Fraternité (Cotonou)

Bénin: Industrie culturelle - Des appuis qui présagent d'un meilleur devenir

Le secteur culturel reste l'un des plus dynamiques au Bénin avec une réelle capacité des différents acteurs à l'animer. Au prix de la créativité, ces derniers s'imposent dans l'univers des arts mais peinent à bénéficier de financements pour accompagner leurs différents projets. Etat des lieux du financement des initiatives culturelles...

« Les banques ne sont pas prêtes à accompagner les projets à relent culturel quelque soit leur nature, leur portée ou impact ». L'unanimité semble se faire dans le rang des acteurs culturels autour du manque d'intérêt des banques à financer des initiatives culturelles. Le financement des projets culturels au Bénin relève d'un parcours de combattant. Selon une étude de la Direction du Fonds d'Aide à la Culture, les demandes de financement des artistes et promoteurs culturels dépassent en 2007 la bagatelle somme d'un milliard trois cent millions (1.300.000.000) FCfa.

Les besoins en financements des acteurs culturels s'accroissent de jour en jour et l'existence de certaines sources de financement constitue une alternative pour ceux qui aspirent à voir se concrétiser leurs divers projets. Au nombre des sources, on peut noter le financement issu du secteur public, le financement issu de la coopération internationale et celui provenant du secteur privé.

Le financement public provient de la Présidence de la République, du Ministère de la Culture qui, en plus des subventions qu'il accorde directement et de l'appui direct de la Direction de la Promotion Artistique et Culturelle (Dpac), a mis à la disposition des opérateurs culturels, le Fonds d'Aide à la Culture (Fac) dans le but de soutenir les initiatives dans le domaine culturel. Il provient également des structures décentralisées (les mairies) qui soutiennent certaines manifestations culturelles locales.Quant au financement issu de la coopération internationale, il repose sur les représentations diplomatiques étrangères installées au Bénin.

C'est le cas des coopérations française, belge et danoise qui s'impliquent dans le développement culturel du Bénin. Il convient de souligner également la contribution de l'Union Européenne qui intervient dans la quasi-totalité des secteurs de développement du pays par le biais du Fonds Européen de Développement, en particulier dans le secteur culturel où la mise en place du Programme de soutien aux initiatives culturelles décentralisées (Psicd-Bénin) a contribué énormément au dynamisme de l'action culturelle au Bénin depuis mars 2006.

En ce qui concerne le financement issu du secteur privé, (sponsoring et mécénat), on peut affirmer que ce sont des pratiques de plus en plus courantes au Bénin. On peut citer au nombre des grandes signatures du sponsoring au Bénin, la Société Générale de Banques au Bénin (Sgbbe), la Fondation Bank of Africa (Boa), les opérateurs de téléphonie mobile, l'Office des Postes et Télécommunications, la Société Béninoise de Brasserie (Sobebra), le groupe Tundé.

Le mécénat et le sponsoring constituent un volet important du financement des initiatives culturelles au Bénin, et l'on peut regretter de la part de l'Etat, l'absence d'une politique destinée à encourager les entreprises à soutenir le développement culturel par des exonérations fiscales, selon le rapport du Programme de soutien aux initiatives culturelles décentralisées (Psicd-Bénin) sur l'état du secteur de la culture. L'Etat, à en croire Akala Akambi, directeur de la cinématographie nationale, a tout à gagner de cette politique tant les demandes d'appui sont immenses et il est loin d'y faire face seul quelque soit sa volonté.

En application de la Convention de financement N° 09 ACP BEN 11signée le 10 août 2005 pour un montant d'environ un milliard neuf cent vingt huit millions (1.928.000.000) FCfa, il a été mis en place pour une période de trois ans (mars 2006-juin 2009) le Programme de soutien aux initiatives culturelles décentralisées (Psicd). Ce Programme tant attendu des acteurs vise entre autres, l'appui technique et financier et le renforcement des capacités, en vue de favoriser l'émergence d'acteurs culturels décentralisés de plus en plus nombreux, qui soient capables de prendre en charge le développement culturel en terme d'organisations, de structuration et de gestion.

Le principe retenu pour le financement des projets est celui de l'appel à propositions qui est un procédé d'attribution de subventions assujetti aux principes transversaux de programmation, de transparence, de mise en concurrence et d'égalité de traitement. Il est organisé selon Elise Daubelcour, coordonnatrice adjointe chargée de l'appui aux soumissionnaires, autour de plusieurs étapes, principalement l'élaboration des lignes directrices, la publication de l'appel, la réception et l'enregistrement des propositions, l'ouverture et le contrôle administratif des demandes, leur évaluation par un comité d'évaluation qui s'appuie notamment sur les notes et les remarques d'assesseurs indépendants pour établir une liste provisoire des demandes sélectionnées.

A celà, s'ajoute la vérification de l'éligibilité des demandeurs/partenaires et, finalement, l'attribution des subventions (notification aux demandeurs, préparation et signature des contrats, publication de l'attribution des subventions). A mi-parcours, il est à mettre à son actif plusieurs réalisations. Ainsi, concernant le renforcement des capacités, 210 acteurs culturels ont bénéficié de formation aussi bien en décentralisation et en développement culturel local, en journalisme culturel et critique d'art, management, gestion des carrières artistiques, qu'en gestion des associations et des projets culturels et en animation culturelle.

Au-delà des acquis pédagogiques au double plan technique et artistique, ces formations ont facilité l'élargissement des horizons professionnels des bénéficiaires et permis d'impulser une nouvelle dynamique dans le secteur grâce aux productions et aux réseaux professionnels constitués. De plus, un portail culturel (www.artbenin.com) destiné à mettre en valeur la vie artistique et culturelle du pays, a été conçu et mis en ligne en août 2007.

Un fonds de six cent trente millions (630.000.000) de francs Cfa a par ailleurs permis de financer au terme d'une procédure rigoureuse et transparente, 32 projets structurants répartis sur l'ensemble du territoire national et touchant à toutes les filières culturelles (théâtre, musique, danse, arts plastiques et appliqués, lettres, patrimoine, cinéma et audiovisuel). L'injection directe de ce fonds dans le secteur, a indiqué Babacar Ndiaye, a consolidé les associations et entreprises culturelles bénéficiaires et élargi les opportunités de financement des projets présentés par les opérateurs culturels.

D'une subvention de deux cent trente cinq millions (235.000.000) FCfa, en 2007, le Fonds d'aide à la culture a été porté à un milliard de francs CFA (1.000.000.000) à partir de l'exercice 2008. Cette décision répond aux attentes des acteurs culturels qui ont de tout temps décrié le saupoudrage qui se note au niveau de l'octroi de subvention. Mis en place pour servir à la promotion du patrimoine et des industries artistiques et culturelles à travers la valorisation des potentialités et l'accompagnement des professionnels de tous les domaines artistique et culturel, le Fonds d'aide à la culture s'est confronté à une pléthore de demandes de subvention.

L'enveloppe mise à la disposition des demandeurs s'est révélée insuffisante pour couvrir les nombreuses sollicitations. Ainsi, conformément aux recommandations du Conseil des ministres du 19 septembre 2007, le Fonds d'aide à la culture a connu une restructuration : le conseil de gérance a laissé place au conseil d'administration avec la désignation de quinze nouveaux administrateurs composés des représentants de tous les acteurs publics et privés impliqués dans la promotion du secteur culturel. Sous la conduite d'un comité d'experts, un avant projet de manuel de procédures administrative et financière a été élaboré.

La gestion du milliard est faite selon une clé de répartition adoptée par le Conseil d'administration au cours de sa session des 9 et 10 avril 2008. Selon la directrice du Fonds d'aide à la culture, l'octroi d'une subvention est assujetti à un système de contrôle d'exécution et de suivi sur le terrain. Avant la délivrance des chèques, les services techniques du fonds s'assurent de l'effectivité des actions que le bénéficiaire entend réaliser en demandant l'appui. Il lui est demandé d'apporter toutes les preuves y afférentes.

Ainsi, sur une mise à disposition de sept cent cinquante millions (750.000.000) de francs Cfa, la consommation du budget du Fonds d'aide à la culture s'élève à sept cent six millions sept cent trente mille neuf cent quarante deux (706.730.942) de francs Cfa soit un taux de 70,7%.Malgré toutes les garanties de transparence recherchées, la gestion du milliard n'échappe pas aux critiques des acteurs culturels. Nombre d'entre eux dénoncent le défaut de communication autour des appels à propositions.

C'est plus qu'une surprise pour ces derniers d'apprendre que le milliard culturel est à 70,7% de taux de consommation alors qu'ils n'ont jamais été invités officiellement pour soumettre leurs projets. Un camouflet pour les responsables et le conseil d'administration du Fonds d'aide à la culture. Même s'ils comptent diffuser pour l'exercice 2009 les appels à propositions, ils sont loin de contenter les artistes.


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