International Freedom of Expression Exchange Clearing House (Toronto)
21 Novembre 2008
La police du Soudan a arrêté plus de 60 journalistes au cours d'une manifestation de protestation contre la censure des médias, rapportent le Réseau arabe d'information sur les droits de la personne (Arabic Network for Human Rights Information, ANHRI), le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), la Fédération internationale des journalistes (FIJ) et d'autres sources d'informations.
Armés de cannes et de boucliers, les policiers anti-émeute ont encerclé les journalistes qui se trouvaient à l'extérieur du parlement le 17 novembre et les ont emmenés à un poste de police. Les journalistes détenus ont par la suite été relâchés.
Le quotidien « Ajras al-Hurriya » et d'autres journaux subissent de plus en plus la censure avant impression ou censure d'« épreuves », une pratique qui a commencé en février, dit ARTICLE 19. Chaque jour, les Services soudanais de la Sécurité nationale rendent visite aux sièges des journaux, avant que ceux-ci n'aillent à l'impression, et retirent physiquement les articles qu'ils estiment problématiques et tabous. Les journaux qui ne se conforment pas aux volontés des censeurs risquent de voir leurs publications être confisquées et détruites après l'impression.
« Ajras al-Hurriya » et d'autres journaux basés à Khartoum protestent depuis des semaines contre la censure des médias au Soudan. Le lendemain des arrestations, dix journaux ont suspendu leur parution pendant une journée, indique le CPJ. Au début du mois, plus de 50 journalistes soudanais ont fait la grève de la faim pendant une journée et trois journaux, dont « Ajras al-Hurriya », ont fermé pendant trois jours, rapportent ARTICLE 19 et l'ANHRI. Les chroniqueurs ont en outre décidé de retirer leurs chroniques en signe de protestation.
D'après ARTICLE 19, la censure de la presse écrite à Khartoum est largement centrée sur le conflit au Darfour et sur les relations politiques turbulentes avec le Tchad voisin. La dernière opération de répression contre la presse semble menée dans le but de décourager les reportages sur le sommet des dirigeants de l'opposition soudanaise, qui devrait porter sur la question du Darfour.
Le journaliste Salah Bab Allah, du journal « Al Entibaha » de Khartoum, a défié les ordres de la censure des forces de sécurité - et a été incarcéré au secret, rapporte l'ANHRI. Les censeurs avaient exigé qu'il retire une histoire sur l'éclatement d'une épidémie de fièvre dans l'ouest du Soudan. Bab n'en a pas tenu compte et a imprimé la nouvelle en première page.
Les anciens rebelles du sud, le Mouvement populaire de Libération du Soudan (SPLM), dénoncent les arrestations - et ont retiré en signe de protestation leurs officiers qui travaillent au service de la presse des forces de sécurité.
L'accord de paix de 2005 qui a mis fin à la guerre civile opposant le sud du pays au nord est censé préserver la liberté d'expression et de la presse. L'ANHRI, ARTICLE 19, le CPJ et la FIJ pressent les autorités soudanaises de garantir la liberté des médias, comme le prévoit l'accord.
Selon l'ANHRI, « nous ajoutons notre voix à celles des journalistes soudanais dans leur protestation collective contre la censure des épreuves, et nous exigeons que le Syndicat des Journalistes soudanais joue son rôle et se porte à la défense de la liberté de la presse et protège les journalistes. »
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