Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Facilitation en RDC - Obasanjo sur les traces de Thabo Mbeki

28 Novembre 2008


Kinshasa — La facilitation internationale est en marche en République démocratique du Congo. L'envoyé spécial de l'Onu, le Nigérian Olusegun Obasanjo reprend du travail demain samedi. Mais après les premiers contacts et ses premières déclarations, sa mission s'annonce difficile. Il y a risque qu'il connaisse le même sort que le Sud-africain ThaboMbeki avec le Zimbabwe. Les négociations sont dans l' impasse dans ce pays.

Mais le Nigérian Olusegun Obasanjo a ce mérite d'avoir été «le Président de la Commission politique» au Dialogue intercongolais. C'est un. De deux, aux temps forts de la rébellion biafraise au Nigeria, alors général actif, Olusegun sait pertinemment bien que la République démocratique du Congo, alors Zaïre, avait pesé de tout son poids pour éviter la balkanisation du Nigeria.

Les initiatives politiques ou diplomatiques, c'est selon, repartent de nouveau ce samedi avec le retour en RDC de Olusegun Obasanjo. Envoyé spécial du secrétaire général de l'Onu, cet émissaire avait déjà séjourné au début du mois de novembre en RDC. Il s'était entretenu avec le Président de la République, Joseph Kabila Kabange, avant de rencontrer à Jomba, le chef de la rébellion, Nkunda.

Au cours de ce premier contact, pour reprendre ses propres termes, l'émissaire de l'Onu avait déclaré qu'il était venu écouter toutes les parties. C'est ainsi que de Nkunda, il avait précisé «qu'il sait ce qu'il veut». Il s'est alors rendu à New York faire son rapport au Conseil de sécurité. Il revient certainement avec des propositions à soumettre à toutes les parties.

Toutefois, au regard de l'accueil qui lui a été réservé à Jomba, Nkunda ayant affiché tout le comportement d'un « président de la République», d'aucuns avaient relevé que Obasanjo venait d'être «piégé» par Nkunda. En outre, affichant de l'optimisme, Obasanjo estime qu'une «solution politique» est possible, face à une «montagne» derrière toutes les parties congolaises. C'est dire en d'autres termes que les Congolais sont condamnés à parvenir à une solution politique s'ils ne tiennent pas à ce que l'on leur impose une solution. Comment va-t-il s'y prendre? Interrogation pertinente.

Mission difficile

A en croire les premiers éléments d'information, Nkunda aurait posé trois conditions: négociations directes avec le gouvernement, intégration de ses éléments dans l'armée et protection des Tutsis congolais.

Kinshasa ne refuse pas, de son côté, de négocier avec le CNDP de Nkunda. Mais dans le cadre du Programme Amani que soutient d'ailleurs l'Onu. En dehors de ce Programme, point de négociations directes avec Nkunda. Ce dernier rétorque, en affirmant que ce cadre Amani est caduc. Il tient à des négociations directes avec le gouvernement de Kinshasa.

Les premières difficultés apparaissent. Qui plus est, Obasanjo est «placé» devant certaines réalités historiques. En effet, son choix ne résulte pas du hasard. Lors du Dialogue intercongolais, Obasanjo avait joué un rôle actif à Sun City, en Afrique du Sud, pour autant que c'est lui qui présidait la Commission politique.

Considéré parmi les sages du continent, il a su mener son rôle avec satisfaction aux côtés du Burkinabè Albert Trevodjere, du Sénégalais Moustapha Niasse sous la coordination du facilitateur, le Botswanais Ketumile Masire. C'est dire qu'il connaît parfaitement le parcours politique congolais, les acquis à préserver, d'où l'on vient et là on doit absolument aller. Il n'est donc pas tombé des nuées.

D'autre part, aux temps forts de la rébellion biafraise au Nigeria, général actif, Obasanjo sait que la RDC, alors Zaïre, a joué un rôle important dans la préservation de l'unité du Nigeria. Il est donc mieux placé que quiconque en ces instants précis, de faire comprendre à toutes les parties, particulièrement à la rébellion, les concessions sur faire pour éviter la balkanisation de la République démocratique du Congo. Il y a là une dette morale que le Nigérian Obasanjo vis-à-vis du Congo-Kinshasa.

Mais démocrate, quand bien même au plan national, dans son pays, on lui reprocherait ses interférences en politique alors qu'il s'est retiré de la politique active, Obasanjo ne contredira pas personne qu'une solution militaire, la balkanisation de la RDC n'apporteront pas une paix durable.

En plus, les institutions issues des élections ne peuvent être déstabilisées pour satisfaire certaines exigences susceptibles d'être examinées sans complaisance au sein des institutions nationales, ni satisfaire des ambitions étrangères. Il ne peut y avoir de marchandage sur ces points pour changer l'ordre constitutionnel. Esprit d'Alger oblige pour barrer la route à toute prise de pouvoir par la force.

Le cas du Zimbabwe

Ce rappel a toute son importance afin d'éviter de tomber dans le schéma zimbabwéen. Déjà, au premier contact, on soupçonnerait Obasanjo de vouloir mettre sur le même pied d'égalité le gouvernement et la rébellion. Ensuite, les exigences de Nkunda ne paraissent pas insurmontables.

En effet, Nkunda cherche à légitimer son mouvement pour le transformer en parti politique et réclamer des postes au sein des institutions C'est un. De deux, l'intégration de ses éléments pourrait trouver solution, comme il en a été le cas avec lui-même, alors cadre militaire du RCD. Enfin, la protection des minorités est consacrée dans la Constitution. Ce sont donc des problèmes qui peuvent trouver solutions.

Evidemment, l'on ne peut se montrer naïf devant ce conflit complexe. Dans l'hypothèse qu'il existerait des agendas cachés, les choses pourraient se compliquer. Il suffit que Kinshasa estime que Obasanjo ne serait pas neutre et qu'il disposerait de son schéma pour tirer les choses en longueur, il pourrait être récusé, comme c'est le cas maintenant avec ThaboMbeki au Zimbabwe.

Ni Morgan Tsvangirai, moins encore Mugabe n'ont plus confiance en lui, plaçant ainsi les négociations dans l'impasse. Entre-temps, c'est la population du Zimbabwe qui en souffre avec cette inflation toujours galopante et le choléra qui avance à pas géants.

Déjà avec l'allure affichée par Nkunda à Jomba, ne cachant plus ses ambitions politiques, en plus de ces signaux qui annoncent la balkanisation de la RDC, le CNDP risque de se montrer intransigeant en cherchant chaque fois à faire monter les enchères pour rentrer à la case départ, donc Sun City. La rébellion pourrait également trouver un prétexte pour récuser Obasanjo. La suite est facile à deviner: poursuite de la guerre, mort de centaines de personnes, déplacement massif des populations, exploitation illicite des richesses pour entretenir une économie de guerre.

Tel est le panorama de la situation au moment où Obasanjo s'apprête à relancer les initiatives diplomatiques visant à restaurer la paix en République démocratique du Congo.

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