L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: «il nous faut les gros porteurs» - Carine Prosper apprécie beaucoup la simplicité rodriguaise

Joyce Jhabeemisur

19 Novembre 2008


Port Louis — Elle ne quittera pas les plages libres de l'île, la chaleur de sa population, son calme et ses vertes montagnes contre le brouillard et le vent glacial de Munich. Carine Prosper avait déposé sa valise remplie de crèmes solaires, de maillots de bain et de livres dans une chambre de l'hôtel Cotton-Bay pour une semaine de vacances en juillet 1998.

Elle accompagnait ses parents. C'était la première fois qu'elle venait à Rodrigues. Huit ans ont passé et elle y est encore, mais cette fois, dans sa propre maison, avec un mari rodriguais, dans un endroit qui porte un nom on ne peut plus rodriguais au sud de l'île, à Mourouk, en compagnie de ses deux enfants, Véronique et Léonie.

Aujourd'hui responsable de l'Office du Tourisme, Carine Prosper, n'a plus sur l'île le regard d'une touriste de passage. Elle souhaite qu'elle connaisse un développement majeur pour ne pas être en retard dans le train de la mondialisation.

«L'île a encore ce cachet authentique, exactement ce que recherchent les touristes, mais Rodrigues ne doit pas se contenter de ce qu'elle a réalisé jusqu'ici. Il faudrait agrandir l'aéroport et Air Mauritius doit revoir sa politique de prix.

La destination rodriguaise est parmi la plus chère au monde. Avec de plus gros porteurs, les passagers pourront de confort et repartir avec plus de bagages».

Son premier contact avec la population l'émerveille : «Les Rodriguais sont d'une gentillesse extraordinaire, même en Europe les gens ne sont pas comme ça. Il y a ici une telle simplicité Ma mère était aussi surprise que moi».

Son premier séjour dans l'île terminé, elle part avec ses parents à Maurice pour encore une semaine sous les tropiques. «Ma mère et moi, on a toutes deux pleuré. C'était difficile de partir tellement, nous étions éprises de l'île».

La nostalgie de Rodrigues la rattrape au bout de deux jours. Elle revient à Cotton-Bay pour encore une semaine. L'amour l'attendait cette fois-ci.

Elle s'éprend du manager de l'établissement. Ce fut encore plus dur pour repartir, non pas pour Maurice, mais pour l'Allemagne.

«C'était dur. Je suis rentrée avant mes parents qui avaient fait escale à La Réunion. Durant les jours précédant leur arrivée je me suis posée la question : comment leur annoncer que j'allais me marier et retourner vivre à Rodrigues».

L'île dans une brochure allemande

C'est à travers une agence de de voyages en Allemagne qu'elle avait appris l'existence de Rodrigues. Dans une brochure, il y avait trois destinations.

C'était aux Seychelles qu'elle devait alleravec ses parents. Mais l'agent leur conseilla Maurice. Alors ils optèrent pour les îles avoisinantes aussi, y compris Rodrigues.

Elle obtint donc le consentement pour le mariage (elle avait 20 ans) en févier de l'année suivante. Les jours heureux furent de courte durée. Un désaccord avec son premier mari la pousse au divorce. Sa fille aînée est issue de son premier mariage.

Née d'un père français, Carine Prosper n'avait pas de barrière de langage, mais elle mit quand même quatre ans avant de pouvoir parler le créole.

Son aisance en langue anglaise lui valut une bonne place au bureau du défunt Ecotourisme. Détentrice d'un diplôme en Fully Train Banking Operator de tous les secteurs bancaires auprès de la Banque d'Europe, Carine Prosper a toujours rêvé de travailler dans le tourisme. «J'ai travaillé dans les finances et c'est un atout dans le domaine touristique. J'aime travailler dans ce secteur».

Pour l'Allemande, vivre dans une île où la vie s'arrête à quatre heures de l'après-midi, où il n'y a pas de ciné, pas de théâtre et pas la possibilité faire du lèche-vitrine, est-ce que cela ne vous manque pas ?

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«Bien sûr que des fois j'ai envie de faire du lèche-vitrine dans les grands magasins ou d'aller au théâtre. A chaque fois que je vais à Munich, en vacances avec ma famille, j'en profite pour faire tout cela».

Mais je suis habituée avec le train-train d'ici. En plus, j'ai un travail qui prend beaucoup de mon temps. Je n'ai pas le temps de m'ennuyer. Carine Prosper attire les regards avec ses blouses en soie de couleurs et ses chaussures qui viennent des magasins étrangers. «J'achète mes vêtements ailleurs. A chaque fois que je voyage, j'en profite pour refaire ma garde-robe».

Carine a beaucoup de considération pour la femme rodriguaise. Elle la trouve courageuse, battante. «Des fois je me demande comment elle fait pour faire tant de choses en même temps. Elle est piqueuse d'ourite, ménagère, s'occupe de cinq enfants, a un petit potager et fait aussi de l'élevage. Il faut le faire ».

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