Agence de Presse Sénégalaise (Dakar)
25 Novembre 2008
Dakar — Les médias devraient opérer "une vraie sélection" entre artistes confirmés et aspirants musiciens, a soutenu Ismaêl Lô selon qui l'absence de hiérarchie entre les différents acteurs concernés peut être considérée comme l'un des problèmes de la pratique musicale au Sénégal.
"Il y a aujourd'hui beaucoup de talents qui on envie peut-être de s'affirmer par A ou par B. Maintenant, le problème qui se pose, c'est qu'au niveau des médias, il n'y a pas une vraie sélection. Cela veut dire qu'on est tous dans le même lot", a expliqué le musicien dans un entretien accordé à l'APS.
"Quelqu'un qui vient de naître" à la musique est mis "dans le même bateau" que des générations qui sont déjà confirmées. "C'est pareil on dit : +C'est des musiciens, c'est des musiciens+. Il n'y pas de hiérarchie. Par contre, en Europe, cette hiérarchie, elle existe", a-t-il ajouté.
"C'est un des problèmes au niveau du Sénégal", a dit l'artiste, en indiquant que cela fait qu'aujourd'hui, "il y a un problème de qualité, il y a un problème d'état d'esprit, il y a un problème tout simplement de musicalité" dans la musique sénégalaise. Et "Il faut le dire".
Parmi la nouvelle génération, a-t-il fait observer, il existe certes des jeunes qui "ont un regard respectueux envers nous ou à l'endroit de nos aînés, qui ont toujours des mots gentils pour vous", mais aussi "il y en a qui pensent qu'ils sont des chanteurs comme vous, et que par conséquent, ils n'ont pas besoin de vous, ni de vos conseils".
"Maintenant, on commence à devenir pas une grande famille, mais une famille nombreuse. Je m'en réjouis quand même, parce que quelque part, c'est bien et ça veut dire peut-être qu'on a mis tellement de sérieux dans ce travail qu'on a pu donner une autre image de ce métier",a dit Ismaël Lô.
Il a cependant déclaré que "si on devient une famille nombreuse, il faut savoir gérer et aider ceux qui sont aidables, parce qu'il y a des chanteurs qui sont aidables, qui sont bons dès le départ (..) et il suffit d'un petit déclic, ils peuvent exploser. C'est comme dans le domaine du sport".
Selon lui, ça ne sert à rien de brûler les étapes. "Il faut partir à point (...) prendre le temps qu'il faut pour faire ce qu'on a envie de faire et le faire bien', a préconisé le musicien, surnommé le "Bob Dylan africain". Il a insisté sur le fait qu'il y a "une hiérarchie, un respect" que l'on doit attendre de la nouvelle génération.
Or, a-t-il déploré, dans les médias, "il n'y a pas une hiérarchie. Tu as comme l'impression que chaque jour, tu dois recommencer ce que tu fais, tu dois refaire ce que tu faisais il y a 20 ans, 25 ans" de sorte que les musiciens sont "tous dans le même lot (...) C'est bien, mais..."
"Vous-mêmes, qui êtes journalistes, vous vous rendez compte que par moments, il n'y a pas la qualité, vous le savez vous-mêmes. Je pense qu'il vous revient de l'écrire, de défendre ce point de vue, de dénoncer des choses. Nous, nous sommes trop mal placés pour le dire", a-t-il poursuivi
C'est que, selon lui, "la technologie est tellement avancée que de chez toi, avec un, deux ou trois pistes, tu peux enregistrer quelque chose. Maintenant, si tu as un ou deux amis au niveau des médias, ils peuvent passer cette musique qui peut s'avérer bonne. Il y a toujours une exception à la règle".
"Il reste cependant que maintenant, tout le monde veut devenir artiste, je ne sais pas pourquoi", a-t-il fait remarquer, avant d'ajouter : "c'est toujours bon d'avoir des conseillers. Ce n'est jamais méchant de voir X ou Y par rapport à telle ou telle chose.
Pour lui, certains jeunes ont tendance à considérer comme dépassée la génération à laquelle il appartient. Or, a-t-il souligné, la musique, ce n'est pas du tout une question d'âge, c'est aussi une question d'envie.
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