Yves Atanga
27 Novembre 2008
interview
Jean-Pierre Biyiti bi Essam, ministre de la Communication revient sur la convention collective des journalistes.
Monsieur le ministre, quelle appréciation avez-vous de la signature, le 12 novembre 2008 de la Convention collective des journalistes et des métiers connexes ?
Tout d'abord, je vous remercie de me donner l'occasion de revenir sur ce moment historique de l'évolution du secteur de la presse dans notre pays.
En effet, la signature le 12 novembre 2008 de la convention collective des journalistes et des métiers connexes constitue un acte majeur de la modernisation et de la professionnalisation des entreprises du secteur médiatique au Cameroun. Jusqu'à cette date, la quasi-totalité desdites entreprises fonctionnait sans référence à un statut formel de la profession.
Désormais, il en sera autrement, puisque les journalistes et les auxiliaires de cette profession se sont dotés d'un cadre opérationnel qui devra régir leur recrutement, leur traitement et leur carrière. En un mot, c'est une avancée considérable dans le processus de création de véritables entreprises de presse au Cameroun.
On ne peut manquer de relever que bon nombre de patrons de presse n'ont pas signé cette Convention. Ne va-t-on pas de ce fait vers un environnement où une bonne partie des journalistes vont continuer à subir les affres d'une précarité que la Convention signée ambitionne de juguler ?
La première chose à relever, me semble-t-il, devrait être l'utilité de ce document consensuel qui vient d'être signé au bénéfice de l'organisation de la profession journalistique et des métiers connexes.
A ce titre, je voudrais à cette occasion, féliciter tous ceux qui, représentant l'administration, les patrons de presse et les organismes socioprofessionnels, ont bien voulu oeuvrer, depuis 2005, à l'aboutissement de cette convention collective.
Pour ce qui est des abstentions ou des réticences auxquelles vous faites allusion en parlant des patrons de presse qui n'ont pas encore signé la convention susvisée, je dois vous dire que bon nombre parmi eux, et non des moindres, ont depuis le 12 novembre, ratifié la Convention. Permettez que je ne cite pas leurs noms.
Il me semble en tout cas qu'au fur et à mesure que tous s'assureront de l'utilité et de la nécessité de ce nouveau cadre consensuel, ils y adhéreront tous sans réserve.
Mais, il y a également lieu de relever à ce sujet que, comme dans toute démarche conventionnelle, une fois passé le temps de la ratification qui consacre un droit de réserve aux parties signataires, toutes celles qui manifesteront subséquemment leur volonté d'être régies par la convention en cause après son entrée en vigueur ne pourront plus que souscrire à la procédure de l'adhésion, qui ne leur offrira naturellement aucune possibilité d'amender un texte à l'élaboration duquel ils n'auront guère contribué initialement.
Pour amener tout le monde à signer, le ministère de la Communication va-t-il envisager des mesures de rétorsion envers les entreprises de presse réfractaires ?
Bien sûr que non ! Le rôle qu'entend jouer le ministère de la Communication ne s'exprime pas en termes de rétorsion ou de sanctions. La portée de la démarche conventionnelle dépend du taux d'adhésion volontaire des différents intervenants dans le cadre d'une profession.
Le rôle de mon département ministériel vis-à-vis des responsables des entreprises de presse réfractaires sera plutôt de les amener, par une démarche plus explicative et convaincante que répressive, à adhérer à ce nouveau cadre professionnel qui est favorable à l'émergence d'un secteur médiatique camerounais plus à même de jouer efficacement son rôle de vecteur de développement et du mieux être social.
Mais, cet encouragement, cela va sans dire, pourra entre autres procédés, se matérialiser en terme de priorisation dans l'appui spécifique des pouvoirs publics aux entreprises de presse qui s'engageront à respecter les stipulations de la convention collective.
Plusieurs patrons de presse posent comme préalable à la signature de la Convention l'aménagement d'un certain nombre de facilités, au nombre desquelles une fiscalité spécifique aux entreprises de presse, la défiscalisation des intrants de presse, par une application des dispositions du Protocole facultatif de Nairobi auquel le Cameroun n'a toujours pas adhéré. Qu'avez-vous à répondre à ce sujet ?
Si cette conditionnalité préalable n'est guère compréhensible, il faut toutefois reconnaître que la presse, à travers sa triple fonction d'information, de formation et de relance sociale, accomplit une oeuvre d'intérêt général qui mérite de ce fait l'appui des pouvoirs publics.
A ce sujet, mentionnons que si un certain nombre de choses ont déjà été faites, beaucoup d'autres sont en cours de réalisation.
Ainsi, des conventions de partenariat ont été signées et bien d'autres sont en cours de finalisation entre la Commission de délivrance de la carte de presse et les administrations et institutions concernées dans des domaines divers tels que la téléphonie mobile, l'hébergement, les transports
Ces conventions visent toutes à offrir aux acteurs du secteur médiatique des facilités dans l'accomplissement de leurs fonctions.
S'agissant plus particulièrement des avantages fiscaux au bénéfice des entreprises de presse, il est à rappeler que le Cameroun a ratifié l'Accord de Florence du 17 juin 1950 qui précise les modalités d'accès aux susdits avantages en ce qui concerne l'importation des objets à caractère éducatif, scientifique et culturel.
A l'évidence, cette convention n'est guère directement applicable aux entreprises de presse qui sont plus immédiatement concernées par le protocole de Nairobi du 26 novembre 1976, relatif aux exemptions douanières sur les intrants de presse. Cet instrument international n'a pas été ratifié par le Gouvernement du Cameroun.
Mais depuis le début de l'année 2008, une démarche concertée entre les ministères de la Communication et les Relations extérieures a été initiée en vue de notre adhésion audit protocole.
Dans les aménagements souhaités par les patrons de presse, il y a également la question de l'aide publique jugée insuffisante. Certains estiment même que cette aide ne devrait bénéficier exclusivement qu'aux seules entreprises de presse.
Les activités de communication ont besoin de ressources permanentes en vue de la qualité, de l'objectivité et de la permanence de leurs prestations. Pour celles du secteur public, plusieurs modes de financement sont retenus, allant des subventions diverses à la redevance.
Pour ce qui concerne les entreprises du secteur privé, leurs ressources devraient essentiellement porter sur la publicité et la vente de leurs prestations.
Mais les ressources publicitaires dans notre pays ne sont pas encore rationnellement canalisées à travers des procédés réglementaires, pour jouer comme dans bien d'autres pays un rôle de promotion de l'activité des médias, toute chose qui maintient la plupart d'entre eux dans une situation de précarité.
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