Emmanuel Gustave Samnick
28 Novembre 2008
C'est à une finale inédite de la Coupe d'Afrique des nations (Can) dames de football à laquelle on aura droit demain, entre les Banyana Banyana d'Afrique du Sud et le Nzalang Nacional féminin de Guinée équatoriale.
Une apothéose méritée pour ces deux sélections, à qui personne ne pouvait prédire une telle performance avant le début de la compétition, mais qui sont bien celles là qui ont le plus montré d'envie, d'engagement et de talent collectif et individuel en terre équato-guinéenne, à l'occasion de cette sixième édition.
C'est donc un fort vent de fraîcheur qui souffle ainsi dans le landernau du football féminin en Afrique, avec notamment la chute de celles que l'on croyait imbattables, les Super Falcons du Nigeria, vainqueurs impitoyables des cinq premières éditions de l'épreuve.
Le Nigeria était naturellement encore grand favori de l'édition 2008, avec comme outsiders déclarés le Ghana et le Cameroun. Les Nigérianes ont sans doute été handicapées par la participation, à la même période, de plusieurs de leurs joueuses cadres à la Coupe du monde féminine des moins de 20 ans.
Si les Lionnes ont échappé à l'humiliation d'une élimination dès le premier tour subie par les Black Starlettes, elles ne sont guère allées plus loin que la demi-finale.
Elles ont encore une maigre chance de faire mieux qu'il y a deux ans à Warri au Nigeria où elles furent classées quatrième, si elles parviennent à remporter le match de classement aujourd'hui contre le Nigeria leur habituelle bête noire. Mais au-delà du résultat, c'est surtout l'indigence du jeu proposé par l'équipe nationale du Cameroun à la Can féminine 2008 qui est inquiétante.
Jamais, même à ses débuts à la fin des années 90, la sélection camerounaise n'avait été aussi médiocre dans tous les aspects du jeu au cours d'une compétition. En 2006, elle avait manqué de réussite et surtout avait croisé l'ogre nigérian alors au sommet de sa dictature éclairée sur le football féminin africain.
Cette année, les Lionnes indomptables ont été poussives à tous les matches et n'ont obtenu leur qualification au second tour qu'avec beaucoup de peine. C'est une équipe sans âme, traversée de temps à autre par des rares éclairs de Marlyse Ngo Ndoumbouck, une joueuse très douée qui est aussi rentrée dans les rangs de la transparence lors de la demi-finale.
Constat plus amer encore pour ce qui reste comme autres cadres de l'équipe, Françoise Bella, Manuela Bekombo ou Ngono Mani, lesquelles n'ont pu se transcender face à des adversaires mieux organisées tactiquement et collectivement.
Qu'est-ce qui peut expliquer une telle baisse de régime de nos Lionnes alors que leur entraîneur, Enow Ngachu, certifiait encore il y a quelques semaines dans les colonnes de Ndamba que "le niveau de l'équipe du Cameroun se rapproche de celui du Nigeria" ?
Le technicien camerounais pourrait avoir lui-même des choses à se reprocher, à commencer par ses choix. Dans un pays béni en matière de gardiens de buts, il s'est passé des services des expérimentées Nyamsi et Nguele pour faire confiance à une Jumbone peu convaincante, dont la fébrilité a rassuré l'attaquant sud-africaine Alice Matlou en demi-finale de la Can. Qui, pour apporter du tonus à l'attaque des Lionnes quand le besoin se fait sentir ?
Sans doute pas Séraphine Mbida, déjà joker transparent à la Can 2006 et qui n'illumine guère le championnat national de son efficacité. Le recadrage d'une joueuse offensive comme Edjangue en latérale droite ne fut pas non plus une bonne idée.
Mais au-delà des faillites individuelles et des choix discutables, c'est dans l'animation même du jeu que l'encadrement technique de l'équipe du Cameroun n'a pas pu démontrer son apport lors de cette Can 2008.
Et c'est un vrai regret, parce que pour la toute première fois, notre sélection féminine a bénéficié d'un stage préparatoire à l'étranger qui, selon les témoignages mêmes des coaches et des joueuses, s'était magnifiquement déroulé.
On est forcément très déçu à la fin, parce que l'on avait vu autre chose cette année lors des éliminatoires, dans les trois catégories des Lionnes indomptables du reste (seniors, juniors, cadets), avec le même encadrement technique. Cet agacement traduit la posture douloureuse d'une équipe qui ne sait plus à quel niveau elle se situe, après avoir donné tant d'espoirs.
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