Séraphine Some
28 Novembre 2008
Le clou du Forum national des femmes est sans conteste le face-à-face le dernier jour, jeudi 27 novembre 2008, avec le président du Faso, Blaise Compaoré. A bâtons rompus, les mille déléguées venues des quatre coins du pays ont fait part de leurs problèmes et sollicité des solutions au premier des Bukinabè.
Le président du Faso a répondu sans détour aux préoccupations des femmes. Les femmes burkinabè ont immortalisé leurs hommages au président du Faso sur ce tableau. Blaise Compaoré, "himself", entouré de la plupart des membres du gouvernement et de chefs d'institution à l'écoute des femmes du pays.
Une telle aubaine ne peut être offerte qu'au Forum national consacré à "l'autre moitié du ciel". A la faveur de ces assises qui ont duré trois jours (du 25 au 27 novembre), mille représentantes de toutes les couches socioprofessionnelles des treize (13) régions ont eu un dialogue direct avec le président du Faso peu avant la clôture.
Elles n'ont pas passé par quatre chemins pour exiger leur libération du joug de la pauvreté, de l'analphabétisme, de la violence. A tour de rôle, les femmes des 13 régions ont soumis préoccupations et doléances à Blaise Compaoré en personne.
Celles du Plateau central s'estiment victimes de la notoriété de leur région, terre natale du président du Faso. "L'imagerie populaire fait de notre région l'Eldorado", a expliqué la représentante. De ce fait peu de projets sont implantés dans cette partie du territoire. Ce qui n'améliore pas la situation des femmes. Elles ont également voulu savoir où le gouvernement en est avec le projet d'électrification du Kourwéogo.
Leurs camarades du Centre-Ouest ont demandé des mesures pour mettre fin aux violences à leur endroit et punir les auteurs à la hauteur de leurs actes. Celles-ci ont énoncé huit cas de crimes passionnels commis cette année et condamné le fait que les auteurs ne durent pas en prison.
Pour les déléguées des Cascades, il faut ouvrir des centres de concours dans leur région, pour soulager les mères qui prennent en charge tous les frais de déplacement de leurs enfants, postulant à un emploi public.
Elles demandent l'aménagement de bas-fonds dont 80% des espaces cultivables leur seront attribués pour la culture du riz. Les femmes des Hauts-Bassins ont embouché la même trompette, réclamant 50% des superficies exploitables autour du barrage de Samandéni.
Le développement exponentiel et anarchique de l'orpaillage et ses inconvénients sur l'environnement et les populations préoccupent les femmes du Sud-Ouest. Elles ont suggéré l'interdiction de cette forme d'exploitation et la modernisation des mines. Le Centre-Sud et la région de la Boucle du Mouhoun ont une préoccupation commune. Le désenclavement, pour permettre l'écoulement de leurs productions et faciliter les échanges.
Le Centre-Est et le Sahel ont fait cas du faible taux de scolarisation des filles, du taux élevé de la déperdition scolaire dans leurs régions respectives, due aux pesanteurs socioculturelles (mariage précoce), le manque d'infrastructures d'accueil au secondaire et la proximité de certaines localités avec des zones frontalières.
Les projets de l'Université de l'Est, de l'usine de transformation de tomates, du barrage de Kiti au Nord et l'école technique au Mouhoun ont été également soulevés par les femmes. La périphérie de Ouagadougou et ses six communes rurales ont besoin d'assainissement et de viabilisation.
Les femmes du Centre souhaitent plus de projets à elles destinés. De l'Est à l'Ouest, du Nord au Sud, la préoccupation commune à toutes les régions demeure l'éducation : "Comment assurer l'accès, le maintien et le succès des filles à l'école ?", "quelle stratégie pour les protéger de tous les facteurs exogènes qui influencent négativement leur évolution normale"?, "quelle mesure à l'encontre des enseignants violeurs?".
En plus de l'éducation, elles ont évoqué la protection contre le VIH/Sida, la fréquentation des centres de santé, le renforcement des capacités, l'équipement des groupements et surtout l'installation dans les différentes régions, d'usines de transformation de produits maraîchers ainsi que les plates-formes multifonctionnelles.
La société civile et politique n'a pas manqué ce rendez-vous historique : députés, femmes juristes, associations actives en éducation ou en promotion des droits de l'enfant, opératrices économiques etc. ...
Elles ont animé le débat avec des questions sur le dossier de quota de 30% aux postes éligibles. Elles ont noté que le volet relatif aux postes nominatifs a été extrait du dossier et ont demandé au président Blaise Compaoré d'Å"uvrer à réintroduire dans le projet de loi cet aspect qui leur tient à cÅ"ur.
L'Exécutif rassure...
Les femmes de la société civile recommandent la relecture des textes sur l'égalité des genres, l'adoption des langues nationales au sein des conseils régionaux, la mise en place de lignes de crédits dans le cadre du MCA et enfin la grande question : à quand la politique nationale genre ?
Blaise Compaoré a, d'emblée, rassuré les femmes du Burkina Faso en ces termes : "Nous avons beaucoup de bras, beaucoup d'énergie, beaucoup d'intelligence".
Mais a-t-il ajouté, "pour transcender les pesanteurs socioculturelles, il nous faut mettre l'accent sur l'éducation aussi bien des hommes que des femmes". Concernant les postes nominatifs, il a expliqué que c'est l'histoire de l'école qui a engendré cette situation de déséquilibre. Pour le Premier ministre, Tertius Zongo, le dossier sur la politique nationale genre est sur la table du gouvernement.
Il s'est engagé à le faire évoluer d'ici à la fin de l'année. Répondant à la préoccupation sur l'accès des femmes à la terre, le chef du gouvernement a annoncé l'examen prochain d'un projet de loi sur la sécurisation foncière à la session de mars de l'Assemblée nationale.
Un atelier national se tient actuellement sur ce sujet et il sera bientôt organisé un autre gouvernemental pour permettre aux ministres de mieux s'en imprégner.
Le ministre en charge des Mines, Kader Cissé a informé les femmes des mesures prises pour réguler l'orpaillage au Burkina Faso. Il s'agit du renforcement de la surveillance sur les sites, la formation des détenteurs de permis d'exploitation et la révision du cahier des charges, le recensement de tous les sites sauvages (qui seront fermés) et des patrouilles de brigade mobile pendant la saison des pluies.
Il a formellement promis que Boussé (chef-lieu de la province du Kourwéogo) sera électrifié au plus tard le 30 avril 2009.
Pour ce qui est de l'éducation, il a été signifié aux délégués des Cascades l'ouverture prochaine de leur direction régionale de la Fonction publique. Le ministère de l'Enseignement de base et de l'Alphabétisation, Marie Odile Bonkoungou a signifié la reprise des internats avec le soutien de l'UNICEF et le lancement de la campagne "Apprendre sans peur".
Elle a confié qu'un seul cas de viol lui a été signalé et que l'intéressé est sous révocation. Mme Bonkoungou invite les femmes à dénoncer les auteurs de viols.
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