Wal Fadjri (Dakar)

Guinée Bissau: Bruits de bottes en Guinée-Bissau - La Casamance dans la psychose d'un embrasement

Mamadou Papo Mane

25 Novembre 2008


C'est avec beaucoup d'intérêt que les populations casamançaises suivent la situation en Guinée-Bissau. Un intérêt qui trouve son explication dans les connexions qu'il y a entre ce pays et le sud du Sénégal qui entretiennent des relations de complicité. Dimanche dernier, le sommeil des populations du sud a été brutalement interrompu par la nouvelle de la tentative de mutinerie en Guinée-Bissau.

Et pourtant, l'incident s'est produit de l'autre côté de la frontière. Seulement, les raisons de l'inquiétude des Ziguinchorois sont d'ordre historique, géographique, culturel et affectif.

Toutes choses qui sont liées aux connexions qui existent entre la Casamance et ce pays qui a une tradition guerrière. Autant de raisons qui font que la Casamance ne peut pas rester insensible à ce qui se passe au pays de Nino Vieira.

Pendant la guerre de libération par exemple, cette région sud du Sénégal a été une base de repli pour les combattants indépendantistes du Paigc dans leur combat contre le colon portugais. De cette réalité historique est née une relation affective entre les populations du sud et les Bissau-Guinéens.

En 1998, avec l'éclatement da mutinerie déclenchée par le Général Ansoumana Mané, c'est pratiquement toute la Casamance qui a tremblé, car étant au coeur de la crise avec notamment l'irruption de rebelles casamançais dans le conflit aux côtés du Général mutin.

A la tête de ces de combattants du Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (Mfdc) était Salif Sadio. Pendant toute la crise, le chef suprême du maquis était le principal conseiller militaire de Ansoumana Mané. Une situation qui a fait naître une fraternité d'armes et une solidarité militaire qui seront plus tard transposées sur le théâtre casamançais.

Ce sont là quelques-uns des exemples qui montrent l'existence de connexions entre la Guinée-Bissau et le sud du Sénégal. Aujourd'hui encore, cette situation fait craindre un débordement de la tension née il y a quelques jours à Bissau.

Cette instabilité récurrente, à en croire Nouha Cissé, trouve en partie son explication dans l'échec du dégrossissement de l'armée bissau-guinéenne.

'Ce projet qui était appuyé par les partenaires de la Guinée-Bissau n'est hélas jamais arrivé à terme', regrette-t-il. Pour donc cet observateur averti, l'échec de cette démobilisation, faute de moyens suffisants, renforce la logique militariste et le culte de l'ancien combattant.

A cela s'ajoute, selon lui, la frustration de certaines communautés ethniques qui ne trouvent pas satisfaction dans la gestion du pays. Toutes ces choses, de l'avis du proviseur du lycée Djignabo, placent la Guinée-Bissau sur des braises.

La mutinerie de dimanche dernier vient en tout cas rappeler la fragilité de la jeune démocratie qui s'est pourtant exprimée, il y une dizaine de jours, à travers des élections législatives.

Sans trop s'appesantir sur les motifs réels des mutins qui ont attaqué cette nuit-là la résidence du président Nino Vieira, les populations ziguinchoroises vivent dans l'inquiétude d'un regain de violence dans ce pays politiquement instable.

Car, de toute façon, la Casamance est sensible au moindre bruit de botte, fût-il produit de l'autre côté de la frontière. C'est en tout cas l'avis de Nouha Cissé qui renvoie à l'histoire pour trouver les raisons de cette réalité.

Le risque de franchir le pas d'une connexion étant réel chez les mutins bissau-guinéens, les autorités sénégalaises ne pouvaient dès lors pas rester impassibles à ce qui se passe chez Nino Vieira.

C'est tout le sens donné à l'action du chef de l'Etat qui a d'ailleurs été très tôt informé de la situation par son homologue bissau-guinéen.

Si cela ne dépendait que de Nouha Cissé, l'initiative du président Abdoulaye Wade serait renforcée pour ramener le calme en Guinée-Bissau.

La paix en Casamance est à ce prix, car, la crise dans cette région trouve sa solution en Guinée-Bissau et en Gambie. Ce constat est d'ailleurs partagé par les populations du sud qui suivent avec attention l'évolution de la situation, non sans souhaiter que tout rentre rapidement dans l'ordre pour éviter la mise en place des conditions d'une recrudescence de la violence à la frontière.

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Author: NON A LA MONARCHIE
Tue Nov 25 16:26:07 2008

Merci pour cet article qui nous eclaire sur comment un acte anodin dans un pays habitue aux soubressauts politico-militaire peut avoir des consequences qui s'etendent au-dela des frontieres de ce pays pour constituer une menace eventuelle a la paix chez les voisins. On se souvient qu'a l'epoque une situation similaire avait eu lieu avec la Gambie au lendemain du coup d'etat avorte a Banjul. Dieu veille sur la Casamance, ce beau pays!!!


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