Inter Press Service (Johannesburg)

Afrique: Afrique : Le développement passe par la recherche pour la santé

Koffigan E. Adigbli

19 Novembre 2008


Après plus de dix ans de recherche et de promotion pour la santé en Afrique, le constat est que le continent a beaucoup progressé dans cette recherche pour améliorer la santé, favorisant ainsi le développement économique et social des populations.

Ce constat a été fait par le directeur adjoint de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Timothy Evans, au cours d'un Forum ministériel mondial sur la recherche pour la santé, tenu du 17 au 19 novembre à Bamako au Mali, sur le thème "Renforcer la recherche pour la santé, le développement et l'équité".

L'importance de la recherche pour la santé fait partie de la définition du développement, a-t-il dit, ajoutant qu'elle a un impact significatif sur les conditions de vie et de développement des populations.

"Le rôle de l'OMS est d'amener les partenaires à appuyer la recherche pour la santé. Pour cela, il est important d'informer les politiques sur la recherche pour la santé et établir une coordination entre les chercheurs africains", déclare Evans, indiquant que l'OMS alloue 10 pour cent de son budget annuel à la recherche pour la santé en Afrique.

"L'OMS est intervenue dans le domaine de la santé dans plusieurs pays. Au Burkina Faso, elle est intervenue dans la recherche sur la drépanocytose, au Bénin sur la dracunculose (ver de Guinée), au Mali sur le paludisme et au Sénégal sur le Syndrome d'immunodéficience acquise (SIDA)", explique-t-il à IPS.

Des chercheurs, des scientifiques et 60 ministres venus des pays africains et du monde, ont indiqué avoir posé le jalon pour la mobilisation de la communauté scientifique africaine, pour le développement du continent afin de lutter contre les maladies endémiques comme le paludisme, le SIDA et la tuberculose.

Les participants à la rencontre de Bamako entendent lutter également contre les maladies épidémiques liées aux changements climatiques, mais aussi les maladies chroniques telles que le cancer, l'hypertension artérielle et le diabète.

Ogobana Doumbo, chercheur dans le domaine de la santé à l'Université de Bamako, a rappelé, au cours de la rencontre, qu'un enfant meurt en Afrique de malaria toutes les 30 secondes. Selon lui, cette situation traduit notamment une grande urgence pour le développement de l'Afrique.

Pour améliorer la santé de la population, Doumbo affirme que le Mali a fait des efforts pour convaincre les cadres maliens de l'étranger dont certains, à leur retour au pays, se sont engagés dans la recherche pour la santé. Le résultat est probant puisque le taux de mortalité des enfants dû au paludisme a beaucoup baissé au Mali de 30 pour cent en 2001 à 20 pour cent en 2007, indique-t-il.

"L'accès rapide à un traitement permet de réduire encore plus le taux de mortalité. Le traitement préventif intermittent du paludisme permet de réduire la proportion des enfants atteints d'insuffisance pondérale à la naissance", explique-t-il à IPS.

"La recherche a concerné la médecine, l'agriculture et l'ensemble des secteurs qui contribuent au développement de la santé au Mali. Par exemple, le Mali a mis sur pied, après la recherche, une stratégie de traitement préventif par intermittence à base de la sulfadoxine pyriméthamine afin de protéger les femmes enceintes du paludisme : il coûte 500 francs CFA (environ un dollar)", dit-il.

Léonard Fourn, chercheur à l'Université d'Abomey-Calavi, au Bénin, estime que le système de santé en Afrique est malade. Les causes, selon lui, sont notamment dues au manque de financement pour la recherche en santé, à la mauvaise gouvernance du système de santé et à la médiocrité des soins.

"Le Bénin a pourtant, depuis les années 2000, mis l'accent sur la recherche contre le paludisme et la dracunculose, mais il est important de sensibiliser les chercheurs à travailler ensemble pour coordonner les recherches, afin de pouvoir influer sur les décisions politiques en matière de recherche", déclare-t-il à IPS.

Anjad Idries, du ministère de la Santé du Soudan, affirme que son département alloue chaque année sept pour cent de son budget dans la recherche pour la santé, notamment la recherche de vaccins contre le paludisme. Mais, il reconnaît que le conflit dans l'ouest du Soudan fait que toute la population ne bénéficie pas des résultats des recherches.

Chokri Bahloul, chercheur à l'Institut Pasteur de Tunis, indique que la Tunisie a élaboré, depuis les années 1990, des projets de recherche afin de lutter contre la rage qui sévit dans le nord du continent. Pour cela, les autorités ont augmenté le budget de 1,2 pour cent du produit intérieur brut, dit-il.

"La rage constitue une des maladies qui tuent à la fois les hommes et les animaux en Afrique maghrébine. Pour éradiquer cette maladie, nous, chercheurs en Tunisie, travaillons avec ceux de l'Algérie, du Maroc et de l'Egypte depuis plus de 10 ans", explique Bahloul. "Aujourd'hui, nous avons en commun un suivi épidémiologique, nous vaccinons gratuitement les animaux et les hommes contre la rage".

Le directeur du Conseil de la recherche en santé pour le développement (COHRED), Carel Ijsselmuiden, affirme que son organisation consacre 90 pour cent de son budget à la recherche pour la santé, essentiellement la recherche sur le SIDA, la tuberculose et le paludisme en Afrique. Et, il est important, selon lui, d'impliquer les politiques et la société civile africaine dans la recherche pour la santé.

Le président du Mali, Amadou Toumani Touré, s'exprimant au nom des chefs d'Etat africains au cours du forum, soutient qu'un système de recherche performant est une importante approche de prévention et de gestion des maladies épidémiques et endémiques qui peuvent entraver le développement de l'Afrique.

"La recherche en santé passe par le renforcement des politiques et systèmes de recherche dans les pays en développement, ainsi que par le développement des compétences locales et une meilleure collaboration et coordination entre les acteurs publics, privés et la société civile", déclare-t-il. "Les présidents africains sont engagés dans le processus de recherche pour la santé afin d'améliorer les conditions de vie de nos populations", affirme-t-il.

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