Kamel Ferchichi
21 Novembre 2008
Dans un pays en grande partie aride comme la Tunisie, l'irrigation s'impose comme un choix incontournable pour améliorer la productivité agricole et répondre, ainsi, aux besoins diversifiés de la population nationale.
Le pays compte plus de 400.000 ha de périmètres irrigués, répartis essentiellement sur toute la vallée de la Medjerda et dans bien d'autres régions. Toutefois, l'irrigation à partir des eaux de surface et de celles des barrages conduit souvent à l'accumulation des sels dans les sols. D'où le phénomène de la salinisation des sols.
Qu'elle soit primaire par ses origines naturelles, ou secondaire due principalement aux effets de l'irrigation et de la remontée de la nappe phréatique, la salinisation est un fléau qui persiste au fil des ans. Elle ne cesse de dégrader les sols en affectant 1,5 million d'ha, soit 10 % ou presque de la surface globale du pays.
Selon M. Hédi Hamrouni, directeur des ressources en sol au ministère de l'Agriculture et des Ressources hydrauliques, près de 100.000 ha de nos périmètres irrigués sont profondément touchés par l'importance de la salinisation. Le quart des exploitations totales nécessite davantage d'interventions.
Leur impact se manifeste clairement le long du bassin de la Medjerda et dans les régions environnantes de Jendouba, Béja et Ariana, ou encore dans le Cap Bon, en allant jusqu'aux plaines de Kairouan. Cela se voit aussi dans le sud tunisien, là où il y a le système cultural oasien.
"Si on récapitule, 75 % des sols sont moyennement à fortement sensibles à la salinisation", estime M. Hamrouni, en indiquant que ce phénomène ne demeure perceptible que lorsque la quantité de sel atteint 2,8 mg par litre. L'on arrive, ainsi, au stade de la salinisation des sols.
Vu l'ampleur de ce problème, qui continue à gagner des terrains agricoles, les pouvoirs publics n'ont pas manqué de prendre le taureau par les cornes, afin de préserver les milliers d'hectares irrigués menacés.
Car l'enjeu est d'importance. L'essentiel, comme l'avait déjà prévu le programme présidentiel, est de parvenir à assurer, à l'horizon 2009, 50 % de la production agricole à travers l'irrigation.
"D'où l'impératif d'intensifier l'exploitation et d'optimiser, autant que possible, ces richesses hydriques", souligne-t-il. Et la mobilisation de ces eaux demeurent plus que jamais un défi majeur.
Un double objectif quantitatif et qualitatif. A l'en croire, celui-ci ne saura se réaliser qu'à travers un plan d'action en trois grands axes à caractère préventif, curatif et de sensibilisation.
La prévention, dont la mission incombe à la direction du génie rural et d'exploitation des eaux, consiste en des actions d'observation et de suivi du phénomène lors de la création des périmètres.
Une opération qui aide à identifier les paramètres à l'origine de la salinisation, tout en contrôlant deux fois par an la remontée de la nappe et la qualité du sol. C'est une phase qui prépare l'intervention curative.
Cette dernière engage le recours aux techniques nécessaires d'assainissement et de drainage pour sauver le sol et atténuer les retombées de la salinisation.
Le troisième volet réside dans la sensibilisation à travers la formation des agriculteurs et la vulgarisation agricole. "A la faveur de cette stratégie, on peut détecter le mal et intervenir au moment opportun", explique encore le responsable.
Bien qu'elle soit parfois à l'origine de la dégradation des sols et des eaux, l'irrigation, si elle est maîtrisée, joue un rôle important dans l'amélioration de la production agricole et la protection des ressources hydriques par ses techniques d'économie les plus répandues. C'est une arme verte à double tranchant.
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