L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: Agalega - A la recherche de son avenir

Gilles Ribouet

28 Novembre 2008


Port Louis — Les îles du Nord et du Sud qui forment Agalega sont les oubliées du développement mauricien. Malgré leur petitesse,elles offrent des opportunités non négligeables à commencer par le tourisme. Les filières halieutiques et agricoles sont également intéressantes.

Les potentiels sont multiples à Agalega : tourisme, agriculture (cocoteraies) et pêche.Un développement qu doit être raisonnable. Deux îles bien loin de la frénésie port-louisienne. Deux îles jetées à un peu plus de 1000 km au nord qui offrent une tout autre image de la République mauricienne.

Derrière l'apparente nonchalance qui prévaut à Agalega, il existe des opportunités de développement économique non négligeable. Certes, on ne parle pas d'investissements ou de projets aussi importants qu'à Maurice. Différentes filières peuvent être néanmoins développées en prenant en compte les spécificités de ces îles.

C'est sans conteste du côté du tourisme que le parcours d'Agalega peut lorgner. Les paysages pour le moins paradisiaques sont un atout majeur. Surtout, les deux îles ont conservé un cachet qu'on ne retrouve plus dans les Mascareignes. Une nouvelle offre envisageable en clair. Toutefois, ces 26 km2 de sable coiffés de cocotiers et filaos forment un espace très fragile.

Pour Khemraj Sooknah, ex- directeur général de l'Outer Islands Development Corporation, «le tourisme est le secteur d'activité qui est le plus en phase avec le contexte de ces îles. Toutefois, les grands ensembles hôteliers de 200 chambres n'ont pas leur place sur ces îles, déjà à cause de leur fragilité, ensuite parce qu'on ne peut pas s'attendre à recevoir plus de personnes qu'il n'y a de locaux. L'impact d'une grande structure sur ces îles serait clairement néfaste».

Des limites se posent d'emblée aux éventuels promoteurs. Les ressources en eau, par exemple, sont limitées et surtout, les nappes phréatiques sont particulièrement fragiles. Ces lentilles d'eau douce dites de Ghyben-Herzberg doivent être exploitées avec raison et surtout avec précaution afin qu'elles ne se détériorent pas.

En effet, elles peuvent très facilement devenir impropres à la consommation reposant sur une masse d'eau salée de plus forte densité. Le risque que l'eau devienne saumâtre est relativement élevé et un développement immobilier peut avoir des conséquences directes sur ces îles si des études préalables ne sont pas faites.

Il n'empêche que le potentiel touristique de l'île ne fait aucun doute, et les quelques difficultés en matière d'approvisionnement en eau et énergie peuvent aisément être écartées. De fait, le volet énergie renouvelable devrait être l'une pierres angulaires d'un développement hôtelier à Agalega.

Pour Patrick Poullay, le resident manager, «il faut qu'Agalega trouve sa propre voie de développement, en concertation avec les Agaléens. Le contexte est très différent de celui de Maurice. Le tourisme est une opportunité mais les conditions ne sont pour l'instant pas encore totalement réunies», notamment en ce qui concerne le transport - maritime ou aérien.

«La question des transports est intimement liée au développement touristique. Pour le moment, il n'est pas possible de véritablement développer le tourisme à Agalega. La piste d'atterrissage doit être réhabilitée pour recevoir plus régulièrement des avions. Bien entendu, il s'agit d'avions de petite taille, on ne peut pas se permettre de recevoir des gros porteurs. Le bateau est également une option à ne pas occulter.

Toutefois, les conditions ne se prêtent pas à la construction d'un port comme à Maurice ou à Port-Mathurin. Il faut donc bien penser la question», avance Khemraj Sooknah. À ce chapitre, le chairman de l'Outer Islands Development Corporation (OIDC), Hervé Aimé, confie que «le document pour la réfection de la piste d'atterrissage a été récemment signé. Elle devrait pouvoir accueillir, en plus du Dornier, des ATR 42».

En fait, il s'agit surtout «d'intégrer Agalega au monde, d'ouvrir ses îles aux opportunités d'investisse­ments, mais cela ne peut pas se faire n'importe comment», estime le chairman de l'OIDC. «N'importe quel projet hôtelier doit prendre en considération l'isolement des îles.

Les investisseurs potentiels qui ont montré un intérêt jusque-là en avaient parfaitement conscience. Il faut penser à toutes les aménités - que ce soit l'eau, l'énergie, les déchets - et aussi le respect des buffer zones, la formation des ressources humaines pour que les Agaléens soient parties prenantes des projets qui pourraient concerner leurs îles», ajoute-t-il.

Les Agaléens sont pour l'instant tous ou presque employés par l'OIDC. Un développement hôtelier permettrait de trouver d'autres débouchés professionnels, notamment pour les jeunes Agaléens. «Les jeunes ne doivent pas baisser les bras, ils doivent pouvoir croire dans le potentiel de leurs îles», lançait, optimiste, Patrick Poullay devant un parterre d'élèves lors de la remise des prix à la suite d'un concours organisé par RecoMap.

Cela dit, les compétences sont pour l'instant presque inexistantes. «La formation est très importante, c'est vrai. Il faudra apprendre aux Agaléens certains rudiments des métiers de l'hôtellerie si un projet venait à être lancé. Il existe cependant des savoir-faire très typiques, et on peut aussi jouer sur cette touche locale. Par ailleurs, il faudra penser aussi à développer des filières par exemple au niveau de la pêche.

Les pêcheurs agaléens peuvent fournir aux opérateurs le poisson, il peut même être transformé par les femmes», explique Hervé Aimé. Pour le moment, Hervé Aimé opterait davantage pour la construction de petites structures «surtout pour les Mauriciens». Il croit dans le tourisme domestique, et il est rejoint en cela par l'ancien directeur général de l'OIDC. «On pense construire une dizaine de chalets, respectant l'architecture locale.

Bien entendu, une étude de faisabilité doit être menée au préalable. Les Mauriciens doivent avoir la possibilité de découvrir Agalega. Ces îles ne peuvent pas seulement être une destination exorbitante et écarter les touristes mauriciens pour une question de pouvoir d'achat.»

Agalega est «un bijou dans la République de Maurice», insiste Khemraj Sooknah. Il faut donc faire en sorte que le développement de ces deux îles soit raisonné, durable. Bref, qu'il s'intègre au contexte bien particulier d'Agalega. Pour l'OIDC, il n'est pas si nécessaire de viser le haut de gamme.

Le marché mauricien présente lui-même des perspectives intéressantes. Les Agaléens attendent que les choses bougent. Mais sans trop de précipitation. Car de toute façon, «les projets de développement ne sauraient être imposés de Port-Louis sans tenir compte des aspirations des Agaléens».

Les îles d'Agalega ont été, dès le début du XIXe siècle, destinées à la culture du cocotier. Coprah, huile, noix de coco et savon étaient produits. Aujourd'hui encore, les cocotiers, omniprésents, fournissent une partie de leurs revenus aux Agaléens. Toutefois, l'activité est bien moindre depuis le passage d'un cyclone ravageur en 1983.

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