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Gabon: Chez les Maasaï, l'incision remplace l'excision

Laurène Lepeytre

23 Novembre 2008


Les jeunes filles Maasaï de la région de Monduli, à 40 km de la capitale tanzanienne, ne subiront plus le même sort que leurs mères. Depuis 2007, une légère incision sur les cuisses remplace les mutilations de l'excision, encore pratiquée dans le pays bien qu'illégale depuis 1998. Reportage au village sur ce nouveau rite de passage.

Il est 6 h 30 du matin. Sur les hauteurs du village de Monduli Juu, à 40 km d'Arusha, le vent glacial s'amuse encore à rafraîchir les corps engourdis avant les premiers rayons du soleil. Mama Seita revêt un deuxième pagne par-dessus son pull en polaire. Elle met ses boucles d'oreille en métal, achetées en ville.

Aujourd'hui est un grand jour : la nièce de son amie Nasumbar passe à l'âge adulte. Une fête qui dure trois jours. Sur le chemin qui traverse la plaine rougeoyante, Mama Seita explique que la coutume change. Naivashe, la nièce de Nasumbar, âgée de 14 ans, ne sera pas « coupée ». Elle est parmi les toutes premières à expérimenter ce nouveau rite de passage, une alternative à l'excision. Sans mutilation. "Dieu a fait le corps de la jeune fille ainsi, il ne faut pas le changer", explique Mama Seita.

Presque une heure de marche pour rejoindre le village encore endormi. Les femmes feront tout toute seules pour ce premier jour : sacrifice d'un mouton dans l'entrée de la boma (maison traditionnelle) où est enfermée Naivashe, partage de la viande, confection de colliers.

La jeune fille est rasée, signe de sa deuxième naissance. Sa grand-mère cache ses cheveux coupés sous son lit : ainsi personne ne pourra s'en servir pour faire de la sorcellerie. Puis Naivashe sort une dernière fois de sa boma, vêtue d'un vêtement traditionnel noir, pour un petit tour plutôt sportif. Sa grand-mère lui glisse entre les orteils des crottes de chèvre ; elle devra faire quatre fois le tour d'un arbre sacré à côté de sa maison.

L'exercice est délicat : Naivashe s'arrête plusieurs fois pour remettre en place les boulettes entre ses orteils. "C'est difficile, chuchote Mama Seita qui assiste en riant à la scène, ça lui montre qu'il faut s'accrocher à chaque chose que l'on possède dans la vie ; tout n'est pas donné."

Exciseuses au chômage

Nasumbar, la tante de la jeune fille, s'éloigne en pouffant de rire elle aussi car cela lui rappelle son passage à l'âge adulte, il y a une vingtaine d'années. Mais à l'époque, elle riait moins : comme toutes ses amies, elle a été excisée.

À l'écart du groupe, elle avoue que le nouveau rite est une bonne chose, qu'il va permettre d'améliorer les rapports sexuels. Elle ne ressent aucun plaisir. Nasumbar est une ancienne exciseuse. Elle a appris le métier en observant sa mère. "Je gagnais 5 000 shillings par excision (presque 3 -), en plus des dons en nature : de la viande, des sodas. Aujourd'hui, j'ai arrêté d'exciser. Je fabrique des bijoux en perles."

Comme beaucoup d'autres, Nasumbar a dû trouver un autre moyen de subsistance. Ces femmes ont formé un groupe : elles confectionnent des bijoux traditionnels maasaï que d'autres associations se chargent de revendre en Tanzanie comme à l'étranger. L'une d'elles, l'association Aang Serian ("village de la paix" en maa, la langue des Maasaï) centralise l'activité autour de ces rites de passage alternatifs.

Elle se charge notamment de revendre ces bijoux en perles et de reverser les bénéfices aux anciennes exciseuses. Mama Seita apporte un bémol : "Nous n'avons toujours pas été payées pour les bijoux remis à Aang Serian. Sans cet argent, nous ne pouvons plus acheter de perles et nous remettre au travail."

Un retard de paiement dangereux, car si ces femmes meurent de faim, elles trouveront toujours où exercer leur ancien métier. Monduli Juu est aux portes de la brousse. Au-delà, l'excision ne s'arrête pas d'un simple claquement de doigt. Mama Seita le sait et depuis janvier 2007, elle organise des séminaires d'information sur les dangers de l'excision.

"Il faut travailler son discours, car on ne dit pas la même chose devant un public d'hommes ou de femmes. C'est une question de respect chez nous les Maasaï, on ne mélange pas les hommes et les femmes." Engobe vit à Eluai, un village voisin. Il fait le même travail que Mama Seita. Comme elle, il reconnaît avoir essuyé des insultes au début, avoir été traité de fou, de "voleur de culture".

Puis, au fil des séminaires et des mois, Engobe se fait comprendre. Il raconte : "Les gens me demandent comment va-t-on reconnaître une femme si elle n'est pas excisée ? Ils ne comprennent pas que ce qui rend adulte, c'est le respect de nos valeurs, des salutations par exemple. On justifie l'excision en disant que ça calme la libido de la femme. Or ça n'empêche pas ces femmes de tromper leur mari. Il faut comprendre que c'est l'amour le ciment du couple."

Quelques gouttes de sang

Pour Naivashe, après un jour de repos sans sortir (dans la tradition la jeune fille restait enfermée plusieurs mois), le troisième jour est celui qui fait d'elle une femme. Il est huit heures du matin, l'heure où les troupeaux partent en transhumance pour la journée. On installe la jeune fille dans l'entrée de sa boma, les jambes écartées. Sa grand-mère lui crache dessus pour la bénir, avant de se pencher sur elle.

Avec une lame de rasoir, elle lui fait deux petites entailles sur l'intérieur de chaque cuisse, pour faire sortir quelques gouttes de sang. Naivashe reste impassible. Des youyous retentissent dans tout le village. "C'est la seule marque qui montre que Naivashe est une femme maintenant", se réjouit Mama Seita.

Plus loin, à l'abri du soleil, les anciens finissent en chantant leurs bouteilles d'alcool fort. Beaucoup ne savent même pas ce qui a changé pour Naivashe et la communauté de Monduli Juu.Selon un rapport de l'UNICEF, deux millions de jeunes filles sont excisées chaque année dans le monde. Parmi elles, des fillettes tanzaniennes : encore plus d'une sur dix.

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