L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: Agalega - A la recherche de son avenir

Gilles Ribouet

28 Novembre 2008


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On produit encore de l'huile de coco, raffinée et mise en bouteille par l'OIDC à Maurice. Hervé Aimé, le «chairman» de l'OIDC, déplore le manque de planification dans cette filière. Les cocoteraies ne sont pas toutes entretenues et la culture ne concerne pas l'ensemble de la surface plantée disponible. La production peut donc être largement améliorée.

À chaque passage du «Mauritius Pride», ce sont environ 100 000 noix de coco qui sont chargées, soit une infime partie de la production globale. Les interlignes pourraient accueillir cacahuète, manioc, oignons et autres cultures adaptées aux sols sablonneux. Surtout, les productions, par transformation, peuvent toucher l'agroalimentaire, les cosmétiques, l'artisanat. Pour développer davantage cette filière, il faut opter pour des espèces de cocotiers résistantes aux maladies dans la mesure où les pesticides et autres fertilisants sont proscrits pour ne pas altérer les nappes d'eau souterraines.

Deux projets. L'un certainement plus en phase avec le contexte agaléen que l'autre. Mais pour les deux, les mêmes critiques. Il y aurait de quoi décourager un éventuel promoteur. «Ireland Blyth Ltd» (IBL) a été la première entreprise à s'intéresser au potentiel touristique d'Agalega en 2001. Le projet portait sur la création de 15 chalets de luxe à la pointe sud de l'île du Nord, générant 40 emplois directs dont 60 % pour les Agaléens.

La construction du «Agalega Fishing & Nature Lodge Project», dans lequel la pêche sportive était à l'honneur, nécessitait un investissement de Rs 50 millions. Par ailleurs, le projet intégré d'IBL prévoyait également des investissements pour la «désalinisation» de l'eau de mer et la gestion des eaux usées, ainsi que dans l'industrie de la pêche - dimension réduite. Les promoteurs estimaient à 25 tonnes par mois le volume de poisson transformé sur place à exporter.

En tout, l'État était enclin à concéder 25 arpents de terre, comme il le fait habituellement pour un projet hôtelier, au groupe IBL. Ce projet avait attiré les foudres du Parti travailliste alors dans l'opposition. Son leader, le Dr Navin Ramgoolam, évoquait «le bradage d'un patrimoine stratégique» au secteur privé. Finalement, le projet n'a pas vu le jour et la compagnie d'IBL Aviation spécialement créée a aussi dû fermer boutique.

Pour autant, l'intérêt pour Agalega ne s'est pas tari. C'est la société sud-africaine Arcon qui a manifesté son intérêt pour un développement hôtelier sur les deux îles cette fois début 2006. L'investissement envisagé était de Rs 9 milliards. Cette fois, il s'agissait de 150 chalets (120 sur l'île du Nord et 30 sur l'île du Sud) assorti de deux emplacements commerciaux. Tous les chalets devaient être construits pied dans l'eau sur une superficie de 1 hectare chacun.

Une marina et une clinique privée haut de gamme devaient parachever le projet en plus des investissements en termes de responsabilité sociale des entreprises. Aucun de ces deux projets n'a abouti. À bien des égards, le projet d'IBL aurait eu un impact bien moindre à celui d'Arcon. La place est donc encore à prendre. Seulement, en plus de tenir compte de la fragilité des îles, les éventuels promoteurs devront aussi braver les difficultés administratives et les critiques politiques.

Agalega est constituée de deux îles, l'île du Nord de 12,5 km de longueur sur environ 2 km de large et l'île du Sud 7 km sur 4,5 km. Environ 350 habitants vivent sur ces 26 km2 de terre émergées.

La culture du coprah est la principale activité. Ces îles découvertes en 1501 ne furent véritablement habitées qu'au début du XIXe siècle. L'île principale est celle du Nord, avec le village vingt-Cinq, coeur administratif d'Agalega. Le «Mauritius Pride» mouille devant le village de la Fourche. L'île du Sud a néanmoins été la première à être habitée. En témoignent les différents vestiges qu'on y trouve, dont les cimetières des Blancs et des Noirs ou encore l'usine à savon. Aujourd'hui, le village de Ste Rita a davantage des airs de belle endormie, à l'écart de l'agitation, toute relative, de Vingt-Cinq sur l'île du Nord.

Les eaux d'Agalega sont poissonneuses. Les perspectives d'exploitation des ressources halieutiques sont importantes. Seuls des investissements seraient nécessaires pour la pêche - bateaux, chambre froide - et la transformation du poisson sur place. IBL avait bien saisi le potentiel des eaux agaléennes lorsque l'entreprise prévoyait d'y investir dans le tourisme. La pêche pour le moment n'est qu'une activité vivrière. Il n'empêche que des bateaux pêchent dans la zone économique exclusive entourant les deux îles mais cette activité n'a pas d'incidence directe sur l'économie d'Agalega.

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