Sud Quotidien (Dakar)

Sénégal: Jeunes de la banlieue de Dakar, les Wade vous trompent !

Mody Niang

15 Novembre 2008


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Il augmentera sûrement puisque, de 90 initialement prévus, le nombre des membres est passé à 100 ».

Et il a effectivement augmenté, passant de 900 millions en 2004 à 1 milliard 600 millions en 2005. L'appétit venant en mangeant, il a encore été multiplié presque par deux en 2006, passant à 3 milliards 068 millions de francs. Voilà donc, à l'arrivée, pour ce fameux Haut Conseil de la République, dont Me Wade nous assurait qu'il ne nous coûterait rien.

Le président s'était engagé également à ce qu'il n'y ait pas d'anciens députés. Il avait formellement déclaré : « (...) Et je dis dès maintenant, pas d'ex-députés. » Contrairement à son engagement, le Craes est truffé d'anciens députés.

Le président de l'Institution en particulier, a battu tous les records de longévité à l'Assemblée nationale pendant le règne des socialistes, avec cinq mandats consécutifs.

Sans compter les Ameth Saloum Boye, Léna Fall Diagne et consorts. Allant plus loin encore dans la trahison de ses engagements antérieurs, Me Wade prend un décret et nomme dix nouveaux conseillers de la République. Ce qui portait leur nombre à 110, alors que le nombre initialement prévu était 90.

Pour nous convaincre définitivement que les engagements par Me Wade n'ont aucune valeur, revenons encore un peu en arrière, pour rappeler qu'il avait bien dit qu'« à la place du Sénat, il (réfléchissait) sur un Haut Conseil de la République ».

Cette dernière institution qui ne devait rien nous coûter mise en place avec un budget qui a triplé en trois ans, Me Wade s'est ensuite employé à ressusciter le Sénat, qui s'est tapé, pour l'année 2009, un budget de 7 808 582 000, soit une hausse vertigineuse de 4 200 000 000, par rapport au budget de 2008. Un budget de presque 9 milliards, pour payer des laudateurs et des parasites à ne rien faire !

Je pouvais continuer sur plusieurs pages encore de passer en revue les promesses fantaisistes et volatiles de Me Wade. Comme ce train à grand écartement Dakar-Ziguinchor-Tambacounda qui devait être réalisé en onze mois, cette centrale nucléaire qui doit être implantée à Oussouye pour un coût de 3000 milliards de francs Cfa et dont les travaux devront durer au moins 15 ans, ces sept trains à grande vitesse (Tgv) qu'il s'est engagé (de Touba où il présentait des condoléances) à construire d'ici à 2011, etc.

Jeunes de la banlieue de Dakar, voilà l'homme qui vous promet, à vous tous, des emplois et qui, pour vous rassurer, prétend qu'il n'a jamais fait de promesses qu'il n'a pas tenues.

Cet homme vous raconte des histoires, comme il en raconte depuis le 1er avril 2000 à tous vos compatriotes. Sa parole, c'est connu de tous, ne vaut plus un seul sou.

Il a passé plus de huit ans à ruser avec nous et à rouler dans la farine nombre d'entre nous. Ce n'est pas votre situation qui le préoccupe. En réalité, il prépare le terrain à son fils. Ce dernier et le noyau dur qui l'entoure sont en train de mettre en place leur stratégie.

D'après leur calcul, Dakar et sa banlieue feraient un peu plus de 30 % de l'électorat sénégalais. Ils ont jeté leur dévolu sur ce bassin, ce grenier électoral. Ils se moquent éperdument de vos problèmes : ils veulent faire de vous un bétail électoral. Vous avez entendu Karim Wade prétendre que la banlieue est son « milieu naturel ». Il n'y a rien de plus faux : ce garçon n'a vraiment rien de commun avec vous.

C'est un bourgeois bon teint, qui nage dans l'opulence depuis le 1er avril 2000. Il ne vit et n'a jamais vécu ce que vous vivez : il ne connaît ni le chômage ni le sous-emploi.

Il n'a jamais été incommodé par les mouches, les moustiques, les ordures et les eaux usées nauséabondes. Il n'y a aucun doute qu'avant le 1er avril 2000, il n'a jamais mis les pieds dans la grande banlieue de Dakar.

Un très large et très profond fossé vous sépare. Il exploite de façon indécente le dénuement, la pauvreté et l'analphabétisme qui sont des plaies béantes pour le Sénégal en général et la banlieue de Dakar en particulier.

Ce sont surtout des miettes, par rapport aux dizaines, voire aux centaines de milliards bien au chaud dans les paradis fiscaux. En outre, seul un nombre infime d'entre eux en profiteront, et de façon fugace. Jeunes de la banlieue, ce garçon n'a rien d'autre à vous proposer, sinon qu'il est le fils de son père de président.

C'est ce que mon ami Abdou Latif Coulibaly a tenté d'illustrer dans son interview à Nettali du 11 novembre 2008. Il y affirme notamment : « Karim n'a ni la compétence, ni l'étoffe, encore moins la rigueur et le profil d'un homme d'Etat.

Rien dans son histoire et dans son expérience personnelle ne le prépare à de telles charges (celles de président de la République, ndla). » Latif a mille fois raison : ce garçon n'a jusqu'ici rien prouvé.

Avant de prétendre à des charges aussi importantes que celles de président de la République, il doit nous éclairer sur la manière dont il a géré les centaines de milliards de l'Anoci.

Donc, Wade père et Wade fils vous trompent. Leur principale préoccupation, c'est de faire de vous un bétail électoral. Ils savaient, dès leur arrivée aux affaires, que parmi les problèmes les plus cruciaux et les plus urgents du pays, figuraient en bonne place le chômage et le sous-emploi, des jeunes en particulier.

Pourquoi ont-ils attendu plus de huit ans pour s'intéresser à votre sort ? Dans l'état actuel des choses, ils n'ont pas d'emplois à vous proposer. Ce qu'il vous faut d'abord, c'est une bonne formation professionnelle. Sans celle-ci, ils ne vous proposeront que des emplois subalternes et précaires. Ils vous font miroiter les grands travaux.

De quels grands travaux s'agit-il, à part l'autoroute à péage qui avance à pas de tortue ? Il n'y a plus de place pour des entreprises à Dakar.

Et même s'il y en avait, elles recruteraient en priorité des ouvriers et des cadres qualifiés. Et puis, le problème de la banlieue de Dakar, ce n'est pas seulement le chômage et le sous-emploi des jeunes : c'est aussi l'assainissement, l'insécurité due en particulier à un déficit d'éclairage public, l'accès difficile et aléatoire aux services de santé et d'éducation, etc.

Soyez donc vigilants, jeunes de la banlieue ! Restez surtout dignes et refusez de vendre votre âme au fils de son père pour des miettes ! Vous êtes des citoyens à part entière et l'Etat vous doit des solutions structurelles et durables aux problèmes que vous vivez de façon stoïque depuis de nombreuses années.

Ce n'est pas de l'argent de Wade père et de Wade fils que sortiront ces solutions. Surtout, n'acceptez jamais que de prétendus chefs religieux ou notables vous livrent points et mains liés à qui que ce soit !

Ces gens-là, pour leur écrasante majorité, ont perdu tout crédit devant la « générosité » déferlante et destructrice de notre Crésus national. Jeunes de la banlieue, même dans les difficultés, vous avez encore l'avenir devant vous. Vous ne devez pas vous laisser facilement embarquer dans la galère des promesses sans lendemain de Wade père.

Vous aurez aussi besoin de toute votre dignité et de toute votre lucidité, devant « l'aumône » dégradante que Wade fils va distribuer à certains d'entre vous.

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