bassins de rétention. A ce niveau-là donc, il n'y a vraiment pas de quoi pavoiser.

Quant à l'Université du Futur africain, elle a déjà englouti des dizaines de milliards pour rien. Nous n'entendons plus les autorités en parler. Le chantier serait même envahi par les herbes.

Quant aux promesses et engagements non tenus, un livre ne suffirait pas pour en rendre compte. Dans mon livre « Me Wade et l'Alternance : le rêve brisé du Sopi », je leur ai consacré tout un chapitre, le troisième, qui va de la 51e à la 78e page.

Sans compter mes nombreuses contributions qui en font également le procès. Il n'est donc pas possible de les passer en revue ici. J'en citerai cependant quelques exemples.

Je passerai sous silence les 400000 tonnes de riz pakistanais, « dont le prix proposé par les Pakistanais (était) nettement au-dessous du coût du riz au Sénégal ».

On était en mars 2001. Aucun goorgoorlu sénégalais n'a jamais goûté à un gré de ce riz . Je rappellerai rapidement les 172 bus de seconde main que « la mairie de Taïwan avait offerts à Dakar Dem Dikk ».

Les « coûts de conditionnement de ces bus devraient être pris en charge par Taïwan et le transport par le DDD ». Nous étions en juillet 2001.

Plus de huit ans après, DDD attend encore ses bus. Abdoulaye Vilane, Babacar Gaye et leurs « pays » attendent encore « le lac artificiel de Kaffrine qui devait faire du Ndoucoumane le grenier du Sénégal ».

Notre manitou national a fait cette promesse mirobolante pour la première fois en 1993, lors de la campagne pour l'élection présidentielle de cette année-là. Il réitérera fermement cette promesse en février 2000.

Que sont devenus les 10000 logements « confortables et à des prix très bas » que devaient construire à Dakar trois sociétés de nationalités différentes (marocaine, allemande, américaine) ? Me Wade avait d'ailleurs à l'époque « demandé à son fils Karim et à Idrissa Seck (alors son directeur de cabinet) d'aller voir sur place si les logements étaient du goût des Sénégalais ».

Nous étions en 2004, exactement le 24 février. Me Wade présidait, au Cices, une réunion du Bureau politique du Pds. En plus de ces 10000 logements, notre conteur national affirmait avoir rencontré la Banque mondiale et le Fonds monétaire international pour leur dire que, dorénavant, pour toute école construite, il fallait prévoir des logements pour les enseignants.

Ce préalable était également valable pour les hôpitaux à construire, qui devaient être dotés de logements pour les médecins et les sages-femmes.

« Je veux que tous les Sénégalais soient logés », avait-il asséné pour terminer ses fanfaronnades. Qu'en est-il aujourd'hui de ces grosses promesses ? Elles se sont proprement volatilisées, pendant que l'Education et la Santé se débattent dans d'énormes difficultés.

Que dire de cette autre promesse : « A la place du Sénat, je réfléchis à un Haut Conseil de la République (HCA) et je dis, dès maintenant, pas d'ex-députés.

Nous allons nous concerter et je vous assure qu'il n'y aura pas de dépense » ? C'est un Conseil de la République pour les Affaires économiques et sociales (Craes) qui sera finalement mis en place en 2004. Je rappelle que Me Wade avait donné un engagement ferme : « Pas d'ex-députés » et surtout, « il n'y aura pas de dépense ».

àl'arrivée, le Craes est doté d'un budget substantiel, qui augmentait d'année en année. Nous avions déjà compris que la parole de Me Wade n'avait aucun crédit et que l'institution allait bien nous coûter de l'argent.

Et nous nous exprimions ainsi, dans notre premier livre, au chapitre III que nous évoquions un peu plus haut, à la page.64 exactement :

«  A l'arrivée, un budget de 900 millions de Fcfa est prévu pour le Conseil de la République. Et il n'y a aucun doute que, avec l'appétit sans cesse grandissant des libéraux, ce budget initial est parti pour augmenter tous les ans.

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