Ndakhté M. Gaye
20 Novembre 2008
Si la crise économique qui est en train de se propager à travers le monde, particulièrement aux Etats-Unis et en Europe suscite beaucoup d'inquiétude dans le monde des affaires, elle n'ébranle pas pour autant le Maroc. Au contraire, les autorités du Royaume chérifien affichent la sérénité et semblent être déterminées à l'affronter. Même si les risques de pâtir des effets de la récession qui aura, de l'avis des spécialistes des questions économiques, des répercussions sur les échanges entre les pays dits émergents dont le Maroc et les Etats-unis et l'Europe sont réels.
Le ministre marocain de l'Economie et des Finances, M. Salah-eddine Mazouar a affiché, jeudi dernier lors de l'inauguration de la 1ère édition de la conférence économique annuelle d'Attijariwafa bank, son optimisme aux nombreux chefs d'entreprises de son royaume venus massivement répondre à l'appel du Président directeur général de ladite banque, M. Mohamed El Kettani, en leur assurant que l'économie du Maroc pouvait garder le cap en dépit des défis sérieux dus à la situation internationale qu'il considère comme étant une opportunité.
C'est que le rythme de la croissance du Maroc est soutenable, ainsi qu'il l'a affirmé à cette rencontre dont le thème a porté sur 'La crise financière internationale et les marchés émergents : menaces ou opportunités'. 'Le Maroc regorge d'énormes potentialités qui lui permettent de maintenir le rythme de croissance et de création de richesses', a-t-il souligné jeudi soir à Casablanca.
'Le Royaume fera face à la crise mondiale à partir d'une situation forte avec notamment des fondamentaux et un système financiers sains et une croissance soutenue, facteurs qui peuvent lui permettent de maintenir le rythme', a-t-il ajouté. 'Construire, rester mobiliser et agir doivent servir comme leitmotiv pour la période à venir car nous avons toutes les conditions et les outils nécessaires d'adaptation à la situation', a-t-il poursuivi.
Et le ministre marocain de l'Economie et des finances d'appeler à rejeter toute attitude de frilosité ou de repli sur soi et à la mobilisation de tous les acteurs pour conforter les choix fondamentaux et accompagner la politique publique de promotion des investissements et de la consommation interne, du maintien de la diversification économique, de la politique de soutien aux Petites et moyennes entreprises (Pme) et de la promotion de l'éducation.
Pour sa part, M. Jacques Attali, économiste français et président de PlaNet finance, une organisation internationale dont la mission est de lutter contre la pauvreté en soutenant le développement de la micro-finance, il a nourri le débat sous l'angle d'un secteur clé pour le Maroc, à savoir le tourisme. 'Le Maroc dispose de nombreux atouts pour réussir ce challenge et gagner la partie. Le Royaume a connu d'importantes avancées économiques dans divers domaines et dispose d'un système financier stable et d'une bonne réglementation bancaire', a fait remarquer M. Attali qui intervenait en duplex depuis Paris.
Jacques Attali a affiché un certain pessimisme par rapport aux effets de la crise financière internationale. 'L'année 2009 connaîtra un ralentissement de la croissance dans le monde. Elle devra se traduire pour les pays du Sud par un tassements des investissements, un recul des transferts des migrants et une diminution de l'activité touristique', a-t-il affirmé. Concernant le secteur touristique, Jacques Attali a conseillé au Maroc de continuer d'afficher ses ambitions en poursuivant sa politique d'investissement et de construction des hôtels pour conforter son potentiel considérable.
Le même sentiment d'inquiétude est partagé par le président de la société marocaine des analystes financiers. Dans le 6e numéro 'L'Economiste magazine', paru ce mois courant, M. Haddi Gharib a soutenu que l'incidence de la crise internationale dépendra de l'impact que celle-ci produira sur la croissance dans le monde et surtout en Europe, principal partenaire du Maroc. Et si cette crise financière se prolonge dans le temps, elle finira par entraîner une crise économique nationale et découragerait les investissements locaux et étrangers, selon lui. Parmi les victimes de cette tempête déclenchée par la crise, il a cité l'export, l'immobilier touristique qui connaîtra des jours difficiles dans les mois à venir.
Les experts du Centre marocain de conjoncture (Cmc) sont aussi réalistes. 'Le Maroc connaîtra une perte probable de 1,5 à 2 points de croissance pour cette année', ont-t-ils souligné dans le même magazine. Selon eux, les répercussions directes et indirectes de la tourmente financière devraient induire en toute probabilité un ralentissement significatif de l'activité et de la croissance. 'L'affaiblissement de la demande adressée à la production nationale pourrait se traduire, dans un contexte inflationniste, par un repli des exportations, de la production et de l'emploi dans les secteurs les plus exposés dans les branches industrielles', ont insisté les experts du Cmc. Si donc, le Maroc est jusqu'ici épargné par la crise financière qui fait d'énormes dégâts, il devra gérer les répercussions inévitables sur son économie à moyen et long terme.
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