L'Express de Madagascar (Antananarivo)
Hernan Rivelo
17 Novembre 2008
A Madagascar en tant que président de jury du récent Prix Découvertes RFI, Tiken Jah Fakoly confie son désir de revenir chez nous. Mais cette fois pour chanter. «Il y a beaucoup de chance pour que je vienne chanter à Madagascar en 2009 ». C'est Tiken Jah Fakoly en personne qui l'affirme, sans pour autant donner ni détails ni précisions sur ce nouveau «reggae-event» qui se tiendra après celui encore récent d'Alpha Blondy.
De quoi faire naître une lueur d'espoir chez les mélomanes et les adeptes malgaches du reggae. Ceux-ci se sont contentés d'une brève prestation musicale du chanteur pendant la finale du Prix Découvertes RFI, dans la soirée du jeudi 13 novembre. A la surprise générale, Tiken Jah Fakoly, venu officiellement pour présider le jury du concours, a interprété avec Rossy et ses musiciens
« Un Africain à Paris », à la fin du spectacle. « Lors de notre rencontre à Paris il y a quelques mois, Rossy m'a proposé d'interpréter avec lui cette chanson à Tana », indique le chanteur. Ce morceau, extrait de son dernier album-studio «L'Africain » sorti en 2007, confirme une nouvelle fois la position de ce reggaeman engagé, qui compte parmi les plus connus dans la « liste noire des chanteurs-rebelles» du milieu francophone.
« Un Africain à Paris parle de l'actualité africaine en France. Telle la situation des sans papiers qui travaillent avec ceux de leurs frères, qui cotisent et paient des impôts mais qui ne gagnent rien », explique-t-il.
Né le 23 juin 1968 à Odienné, au Nord-ouest de la Côte d'Ivoire, Tiken Jah Fakoly a intégré très jeune l'univers du reggae et fondé son premier groupe Djeylis en 1983. Rebelle plein de verve, tout aussi capable de dire les choses d'une manière forte et directe, il tient à bien définir la vocation de son art : « Éveiller les consciences.»
A travers ses textes, il dénonce les mauvaises pratiques de la mondialisation, du « Francafricanisme », les politiciens corrompus africains, se positionne pour l'annulation des dettes africaines, rejoint le mouvement alter mondialiste. Bref, il a toujours défendu les causes africaines. « Je suis un Africain. Personne ne pourra changer l'Afrique à ma place. Les peuples qui sont actuellement développés, se sont tous débrouillés par eux-mêmes », s'insurge-t-il avant de poursuivre : « Je veux faire partie d'une génération consciente qui pourra faire bouger les choses. »
A la différence de nombreux artistes africains qui ont préféré l'Occident pour vivre mieux leur art et idéologie, Tiken Jah Fakoly a choisi le Mali comme terre d'exil depuis 2002. Cette année-là a vu le début de la crise politique ivoirienne ; crise qui a conduit son peuple dans une violente guerre fratricide. « J'ai juré que je ne rentrerai pas en Côte d'Ivoire tant qu'il n'y aura pas d'élections démocratiques. Le choix du Mali pour me réfugier émane du constat qu'elle est sur la bonne voie de la démocratie et de la stabilité», confie-t-il.
« Ce n'est pas en vivant en Europe que je vais parler de l'Afrique. » Il est d'ailleurs adepte du Panafricanisme, le mouvement politico-culturel qui sert à encourager le sentiment d'unité chez tous les Noirs d'Afrique. « Je me bats pour l'Afrique car je suis convaincu que mes enfants vivront en Afrique et non en Europe.»
Malgré ses prises de position jugées assez agressives, le chanteur mise avec optimisme sur l'avenir et la jeunesse africaine. « Tout changement de l'Afrique viendra par sa jeunesse. Nos ancêtres ont gagné la lutte contre l'esclavagisme et la colonisation. La génération actuelle n'a plus à se rebeller dans la rue. Si le destin est entre nos mains, le mieux est d'inciter les enfants à aller à l'école.»
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2008 L'Express de Madagascar. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.