20 Novembre 2008
Kinshasa — Quand à nouveau les airs de la guerre froide se font entendre dans les relations des Etats-Unis d'Amérique avec la Fédération de Russie, l'un installant en Europe centrale son bouclier anti-missiles et l'autre menaçant de le faire dans les frontières de l'Ancien bloc socialiste et que l'Europe qui ne peut se passer du gaz et de la grandeur russes demande aux pays alliés des USA de surseoir au déploiement du bouclier américain; lorsque l'Europe elle-même multiplie les structures de sécurité régionale et hors-zone et travaille à réadapter l'OTAN aux évolutions du contexte stratégique mondial et qu'elle développe une dimension méditerranéenne de sa défense et de sa sécurité; et que la Chine et l'Inde se lancent à la conquête de l'espace par le perfectionnement de leurs dispositifs nationaux de défense, pourquoi l'Afrique, zone mondiale de production des conflits armés et marché mondial des armes de guerre d'ailleurs ne fait-elle pas de la défense et de la sécurité régionale, la question centrale de son insertion dans le nouveau système mondial ?
L'Afrique qui avait voulu demeurer dans le système mondial du commerce et de la monnaie par le NEPAD dont l'attrait des investissements privés par le soutien des gouvernements néo ou ultralibéraux de l'Occident G8, s'en trouve exclue quand elle n'en constitue pas seulement un accessoire périphérique par ses matières premières qu'elle ne contrôle stratégiquement pas. Dans la recherche des solutions aux menaces de récession économique mondiale et du désordre financier mondial l'Afrique n'a pas été admise.
Entre-temps, pour gérer ses crises et conflits parfois et si pas souvent interethniques, l'Afrique compte pour seule arme l'organisation régionale ou continentale «l'Union Africaine» qui disposerait d'un dispositif institutionnel «le Conseil de Paix et de Sécurité et un» «pacte de non-agression et de défense mutuelle» soutenu par la doctrine Sassou Nguesso.
Une organisation régionale ou continentale africaine structurée autour d'un déséquilibre apparent des forces entre Etats membres et connue pour ses faiblesses institutionnelles peut-elle un jour parvenir à révéler le défi de sécurité et de défense continentale ?
La question pourrait paraître impertinente pour ceux qui soutiennent que l'Union africaine serait différente de son devancier l'Organisation de l'Unité Africaine et qui affirment une réelle prise en charge des questions de la défense et de sécurité par des organisations sous-régionales : la CEDEAO en Afrique australe, la CEEAC en Afrique centrale et la CEDEAO en Afrique occidentale où manoeuvres militaires, constitution de brigades multinationales et expériences d'opérations régionales de maintien de la paix sont signalées. Bien plus, La doctrine Sassou Nguesso de mutualisation des intérêts sécuritaires serait largement partagée de quelques universitaires de l'Afrique centrale, principalement du Cameroun et de la République du Congo.
Et pourtant, la question de savoir si l'Afrique doit un jour se charger de sa défense et de sa sécurité demeure et mérite d'être répondue, d'autant plus que la doctrine Sassou, doctrine stratégique ou simplement sécuritaire africaine, pourrait-on dire, aura fait le choix institutionnel de la sécurité collective et d'une alliance plutôt politique que militaire organisant l'assistance mutuelle assurée en lieu et place d'une doctrine de destruction mutuelle assurée ou de sécurité mutuelle.
La sécurité collective est un mécanisme juridique organisant les solidarités engageantes mais non fédérées institutionnellement autour du principe de la supériorité des forces au profit du droit. Et comme telle, la doctrine de la sécurité collective, fut-elle régionale, participe fondamentalement à un exercice de polémologie plutôt que de stratégie. C'est ainsi que les allusions aux doctrines de dissuasion nucléaire et la tendance à les déformer pour les mettre au service d'une idéologie pacificatrice ne sauraient être que caricaturales.
La défense mutuelle ou collective au sens de l'article 51 de la charte des Nations unies se construit autour du traditionnel principe de l'Equilibre des forces, qui lui, tire sa légitimité du devoir de chacun d'oeuvrer à réduire la capacité de nuisance des autres, en réduisant, autant faire se peut, sa vulnérabilité et sa dépendance aux caprices, aux aléas ou aux audaces des uns et des autres.
Le pacte de non-agression rimerait mal avec l'autre idée de défense mutuelle. S'il est permis à deux Etats maîtres de leur défense nationale de s'engager dans un protocole de suspension du recours à la force dans le règlement de leurs divergences bilatérales, la défense mutuelle suppose que l'on soit prêt à subir l'épreuve de la liberté. C'est dire donc à ce niveau que la question de la défense et de la sécurité africaines qui vaille la peine, c'est celle qui cherche une doctrine stratégique plutôt qu'une doctrine de paix. Il faut à l'Afrique une doctrine stratégique préalable, tirée d'un concept stratégique clair.
Une telle doctrine devrait concerner la capacité du continent, c'est-à-dire des Etats membres et non de l'organisation panafricaine continentale ou sous-régionale, à s'assurer une certaine posture d'invulnérabilité tandis qu'une approche collective de la défense et de la sécurité devrait se construire autour de l'objectif ou de la réalité des vulnérabilités stratégiques des sociétaires ou partenaires intéressés.
Car, même dans l'optique de la sécurité collective onusienne, la supériorité des forces était celle des puissances plus ou moins invulnérables et engagées ou jouant le jeu de l'Equilibre des forces. Richard Nixon, l'ancien président américain, fait de ce principe de l'équilibre des forces, un principe fondateur des coalitions interétatiques vouées à la construction de la paix par la résolution des conflits stratégiquement parlant, la sécurité par l'équilibre des forces ou par la défense nationale étant celle qui se conçoit à partir d'une perceptive militaire de faire face à une guerre éventuelle, une agression armée et éviter de subir une telle éventualité.
L'Union africaine aurait pu s'inspirer des principes de l'OUA que son acte constitutif hérite de la défense de l'indépendance et de la souveraineté des Etats et aussi celui de la construction des relations fraternelles entre Etats membres. Ces principes ou objectifs auraient une partie intégrative qui justifie une approche intégrative de défense de sécurité.
Une approche intégrative est en tous points de vue supérieur à celle de mutualisation des intérêts sécuritaires. Construire une identité africaine de défense et de sécurité, ce n'est pas décider d'un pacte de stabilité budgétaire. L'Union africaine se tournerait vers l'expérience européenne pour construire l'avenir sécuritaire africain, par exemple, sur une structure d'antagonismes interétats africains dont les rapports des forces dictés par la logique d'équilibre des forces structuraient la solidarité africaine en la matière.
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