Fraternité Matin (Abidjan)

Guinée: Dr Ahmed Tidiane Souaré: "le dialogue et la reconciliation sont l'un des axes forts de notre programme d'urgence"

Barthélemy Kouamé

27 Novembre 2008


interview

Abidjan — Six mois presque, jour pour jour, après sa nomination, Ahmed Tidiane Souaré se confie à la presse ivoirienne. Son projet pour la réconciliation et la démocratie en Guinée, ce qu'il veut réussir avec la Côte d'Ivoire en matière de routes. Il en parle dans cette interview exclusive.

M. le Premier ministre, vous venez d'autoriser votre ministre des Travaux publics à rechercher les financements pour la route Lola-Danané, en compagnie du ministre des Infrastructures économiques de la Côte d'Ivoire. Pour vous, que représente cette route ?

C'est la route de l'amitié. C'est la route de la coopération. C'est la route de l'intégration africaine. Nous sommes Etats membres de la Cedeao, engagés dans un élan intégrateur que nous souhaitons dynamique.

Je pense que la réalisation des infrastructures de communication entre les différents pays constitue à coup sûr des actes importants en matière d'intégration. La réalisation de cette route permettra à la Côte d'Ivoire et la Guinée de renforcer leur coopération.

Elle permettra aux populations de mieux communiquer. Les échanges vont davantage se développer. Ce sera un pas important dans la voie de l'intégration sous régionale.

Récemment, vous avez lancé à Yamoussoukro l'idée d'un centre de recherche sur les ressources stratégiques sous régionales. La question des routes fait-elle partie de ce plan ?

Lorsque je le disais à Yamoussoukro, je pensais particulièrement aux ressources minières puisque j'avais fait remarquer à cette occasion que nous assistons aujourd'hui de la part des grandes multi-nationales à des fusions-acquisitions qui leur permettent de contrôler des segments importants de la valorisation et de la commercialisation des ressources minières. Et cet élan tendait à exclure les pays comme le nôtre, propriétaire de ces ressources, du jeu de la mise en valeur.

« Quand on a 50 ans, on se prend en charge », avez-vous dit aux populations. Mais votre pays continue de parler de désenclavement de la Guinée forestière, alors que cette région est considérée comme l'une des plus riches du pays. Comment expliquez-vous cela ?

On parlera toujours de désenclavement. On n'a jamais fini de réaliser les infrastructures, en 50 ans. Encore que pour le cas précis de la Guinée forestière, il s'agit d'une restauration de la route.

Elle avait été déjà construite, utilisée, exploitée. Elle s'est progressivement dégradée. C'est la raison pour laquelle nous avons initié le projet de sa restauration. Et on parle de désenclavement parce que lorsque la route est dégradée, toute cette région de l'arrière-pays est enclavée.

Que répondez-vous à ceux qui disent que développement et démocratie vont de pair ?

Je réponds que je suis d'accord avec cette assertion. Développement doit rimer avec démocratie. Seulement, il faudrait que le combat contre la pauvreté soit intensifié, parce que de par l'expérience que nous vivons, par ces temps modernes, la pauvreté est un frein véritable à l'évolution de la démocratie.

M. le Premier ministre, comment se porte aujourd'hui le dialogue inter-guinéen ?

Nous avons, au niveau du gouvernement de large ouverture, fait du dialogue et de la réconciliation l'un des piliers de notre politique, l'un des axes forts de notre programme d'urgence parce que l'équilibre social a été éprouvé, fragilisé ces derniers temps. Le dialogue social se porte bien.

Il doit être amplifié, pour que nous puissions aboutir à une réconciliation nationale en Guinée. Lorsqu'on parle de réconciliation, ce n'est pas parce que la Guinée a connu une guerre civile. C'est parce qu'il y a des fractures multiples au sein de la société.

Que ce soit en projetant un regard sur notre histoire, que ça soit la fracture qui existe entre les générations ou entre l'élite. C'est pour cela que nous avons estimé qu'une action de réconciliation nationale est indispensable pour préparer le pays à l'exercice de la démocratie, dans des conditions de paix, de sécurité et de sérénité.

Les élections législatives ne pourront pas se tenir cette année encore. A Macenta, vous avez appelé les sages à sensibiliser les populations au recentrement électoral. Pourquoi ce retard ?

C'est pour des raisons logistiques. Nous tenons, gouvernement et partenaires politiques et même les partenaires au développement, à ce que les prochaines élections législatives se déroulent dans des conditions de transparence et de crédibilité qui feront qu'elles seront acceptées par tous les acteurs.

Le premier acte à poser, naturellement dans ce cadre, c'est une identification correcte, sérieuse, des électeurs. Un système moderne, hélas compliqué, a été mis en place pour cette opération. Il n'est pas encore très bien huilé.

L'identification d'un électeur prend quinze minutes. Vous multipliez cela par le nombre des électeurs potentiels en Guinée, vous voyez que la demande beaucoup de temps. C'est la raison pour laquelle tout le monde est convaincu aujourd'hui que les élections ne pourront pas avoir lieu, comme prévu, en décembre.

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Mais ce n'est pas une mauvaise volonté du gouvernement, ni d'un autre acteur. Tout le monde est à pied d'oeuvre, la CENI (la commission électorale, NDLR), les partis politiques, les partenaires au développement, le ministère chargé des élections, pour rattraper les retards et fixer une date convenable pour la tenue de ces élections.

Ce nouveau délai à fixer aura-t-il une incidence sur la présidentielle prévue pour 2010 ?

Je pense que ce ne sont pas des délais liés. Le mandat présidentiel a ses délais. Les élections législatives ont également leur chronogramme.

M. le Premier ministre, comment se porte le président Lansana Conté ?

Le Président Lansana Conté se porte bien. Je l'ai quitté hier (vendredi, NDLR) soir. Il m'a instruit de venir procéder aux travaux que nous avons effectués ensemble aujourd'hui. Je partirai demain pour lui rendre compte.

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