L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

Guinée Bissau: Ca suffit !

Lobservateur

23 Novembre 2008


Après les législatives du 16 novembre 2008, alors que les Bissau-Guinéens attendaient un nouveau gouvernement, c'est à une nouvelle mutinerie qu'ils ont eu droit : dans la nuit du samedi 22 au dimanche 23 novembre, des militaires ont en effet tiré à l'arme lourde et à l'arme légère sur la résidence du chef de l'Etat, Joao Bernardo Nino Vieira.

Les combats auraient fait un mort chez les assaillants et plusieurs blessés dans le camp des forces loyalistes, qui ont repris le contrôle de la situation dimanche dans la matinée. Voici donc ce petit pays d'Afrique occidentale de nouveau en proie à des turbulences militaires, dont on se demande bien quand est-ce qu'elles prendront fin.

Mais le présent concert de la cannonière est d'autant plus surprenant qu'il s'est fait entendre une semaine, seulement une petite semaine, après les législatives qui avaient vu la victoire du Parti africain pour l'indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert (PAIGC). Une victoire à la régulière de l'ancien parti unique, dans la mesure où, de l'avis de tous les observateurs, le scrutin, des plus sincères, s'est déroulé dans le calme et la transparence.

Avec, cerise sur le gâteau électoral, un taux de participation introuvable de 70 à 80% des quelque 600 000 votants. Preuve, s'il en est, que les populations, assaillies par toutes sortes de difficultés quotidiennes, sont décidées à avoir voix au chapitre dans un pays qui est devenu une plaque tournante du trafic de drogue dans la sous-région.

Faut-il d'ailleurs voir dans l'assaut de l'autre nuit des velléités de reprise en main de la situation par certains chefs militaires et paramilitaires parfois impliqués, jusqu'au cou, dans le trafic illicite des stupéfiants ? Ou s'agit-il tout simplement de remous post-électoraux sur fond de rivalités ethniques ?

Des tensions avaient, on le sait, vu le jour peu de temps après l'annonce des résultats provisoires, que conteste le Parti de la rénovation sociale (PRS) de Kumba Yala, même s'il faut se garder, jusqu'à preuve du contraire, d'établir une relation de cause à effet entre les revendications électorales et le regain de tension actuel.

Quoi qu'il en soit, on ne peut que condamner ces dérives, qui contribuent à saper la démocratie, dont les fondations sont encore fragiles malgré le test concluant du 16 novembre dernier. On est d'ailleurs tenté de dire à nos frères bissau-guinéens, "Ca suffit !"

Ca suffit, ça commence à bien faire, car le pays, qui a connu pas moins de dix coups d'Etat depuis son indépendance en 1974, ne peut pas continuer à se débattre dans ce tourbillon d'instabilité tout en s'attelant au seul combat qui vaille, celui pour le développement. Quand est-ce que ces militaires à la gachette facile, qui ne sont pourtant pas des parangons de vertu, le comprendront-ils, même s'il faut reconnaître à leur décharge que c'est parfois les hommes politiques, par leur incurie, qui font le lit de l'instabilité ?

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