Armando Lona
26 Novembre 2008
Beaucoup de gens avaient cru à la lueur d'espoir qu'avaient suscité les dernières législatives en Guinée-Bissau. Mais, cet enthousiasme n'a pas duré longtemps. Le président de la République a échappé de peu à une tentative de coup d'Etat perpétré par un groupe isolé de militaires. Un acte anti-démocratique qui démontre le degré de l'insoumission des hommes de tenue au pouvoir politique.
Encore une fois, le bruit des canons a perturbé le sommeil des Bissau-guinéens, réveillés par des bombardements aux armes lourdes auxquels l'actuel président de la République, João Bernardo Vieira, a échappé de peu. Ce dernier événement a surpris la communauté internationale qui, au lendemain des législatives tenues le 16 novembre dernier, n'avait pas hésité à saluer 'la victoire de la démocratie'. Cet incident, vite condamné par l'Union africaine, replonge le pays dans son instabilité politico-militaire de ces dix dernières années ( ).
Déjà, certains observateurs estiment grande la marge de manoeuvre du futur Premier ministre pour mener à terme sa politique de réformes, condition sine qua non pour le décollage du pays. Toutefois, pour réussir sa mission, le prochain Pm devra, obligatoirement, faire preuve d'une bonne gestion de l'armée. Les événements, survenus ces dernières années, est une preuve que les militaires bissau-guinéens restent encore des acteurs incontournables pour la préservation et la conservation du pouvoir. Qu'est-ce qui explique ce rôle fondamental joué par les militaires dans le champ politique ?
Pour mieux comprendre la source de l'instabilité dans ce pays voisin du Sénégal, il nous semble fondamental d'aller au-delà des faits relatés par la presse internationale. Pour ce faire, il faut interroger l'histoire politique de cette petite nation, vitrine du déclin de l'empire portugais en Afrique après une lutte armée de onze ans. Le rôle politique de l'armée bissau-guinéenne est lié au contexte de sa naissance. C'est elle qui a créé l'Etat, contrairement à beaucoup des pays africains où le phénomène étatique est antérieur à l'institution militaire.
La lutte de libération, engagée par le Paigc sous la direction de son leader charismatique, Amilcar Cabral, a favorisé la formation politique des hommes de tenue dans ce pays. Outre leur métier d'armes, les ex-guerreiros ont également reçu une éducation politique. C'est l'une des différences fondamentales entre les armées des pays, colonisés par le Portugal, et ceux issus des colonies française, britannique, etc. En outre, il n'y avait pas une séparation nette entre les militaires et les civils au sein du Paigc. Les rapports civilo-militaires durant le processus conduisant à l'indépendance en 1973 étaient dominés par la question de la légitimité.
Malgré cette divergence entre les acteurs ayant pris part à la libération nationale, la direction civile va s'imposer, du moins provisoirement, dans la gestion des affaires publiques. Luís Cabral, le frère cadet d'Amilcar et membre de l'aile civile du parti, a été élu premier président de la République de la Guinée-Bissau indépendante. Cependant, sa gestion du pouvoir sera vite jugée, par l'aile militaire - composée majoritairement de Bissau-Guinéens - comme étant en faveur des Cap-Verdiens. La tension entre les responsables du Paigc a été à la base du coup d'Etat militaire du 14 novembre 1980 ayant conduit un militaire, João Bernardo Vieira 'Nino' au pouvoir.
Cette opération, baptisée Mouvement de réajustement, marque la fin du projet de construction de l'unité entre les deux pays et installe à la tête de l'Etat, des militaires fortement politisés pendant la période de la révolution. Ces faits historiques sont incontournables, aujourd'hui, pour appréhender l'interférence des militaires dans les affaires politiques. En dépit de l'adoption du multipartisme en 1991, symbolisant le 'divorce' des Forces armes révolutionnaires du peuple (Farp) du Paigc, les hommes de tenue ont du mal à se soumettre au leadership politique. Leur insubordination aux autorités civiles est indissociable des rapports de complicité et de connivence ayant longtemps caractérisé civils et militaires au sein du parti libérateur. A cela s'ajoute la gestion oligarchique du régime de Nino, pendant 18 ans ( ).
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