La Presse (Tunis)

Afrique du Nord: Investissement - Institutions financières arabes

C. Gh.

19 Novembre 2008


La crise financière internationale qui a ébranlé les économies des pays occidentaux ne doit en aucun cas ralentir le processus de développement et la réalisation des projets dans le monde arabe, riche en ressources naturelles comme le pétrole. La réflexion a été engagée lors du Forum économique de Tunis qui a eu lieu les 14 et 15 novembre à Gammarth (voir La Presse du 15 novembre) avec la participation de spécialistes et d'experts économiques provenant de plusieurs pays arabes.

Le premier constat formulé est que les échanges commerciaux interarabes et à un degré moindre la circulation des capitaux n'ont pas toujours été conformes aux ambitions des dirigeants. Le volume des investissements arabes est différent d'un pays à un autre et tient compte de plusieurs paramètres dont ceux qui concernent la stabilité politique, la paix sociale, la performance économique et le classement formulé par les institutions internationales de notation et le Forum de Davos.

La Tunisie qui a répondu à tous ces avantages comparatifs est considérée à juste titre d'ailleurs - et les différents participants au Forum l'ont rappelé - comme un exemple à suivre, un modèle réussi. Du coup, les investisseurs arabes ont répondu à l'appel en finançant des mégaprojets, à l'instar de ceux de la Porte de la Méditerranée, de la ville des Roses et du Centre financier. D'ailleurs, en marge du Forum, la Banque islamique de développement (BID) a signé avec la Tunisie une convention en vertu de laquelle un financement de 123 millions d'euros a été réalisé (196 millions de dollars US environ) en vue de créer deux unités de production d'électricité à Fériana et à Thyna.

Selon M. Ahmed Mohamed Ali, président de la banque, ce montant constitue le financement le plus important octroyé pour la concrétisation d'un seul projet en Tunisie. Il a formulé son espoir de poursuivre la coopération avec les pays membres de la banque - qui n'a pas ressenti les effets de la crise financière - au cours de la prochaine étape malgré une conjoncture mondiale précaire. Les clients sont rassurés : les avoirs de la banque et ses capacités de financement sont en sécurité et n'ont pas été touchés jusqu'ici par la crise. Une telle immunité a pu être obtenue grâce à la nature de ses activités orientées vers les secteurs économiques réels et non volatiles.

M. Raouf Abou Zaki, directeur général de la revue libanaise Al Iktissad Wal-Aamal, prône une ouverture des économies des différents pays de la région sur l'espace arabe. Ils seront en mesure de tirer profit des opportunités qui se présentent en utilisant de façon optimale le revenu des ressources naturelles. La Tunisie constitue l'un des pays qui intéresse de plus en plus les promoteurs arabes.

Le modèle économique tunisien se base notamment sur la promotion des petites et moyennes entreprises qui bénéficient de toutes les facilités pour se développer et s'épanouir à la faveur des différentes réformes dans le but de réduire les délais dans les domaines de l'investissement et du commerce. Une loi a été promulguée en vue de permettre aux investisseurs étrangers de prendre part aux concessions, autrement dit, des projets qui étaient détenus et gérés par l'Etat sont désormais confiés aux privés pour s'acquitter de cette mission. La liberté est la règle dans la création des projets et l'autorisation est l'exception. Le cahier des charges est imposé, cependant, à certaines activités. La révision du code des assurances et du code des douanes vient bien à propos et répond à l'une des doléances des hommes d'affaires.

Classée à la 31e place sur 131 pays en matière d'infrastructure de base dans le rapport du Forum de Davos, la Tunisie poursuit son rythme de développement malgré la conjoncture mondiale.

Une autre institution arabe a prêté main-forte à la Tunisie et à plusieurs autres pays arabes, en l'occurrence le Fonds arabe pour le développement économique et social (Fades) qui a été créé en 1974 et a financé, depuis, pas moins de 500 projets dans les différents Etats arabes. Cette orientation vers cet espace s'explique par une conviction de cette institution de réaliser des bénéfices consistants tout en participant à l'édification d'une infrastructure moderne pour les générations actuelles et futures. Avec notre pays, le Fonds a financé de nombreux projets dans divers domaines dont les routes, les barrages, l'énergie, les services sociaux, le développement rural intégré «qui est bien une invention tunisienne et qui mérite d'être institué dans d'autres pays arabes», estime l'orateur.

La lutte contre la famine et la malnutrition passe inévitablement par l'augmentation de la production agricole, mais cela n'est pas suffisant car il faut penser aussi à développer l'infrastructure moderne constituée de routes, ponts et échangeurs pour pouvoir transporter la production vers les ports et les lieux de consommation dans les meilleures conditions.

La réalisation des barrages est également primordiale dans l'irrigation des terres. D'où la nécessité d'investir dans le béton, dans le cadre de la politique globale de développement. Il serait payant, selon M. Adullatif Al-Hamad, président du Fonds, de focaliser «les efforts sur la valeur ajoutée d'un produit afin de pouvoir le vendre facilement avec des chances réelles de succès» dans les marchés extérieurs et pouvoir par conséquent acheter d'autres produits de première nécessité. La Tunisie a donc eu raison de développer la production de certains produits du terroir, comme l'huile d'olive, très appréciés par les consommateurs occidentaux prêts à payer le prix fort pour les acquérir.

Le monde arabe dispose de ressources à exploiter de façon judicieuse et optimale, comme les fleuves (le Nil, l'Euphrate) à utiliser dans la promotion de la production agricole. Les échanges entre les pays arabes peuvent concerner tous les domaines y compris l'électricité en en étendant le réseau. L'orateur estime en tout cas que d'après l'observation des différents Plans de développement économique et social, «la Tunisie a bien choisi ses priorités». Et si la circulation automobile est dense sur nos routes, «cela est la preuve de la modernité et non du sous-développement, dans la mesure où la classe moyenne a été élargie», précise le président du Fades.

La coopération technique et technologique entre les pays arabes et la mobilisation des investissements à cet effet demeurent néanmoins une condition sine qua non pour réussir, comme l'a bien expliqué M. Nouri Jouini, ministre du Développement et de la Coopération internationale. Les recherches - avec échange des résultats et travail commun - doivent concerner des secteurs sensibles comme la sécurité alimentaire, l'économie d'énergie et les changements climatiques.

La Tunisie a mis en place une plate-forme adéquate en faveur des promoteurs et a réussi à s'adapter aux différentes mutations économiques et financières en faisant face avec justesse aux difficultés découlant de la conjoncture mondiale. Les investisseurs ont d'ailleurs voulu connaître les éventuels impacts de la crise financière et de la récession économique de l'espace européen sur la Tunisie, d'autant plus que cet espace constitue le premier partenaire de la Tunisie.

Ils ont parlé de la décision relative au maintien du taux d'intérêt sur les crédits immobiliers accordés par les banques tunisiennes et son impact possible sur la capacité de financement de ces établissements.

La dynamisation de la coopération avec les pays du Maghreb reste un élément principal dans la politique menée. L'objectif étant de permettre à tous les pays de la région de tirer profit des capacités existantes - et elles sont nombreuses -, sans oublier les opportunités importantes de coopération existant entre la Tunisie et les pays africains.

La complémentarité arabe a été au centre du débat. C'est un souhait des dirigeants et des investisseurs arabes qui sont soucieux de faire face aux répercussions de la crise mondiale pour en limiter les dégâts. D'où la nécessité d'effectuer une réorientation des investissements arabes vers les pays arabes et la possibilité de l'établissement de banques étrangères en Tunisie, notamment islamiques.

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