Le Messager (Douala)

Cameroun: Précarité - les instituteurs contractualisés désertent

Les instituteurs nouvellement contractualisés tirent le diable par la queue dans le septentrion et ailleurs. Déjà 2 mois d'arriérés de salaires. La cuvée 2008 des instituteurs contractualisés de l'Education de base n'en finit pas d'avaler des couleuvres.

Après la longue et lancinante attente liée à la publication des listes des heureux élus et leurs affectations dans divers localités du territoire national (notamment dans les régions septentrionales), les "ouvriers de la craie" sont confrontés à un nouveau casse-tête.

Depuis leur prise de service au début du mois d'octobre (au lieu de la veille de la rentrée du 8 septembre 2008 comme claironné par le Minedub), ils n'ont toujours pas signé de contrat de travail avec l'Etat.

Ces contrats devraient pourtant ouvrir la voie à une prise en solde par le ministère des Finances. Le ministre de l'Education de base (Minedub) avait pourtant indiqué que les nouveaux agents de l'Etat devaient passer à la caisse dès la fin du mois de novembre 2008. A l'allure où vont les choses, le doute est dorénavant permis.

Entre-temps, les ondes des radios locales sont saturées de communiqués appelant certains instituteurs déserteurs à rejoindre leurs postes de travail.

Dans les rangs des concernés, la colère gronde. "Je suis en poste à Tignère depuis plus d'un mois. C'est à peine si j'arrive à survivre. Je vis grâce à la magnanimité de quelques villageois.

Quel rendement doit t-on attendre de moi dans ces conditions ?", s'interroge un instituteur ayant quitté son sud natal pour le Faro et Déo dans l'Adamaoua.

Dans la même veine, un responsable d'une délégation de l'Education de base dans le septentrion s'émeut devant la misère à laquelle on réduit "des gens qui doivent servir l'Etat avec ardeur".

Il étaie son argumentation en indiquant que dans les régions septentrionales, beaucoup d'instituteurs ont été affectés dans des zones très enclavées. Loin de leurs familles, la plupart du temps.

A cela, il faut ajouter la rudesse du climat, l'insécurité (à cause de l'activité des coupeurs de route et autres preneurs d'otages) et les difficultés de transport et de logement.

"Certains instituteurs ont recours aux usuriers pour survivre. D'autres attendent encore de l'argent de leurs parents alors qu'ils sont déjà des agents de l'Etat", regrette un enseignant.

Engagement sur l'honneur

Approché en marge du lancement de la campagne de scolarisation de le jeune fille des régions septentrionales à Ngaoundéré le 8 novembre dernier, un cadre du ministère de l'Education de base a confié au reporter du Messager sous anonymat que "le dossier de prise en charge des 5 525 instituteurs contractualisés a été tardivement introduit dans les services du ministère des Finances par le ministre.

C'est à cause de cela qu'on n'enregistre déjà des plaintes à travers le pays. Ce n'est pas uniquement au Grand nord". En filigrane, notre source indiquait alors que la nouvelle vague des instituteurs ne sortira de la dèche qu'au mois de janvier 2008.

La troisième phase de contractualisation des instituteurs s'inscrit dans le processus engagé depuis 2007 par le gouvernement grâce à l'appui des partenaires au développement tels que l'Agence française de développement (à travers les ressources Cd2) et la Banque mondiale.

Aussi bien les titulaires du Capiemp (Certificat d'aptitude professionnelle des instituteurs de l'Enseignement maternel et primaire) que les maîtres des parents devaient pour cette troisième phase, choisir obligatoirement deux localités dans la zone dite d'éducation prioritaire (Zep), à savoir les régions septentrionales et l'Est.

En outre, ils devaient s'engager sur l'honneur à servir dans le poste d'affectation au moins pendant cinq ans. Selon des études, le taux de scolarisation reste bas et le ratio élèves/maîtres irrationnel dans la Zep. L'opération de contractualisation des enseignants va s'étendre jusqu'en 2011. 18.800 sont déjà recrutés.


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