FREDDY MULUMBA KABUAYI
24 Novembre 2008
interview
Kinshasa — Vice-Premier ministre en charge des besoins sociaux de base, Mobutu Nzanga est très préoccupé par la dégradation de la situation humanitaire à l'Est du pays. En vue d'apporter une réponse urgente, la Commission chargée des Besoins sociaux de base s'attelle à la préparation rapide d'une « campagne nationale de solidarité » en faveur de ces populations meurtries de l'Est. Interview.
Quelle est, selon vous, la place de l'Udemo dans la majorité parlementaire ?
Le président du Groupe parlementaire de l'Udemo est certes mieux placé que moi pour répondre à votre question. Qu'à cela ne tienne. Je pense que les parlementaires Udemo ont le devoir de jouer le jeu en respectant les accords conclus, mais dans le souci de la réussite démocratique des activités parlementaires. Je pense qu'ils s'acquittent normalement de leurs tâches. Ce sont des démocrates au service de la Nation congolaise.
Et au sein de la majorité gouvernementale ?
Dans l'architecture gouvernementale actuelle, l'Udemo est présente notamment au poste de vice-Primature chargée des Besoins sociaux de base, des ministères des Hydrocarbures et de la Recherche scientifique et au vice-ministère du Budget. Comme membres du gouvernement, nous avons l'obligation de réussir les missions nous confiées par le chef de l'Etat dans un souci d'efficacité, de loyauté et surtout de bonne gouvernance pour préserver la crédibilité et l'homogénéité du gouvernement de la République.
Vous avez été nommé vice-Premier ministre chargé des Besoins sociaux de base. Comment entendez-vous jouer ce rôle ?
Tout d'abord, je tiens à rappeler que le gouvernement s'est fermement engagé à poursuivre la série de réformes amorcées afin de mobiliser les ressources nécessaires aux programmes de réduction de la pauvreté dans un environnement de démocratie, de justice et d'équité. La problématique des Besoins sociaux de base s'articule autour de quelques dimensions du vécu quotidien des populations dont les unes sont tangibles (besoins fondamentaux en eau et électricité non satisfaits, détérioration des facteurs de production et faible accès aux services sociaux de base : santé et éducation, etc.) et d'autres sont intangibles (manque de paix, culture d'impunité renforçant la corruption, l'injustice et l'exclusion).
Les résultats d'un sondage d'opinion réalisé dans le cadre du DSCRP, sur la perception de la pauvreté par la population congolaise indiquent que 79% de la population ne sont pas satisfaits de leur consommation alimentaire ; 81% ne sont pas satisfaits de leur logement ; 82% de la population ont déclaré ne pas être en mesure de se prendre en charge en matière des soins de santé ; 84% des personnes sondées se disent en difficulté de s'habiller décemment. Tout cela montre bien que le développement du secteur social en RDC rencontre des difficultés structurelles liées jadis à la mauvaise gouvernance et aux conflits répétitifs. Faut-il rappeler ici que les secteurs de l'éducation, de la santé, de l'eau et de l'assainissement, ainsi que de la sécurité sociale, sont en RDC dans un état de détérioration et de déperdition avancée.
Face à cette situation, il a plu au chef de l'Etat de créer une vice-Primature chargée des Besoins sociaux de base, qui devra assez rapidement apporter des solutions concrètes avec impact immédiat et visible sur ces épineux problèmes relatifs au social du Congolais. Vous comprenez ainsi l'importance accordée aux problèmes sociaux majeurs, en mettant tous les moyens conséquents pour la réussite de la mission que le chef de l'Etat a bien voulu nous confiée, telle que définie à travers trois axes primordiaux. Une attention particulière doit être urgemment orientée vers les victimes du conflit à l'Est du pays.
Cette population doit être prise en charge rapidement pour soulager sa misère et ses souffrances et principalement des populations de l'Est du pays. A cet effet, j'envisage un périple à l'Est du pays, accompagné des ministres concernés directement par la problématique humanitaire et sociale à l'Est, pour apporter assistance et réconfort moral à nos populations meurtries. Non, la population à l'Est n'est pas orpheline. Le gouvernement a l'obligation de s'occuper d'elle. Comme j'ai eu à le dire au secrétaire général des ONG (CNONG), je lance un appel à la mobilisation générale de toute la population congolaise sur la question de l'Est.
Quelle est votre lecture de la crise sécuritaire et humanitaire à l'Est ?
Je m'inscris dans la lecture du gouvernement de la République. Mais toutefois, je tiens à préciser que les prétextes invoqués par les insurgés cachent parfois des agendas. L'histoire récente nous démontre que les ressources minières à l'Est du pays attisent les convoitises. Par ailleurs, une redéfinition de notre diplomatie nous permettra de préciser à nos voisins tout comme à nos partenaires traditionnels les intentions et la vision du gouvernement de la République. Quant à la crise humanitaire, je tiens à vous rassurer que je suis en temps réel la situation à l'Est et ses conséquences. Sur le plan social, « Loin des yeux, près du coeur », dit-on.
Face à l'agression que subit notre pays, la Commission chargée des Besoins sociaux de base s'attelle à la préparation rapide d'une « campagne nationale de solidarité » en faveur des populations meurtries de l'Est du pays. Cette campagne « Solidarité Congo » se concrétisera au niveau du gouvernement par la redéfinition urgente des besoins sociaux de base, avec le concours de principaux ministères concernés, à savoir les ministères de la Santé, de l'Education, des Affaires humanitaires, du Genre, Famille et Enfant, etc. L'objectif final poursuivi est de parvenir à proposer la création du « Fonds congolais de solidarité » qui aura pour mission notamment de prendre en charge les populations civiles et surtout les victimes de violences sexuelles et de sévices dans les conflits armés et les déplacés de guerre.
Quelles solutions préconisez-vous à court, moyen et long termes pour instaurer une paix durable à l'Est de la RDC ?
Je dois vous rappeler qu'en tant que membre du gouvernement, souffrez que je réserve la primeur à qui de droit. Loin de moi l'idée d'étaler sur la place publique les secrets des délibérations du gouvernement mais je voudrais indiquer les pistes de solutions qui relèvent simplement du bon sens. Un ancien homme d'Etat allemand, le chancelier Schimdtz avait, en son temps, énoncé le théorème suivant : 1. Paix 2. Confiance 3. Investissement 4. Croissance 5. Développement.
Au court comme à long termes, la paix conditionne la confiance qui est source d'incitation à l'investissement et donc susceptible de générer la croissance, dimension quantitative du développement. Notre pays, la RDC, et surtout le peuple congolais qui n'a que trop souffert, ne demande qu'à se développer. Le gouvernement fera de tout son mieux en recourant à tous les moyens possibles -politiques et diplomatiques- pour restaurer la paix au Congo, et dans la partie orientale en particulier. Sur le plan interne, il y a lieu de renforcer la solidarité nationale au niveau parlementaire ainsi qu'au sein de la Société civile. Tous les Congolais devraient parler le même langage et agir comme un seul homme. Le rôle du gouvernement, c'est de faire appliquer et respecter les accords conclus. Sur le plan extérieur, la RDC devrait faire aussi son propre lobbying auprès de la communauté internationale, pour défendre le bien-fondé de la cause congolaise.
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