Cyrille Zoma
19 Novembre 2008
interview
S'il y a un évènement qui a marqué l'actualité ces jours-ci c'est bien le terrible accident de la circulation entre un car de transport parti de Koudougou à destination de la Côte d'Ivoire et une remorque qui a quitté Banfora pour Ouaga, chargée de cartons de sucre. Le drame a suscité de vifs commentaires dans la capitale du Boulkiemdé à Koudougou, où sont originaires la plupart des victimes. Nous avons, le mardi dernier, tendu notre micro à certains d'entre eux qui nous livrent leurs réactions.
"J'ai appris, avec une grande tristesse, le drame de Boromo et ce qui m'a le plus touché, c'est qu'il y a eu beaucoup de morts. Nous sommes tous mortels, mais ce qui est choquant c'est qu'ils sont morts calcinés. C'est une grande douleur pour nous, mais c'est la volonté de Dieu. Voyez, même chez les Blancs, où ils disposent de plus de moyens que nous, il y a des drames similaires, n'en parlons pas de chez nous, où les moyens font défaut. Si le malheur doit arriver, on n'y peut rien.
Ce n'était pas la première fois que ces gens voyagaient. On doit faire beaucoup de sacrifices et prier pour que Dieu nous épargne de telles catastrophes. Sur le fait que le chauffeur de la remorque dormait, seul Dieu peut juger. Qu'on se pardonne et prier pour que cela n'arrive plus. Inutile de s'accuser mutuellement".
"Pour l'accident de Boromo, c'est vraiment triste. Quand on prend un véhicule pour voyager, on prie Dieu pour arriver sain et sauf. Mais il faut que les compagnies de transport évitent les surcharges, l'excès de vitesse et fassent preuve de prudence et de sérieux dans la conduite".
"Devant cette situation, nous ne pouvons rien dire, nous qui sommes dans ce milieu. Si le malheur arrive, on n'y peut rien. Certains font de la surcharge alors qu'il est recommandé de prendre les passagers et les marchandises selon la capacité du véhicule. On souhaite toujours que même en cas de pépin, que les conséquences soient mineures.
Sinon, on ne peut prétendre mettre fin aux accidents de la circulation. Le cas de Boromo a été vraiment catastrophique. Je suis de ce métier et je ne sais pas ce qui peut m'arriver aussi. C'est vrai que l'heure à laquelle le drame est survenu est propice au sommeil. Mais, normalement, le chauffeur de la remorque aurait dû réagir aux klaxons. Je suis chauffeur et je sais qu'entre minuit et 6 heures du matin, le temps est propice au sommeil. On doit donc éviter de conduire dans cette fourchette de temps, surtout si on sent la fatigue et la somnolence".
"Le malheur est arrivé et il est inutile d'accuser qui que ce soit. On ne peut plus y remédier. On souhaite seulement que cela ne se reproduise plus. Il faut maintenant réfléchir aux voies et moyens afin qu'il n'y ait plus d'accident de cette ampleur. Je veux parler par exemple d'éviter les surcharges, d'interdire aux gros porteurs de circuler à une certaine heure de la nuit.
Car le sommeil est un facteur favorisant les accidents de la route. Quand j'ai vu les images du drame, ça m'a choqué ainsi que beaucoup de monde. Il est difficile d'assimiler un tel drame. Imaginer qu'un être humain soit mort carbonisé est vraiment insupportable. Il faut que l'Etat trouve des solutions pour rendre nos routes moins dangereuses, moins défectueuses. On doit construire des autoroutes entre les grandes agglomérations.
Il faut emprunter nos voies la nuit pour se rendre compte des risques que nous encourons à chaque voyage. Les autorités ont leur responsabilité dans ces genres de drames même si les transporteurs doivent proscrire les surcharges, les excès de vitesse et autres. C'est vrai que c'est l'argent qui les intéresse, mais tout de même !
On n'est pas obligé d'entasser les bagages, les animaux et les passagers dans un même véhicule et s'adonner en sus à la vitesse dans des conditions de fatigue. Pourquoi ne pas utiliser deux conducteurs afin qu'ils se relaient en cas de sommeil ?"
"J'ai appris avec compassion le drame de Boromo qui a fait des dizaines de morts. Il est temps de prendre des mesures pour mettre fin ou limiter ces situations. Il faut contrôler les cars au départ et à l'arrivée pour s'assurer qu'il n'y a pas de surcharge. Interdire le transport mixte et faire des contrôles rigoureux pour déceler et punir ceux qui prennent des excitants ou des substances prohibés.
On doit placer des parkings aux abords des routes pour permettre à ceux qui sont fatigués de se garer et de se reposer. Les chauffeurs doivent faire preuve de sérieux et de vigilance durant le trajet afin de ne pas exposer la vie de leurs passagers".
"L'accident nous a beaucoup attristés et on ne sait pas quoi dire. Il faut maintenant contraindre les compagnies à déclarer leurs chauffeurs à la caisse de sécurité sociale afin de permettre à ceux-ci de travailler avec quiétude et assurance. C'est souvent l'appât du gain qui les amène à ramasser les clients aux bords de la route, provoquant ainsi les surcharges.
Je vous assure que c'est la précarité et l'incertitude du lendemain qui contraignent souvent les conducteurs à sous-traiter avec les passagers pour avoir de quoi nourrir leur familles. Mais si les chauffeurs sont socialement et financièrement à l'abri du besoin, ils ne se livreront pas à ces petits deals qui mettent en péril la sécurité des usagers et qui peuvent leur faire perdre leurs boulots. Les contrôles policiers sont une bonne chose, mais quand on veut être rusé pour avoir de quoi manger, on peut."
"J'ai vu les images de l'accident et j'ai été touché par ce qui est arrivé. J'étais dépassé à l'idée de retrouver des camarades de classes qui auraient perdu des parents dans le drame. Pour éviter ces genres d'accidents, il faut songer à placer des agents de police aux abords des voies pour contrôler les normes de chargement. Nous-mêmes, usagers des compagnies de transport, devons refuser de voyager dans des cars surchargés. Car, même si on exclut les accidents, cela est inconfortable. C'est nous-mêmes qui encourageons et favorisons ces excès des transporteurs".
"Le drame de Boromo m'a beaucoup choqué et je crois que l'état de la route y est pour quelque chose. On doit revoir la structure même de nos voies afin d'éviter que de telles situations ne se reproduisent. Il faut aussi que les sociétés de transport élargissent le nombre de leur personnel, surtout les chauffeurs. Souvent, ceux-ci n'ont même pas le temps de se reposer. Ce qui les pousse à se doper pour résister à la fatigue et au sommeil ; alors qu'on sait que le corps humain à ses limites et ses exigences".
"J'ai été traumatisé par ce drame qui touche même l'ensemble de la population du Burkina Faso. Il est opportun de recommander la prudence à nos conducteurs qui veulent parfois faire un maximum de voyages pour accroître leurs gains. Cela les expose à la fatigue et accroît les risques d'accident. Aux autorités, je leur dirai d'être plus rigoureuses dans la délivrance des permis de conduire. Certains ont le permis, mais leur manière de conduire laisse à désirer. La présence des agents de police peut permettre de limiter les écarts et les abus".
"Cet accident est très déplorable et j'ai été déçue quand j'ai appris la nouvelle. Les images nous ont permis de voir l'ampleur du drame. Des parents m'appelaient pour mieux s'informer, car le car a quitté Koudougou. C'est désolant et triste de voir ces gens, qui ont quitté leurs familles pour aller chercher de l'argent, finir ainsi sur la voie.
Il faut accentuer la sensibilisation auprès des chauffeurs sur certaines imprudences et contraindre les compagnies à éviter les surcharges. S'il n'y avait pas de surcharges, le drame n'allait pas atteindre ces proportions. La sécurité routière est inexistante dans notre pays et les voies sont étroites pour le trafic qu'elles supportent. Les autorités doivent vraiment contrôler et obliger les compagnies à respecter les capacités de chargement des véhicules".
"Il a a été choquant de voir des êtres humains partir ainsi. On doit remettre tout à Dieu et souhaiter que les autorités prennent des mesures pour que ça ne se reproduise plus. On doit voter et appliquer des lois à même de combattre les surcharges, l'absence de visite technique, d'assurance...
On néglige certaines choses. On ne peut pas empêcher les voyages de nuit. Cependant, on peut prendre deux chauffeurs qui se relaient en cas de fatigue. Je ne veux pas jeter toute la responsabilité sur les autorités, mais tout de même ; on voit des camions et des autobus surchargés, certains sans visite technique ni assurance, traverser le pays au vu et au su des agents de sécurité sans être inquiétés. La corruption sur nos axes routiers est réelle".
"Ce qui s'est passé le samedi matin à Boromo m'a fait très mal parce que j'ai perdu des parents et des amis dans le drame. Nous sommes en deuil et nous continuons de pleurer nos morts. C'est le lieu de dénoncer la surcharge du car puisque le décompte fait état de près de 92 passagers pour un véhicule qui devrait en prendre 70.
Si on avait respecté les limites de chargement, on aurait déploré moins de victime. On dit que le chauffeur de la remorque devrait dormir et on se dit que si on avait deux ou trois chauffeurs dans les véhiculent pour qu'ils se remplacent en cas de sommeil, on aurait pu éviter ce qui est arrivé. Les autorités doivent veiller à faire effectuer les visites techniques. Car les transporteurs voient d'abord leurs gains".
"J'ai été peiné et affligé par le drame, car j'avais des amis dans le car. Je suis allé à la gare avant le départ du véhicule et j'y ai vu des amis et connaissances qui m'ont informé qu'ils voyageaient. J'ai été choqué, mais je demande aux gens de s'en remettre à Dieu et de cesser les polémiques, car depuis le drame, il y en a tellement à Koudougou.
On n'a jamais vu une catastrophe de cette envergure. On dénonce toujours les surcharges dont se livrent les sociétés de transport de Koudougou, mais cela n'a jamais été pris en compte par leurs responsables. Ceux qui pensent que l'assurance va dédommager les victimes se trompent.
En ce sens que les compagnies d'assurance vont voir si le véhicule était en règle vis-à-vis de certaines choses. Si l'Etat ne fait pas quelque chose pour aider les sinistrés, ça sera difficile. Il est utopique d'attendre le salut du côté des assureurs".
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