L'Autre Quotidien (Cotonou)

Bénin: Palmier à huile - Le Bénin tient toujours un grand rôle

Si le Bénin a décliné dans la culture du palmier à huile, il peut encore se consoler de conserver un rôle non moins important en amont : Celui de « grenier à semences » pour les plantations d'Afrique, d'Asie et d'Amérique.

Pour les spécialistes, c'est un truisme de dire que le Bénin est à la limite de la pluviométrie du palmier à huile. En effet, cette plante, pour s'épanouir pleinement et prospérer en donnant de bons rendements, requiert deux conditions fondamentales : une pluviométrie d'au moins 1800mm d'eau par an, bien répartis dans le temps. Le Bénin ne remplit ni l'une ni l'autre des deux exigences, avec un tableau pluviométrique affichant entre 1000mm et 1200mm, qui plus est, sont inégalement répartis sur les 12 mois d'une année. En réalité, l'année dans la zone sud, la plus appropriée à la culture du palmier à huile, est à moitié pluvieuse, à moitié sèche. Le Bénin part de toute évidence avec un gros handicap s'il se donne comme objectif d'occuper une part du marché mondial de l'huile de palme. En face, la Malaisie, citée en référence, où il pleut presque tous les soirs, et même des pays africains tels que le Nigeria, la Côte- d'Ivoire, le Cameroun où la pluviométrie est plus ou moins compatible, ont une longueur d'avance, se traduisant par de meilleurs rendements de régimes et d'huile. Par exemple une semence provenant de la station de recherches agricoles plantes pérennes de Pobè, (66 km au nord de Porto-Novo, soit une centaine de km de Cotonou) donne en Malaisie 34 tonnes de régimes ou 9,8 tonnes d'huile par an à l'hectare. Le même produit fournit 24 tonnes à l'hectare par an en Côte-d'Ivoire. Au Bénin, à la station même, où les conditions de suivi sont strictes, la même semence ne dépasse guère14 tonnes de régimes à l'hectare par an. Dans les palmeraies paysannes, elle donne rarement six à huit tonnes de régimes à l'hectare par an.

Les conditions d'une renommée

Dans ces conditions, d'où vient alors le rôle de pionnier du Dahomey, devenu Bénin, dans la culture du palmier à huile ? Deux conditions ont été à la base de cette renommée, explique M. Séraphin Dassou, chef du service administratif et technique de la station de Pobè. D'une part, les concurrents d'aujourd'hui ne profitaient pas à fond des conditions pluviométriques dont ils sont naturellement dotés. D'autre part, au Bénin même, les conditions climatiques étaient meilleures. A l'époque, explique- t-il, la région de l'Ouémé recevait jusqu'à 1500mm d'eau par an. Ce qui a sans doute motivé l'implantation en 1922 du centre de recherches sur le palmier à huile à Pobè. L'écart pluviométrique entre le Bénin et ses concurrents ne s'est creusé que bien plus tard. Mais quoique de nos jours l'huile de palme « made in Bénin » ne soit plus présente sur le marché international, le Bénin occupe une place importante en amont à travers le centre de Pobè qui mène des études pour la connaissance du fonctionnement du palmier à huile dans les conditions de faible pluviosité et de fort déficit hydrique, tournant ainsi le facteur limitant climatique en avantage scientifique et technologique. Etant créées et sélectionnés pour résister à la sécheresse et produire dans un délai de trois ans et demi à cinq ans (contre 10 ans pour le palmier naturel), les semences de Pobè, lorsqu'elles sont plantées dans des conditions idéales de pluviométrie, en Malaisie par exemple, donnent des rendements extraordinaires. Ce qui confère une renommée internationale au centre de Pobè et hisse le Bénin dans un des secteurs les plus importants de la culture du palmier à huile. Le centre offre notamment la variété Tenera issue du croisement de Dura (palmier naturel à la graine peu pulpeuse, dotée d'une grosse coque dure, d'épaisseur supérieure à 2mm) et de Pisifera (graine pulpeuse et coque mince ou presque inexistante). La variété Tenera est très pulpeuse avec une coque mince d'épaisseur inférieure à 2mm, et une petite amande. Pobè exporte aussi du pollen. Par ailleurs, plus de 500 croisements créés sur la station sont en expérimentation au Bénin, en Indonésie et au Cameroun, ainsi que 4000 arbres descendants de meilleurs géniteurs, selon un document qui a servi de support à une journée de réflexion en mai 2007.

Une histoire presque bicentenaire

Les 4 à 6 millions de semences (conformes aux normes ISO 900 version 2000), que le centre produit, sont embarquées pour la Colombie, la Thaïlande, l'Equateur, le Pérou, la Malaisie, etc. Avec l'assistance du Centre de coopération internationale agronomique et de développement (Cirad - Montpellier en France), Pobè se tourne vers la Guinée, la République Centrafricaine, le Congo, la RDC, l'Angola, le Togo, etc. pour la vente de semences. Les pays de l'Afrique centrale, où le discours politico économique fait de plus en plus un recentrage sur la diversification de l'économie (pour rompre avec la monoculture du pétrole), offrent un marché potentiel énorme pour les semences de Pobè. Les graines de Pobè exploseront en rendement, par exemple, sur les terres du Gabon où il pleut, presque tous les soirs, en tout cas plus de 300 jours sur les 360 jours de l'année.

Pobè, toujours au premier plan

Donc, autant à cause de la trop faible pluviométrie, l'huile de palme du Bénin ne peut être compétitive sur le marché international, autant le centre de Pobè règne presque sans partage sur le secteur de la recherche, du moins au plan régional. Les centres concurrents de la Côte d'Ivoire et du Cameroun sinon ont mis la clé sous le paillasson, du moins vivent au ralenti soit à cause des troubles socio politiques, soit pour d'autres raisons. A une période où la promotion des biocarburants et du réchauffement climatique sont des préoccupations majeures de l'humanité, les travaux menés à Pobè relatifs à la mise au point des innovations pour l'amélioration des performances du palmier à huile dans des conditions de faible pluviométrie et de déficit hydrique, augurent d'heureuses perspectives et offrent des avantages comparatifs. La preuve, au centre de Pobè, outre la poursuite de la recherche sur la résistance à la sécheresse et à la fusariose (maladie des végétaux, qui s'attaque aux feuilles du palmier à huile), le temps est à la délocalisation de champs semenciers en Thaïlande, en Equateur, etc. Un contrat de licence avec un partenaire thaïlandais porte, par exemple, sur 51 hectares, dont 40 hectares de géniteurs Dura. Aussi, le directeur du centre, M. Isaac Adjé et ses collaborateurs immédiats (une dizaine de rang ingénieur et docteur en agronomie) ne paniquent-ils pas lorsqu'un Malaisien de passage leur annonce que son pays pourrait demander, dans un avenir proche, 190 millions de graines par an, (une plaisanterie sans doute : les besoins du marché mondial de semences tournent pour le moment autour de 150 millions de graines par an). Leur seule inquiétude : l'insuffisance des effectifs. Il va falloir recruter davantage de tâcherons journaliers, de contractuels. Ils sont aujourd'hui respectivement 250 et 177 payés sur fonds propres, contre 18 Agents permanents de l'Etat vieillissants. Le gel du recrutement dans la fonction publique en 1986 est aussi passé par là. Avec trois ingénieurs agronomes l'année 2007 et quatre autres prévus pour 2009, le vide mettra certainement du temps à se combler. « Et si l'Etat prenait en charge le personnel contractuel, le centre ne consacrerait-il pas davantage de moyens aux intrants de la recherche ? », s'interrogent les responsables. L'autre menace à laquelle le centre de Pobè fait face est l'amenuisement de son domaine de qui se réduit comme peau de chagrin. Initialement de 790 hectares, dont 335 hectares de plantations de palmiers à huile et 115 hectares de forêt botanique, ce domaine est aujourd'hui objet de convoitise des populations autochtones qui l'expriment parfois par des actes de vandalisme sur les cultures. Ont-elles conscience que si par extraordinaire, le centre de Pobè devra disparaître, le Bénin aura effacé une page de sa glorieuse histoire dans la culture du palmier à huile écrite depuis le Danxomè, sous le règne du roi Guézo (1818-1858) ?

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