Martin Enyimo
29 Novembre 2008
Kinshasa — Les artistes passent, mais leurs oeuvres demeurent. Il y a 10 ans, un géant de la musique congolaise moderne, Pépé Kallé, quittait la terre des vivants. Mais sa mémoire reste vivace à travers ses chansons, pour la plupart, des grands succès.
Il y a 10 ans que disparaissait celui qu'on appelait l'éléphant de la musique congolaise. Pépé Kallé Kabasele Yampanya avait tiré sa révérence le 28 novembre 1998. Hier vendredi 28 novembre 2008, on s'est souvenu de ce chanteur de charme qui a laissé un héritage de chefs d'oeuvre de la musique congolaise moderne. Une soirée a été organisée à son honneur, sous les auspices du ministère de la Culture et des Arts.
Né à Kinshasa le 31 décembre 1951, Kabasele Yampanya commença à chanter dans la chorale de son école, chorale St Paul de la commune de Barumbu. Comme bon nombre de musiciens congolais, c'est à la chorale dans une église (catholique) que sa voix est, pour la première fois, admirée.
En 1969, il quitte la musique religieuse et intègre l'orchestre Bamboula. Sa rencontre avec Joseph Kabasele, alias le grand Kalle, fondateur de l'African Jazz, premier groupe de rumba zaïroise, a été déterminante pour clarifier sa vocation. Il va ensuite se donner le pseudo de Pepe Kallé, en honneur à son maître.
Pépé chez Vévé
Mais peu de temps après, il adhère à l'Ecurie Vévé de Verkys Kiamwangana Mateta. Celui-ci, célèbre saxophoniste de l'Ok Jazz de Franco Luambo Makiadi et découvreur de jeunes talents, va dévoiler au grand jour les qualités intrinsèques de chanteur de Pépé Kallé au sein de son groupe Vévé et de l'ensemble Lipwa Lipwa.
Toujours au sein de « l'écurie Vévé », Pépé Kallé participe en 1972 à la fondation du groupe Bella Bella conduit par les frères Maxime et Emile Soki. Il les quitte après un temps court pour créer son propre groupe musical qu'il nomme Empire Bakuba. Il est en compagnie de Dilu Dilumona et Matolu Papy Tex, deux anciens amis d'étude. Les trois forment le trio Kadima. Empire Bakuba va rester stable.
Pendant plus de 25 ans, ce trio vocal «Kadima» (Kabasele-Dilu-Matolu) va rester ensemble au milieu de multiples dislocations et schismes que vont connaître plusieurs autres groupes musicaux de la capitale congolaise. En fait, la séparation s'est pratiquement érigée en règle dans le chef des ensembles de musique à Kinshasa et à Brazzaville. Pépé Kallé, Papy Tex et Dilu ne se sépareront qu'à la mort de l'éléphant de la musique congolaise moderne. Artiste anti-polémiste de son vivant, Pépé Kallé a, à plusieurs reprises, assuré des médiations entre artistes en conflits.
Le succès
Pépé Kallé va progressivement imposer son soukouss, caractéristique et harmonieux avec plus d'un son musical, joué par des guitaristes solo. C'est sans surprise que le chanteur à la voix vibrante et son Empire Bakuba connaissent un succès déjà fulgurant à Kinshasa à partir de 1973 avec la chanson « Nazoki ».
Dans l'intervalle de 1975 à 1977, ils visitent les pays environnants. Dans les années 80, le groupe étend son rayon avec des tournées au-delà du continent. Ses prestations sont de plus en plus spectaculaires avec la danse «masasi calculé ».
A Kinshasa, les groupes de jeunes ont adopté la sape. Les musiciens sont presque tous des «sapeurs» et même beaucoup trop extravagants. Mais Pépé Kallé et les siens fonctionnent particulièrement sur le contraste entre la stature gigantesque de Pépé Kallé et le jeu facétieux des danseurs nains du groupe dont Emoro, le plus célèbre d'entre eux (mort en 1992), Jolie Bébé, Dokolos et Dominique Mabwa.
Dans l'album «Bombe Atomique», Pépé Kallé s'adresse directement au peuple dans un langage accessible avec des phrases facilement compréhensibles telles que «L'argent ne fait pas le bonheur», «Dieu seul sait», «Simplicité», etc. Cependant, il s'illustre dans des textes à double sens évoquant, avec un certain persiflage acerbe, les difficultés de la vie quotidienne de ses compatriotes.
De Kinshasa à Paris
Ecrite en 1985, sa chanson «Article 15, beta libanga», sera un immense succès. Elle se réfère quelque peu aux paroles de «s'en remettre à l'article 15» que Mobutu avait osé donner à ses administrés, lors d'une de ses allocutions : « Qu'on soit jeune ou vieux, on est tous en face d'une même réalité ; la vie difficile, le cauchemar quotidien. Que faire, sinon se référer à l'article 15, Débrouillez-vous pour vivre à Kinshasa». La vie est donc dure à Kinshasa. Et cette même année, l'Eléphant de la musique congolaise moderne décide de s'installer à Paris en France.
En compagnie de son vieil ami Canta Nyboma (qu'il apprécie depuis l'époque où ils chantaient ensemble dans Bella Bella) et sous la houlette du producteur Ibrahima Sylla, Pépé Kallé cible le public antillais avec «Zouke Zouke» puis «Moyibi». Toute la Caraïbe l'adopte et cela le rendra célèbre dans toute la Caraïbe en 1987. Deux autres albums «soukouzouk» mais cette fois en solo, «Pou moun pa ka bougé» et «Tiembe raid pa moli», feront mouche dans toute l'Afrique francophone.
En 1991, Pépé Kallé renoue avec Sylla et une équipe parisienne de studio avec l'album «Gérant». Des chanteurs de renom participent à cet opus tels que Nyboma Canta, Likinga Redo, Luciana de Mingongo, Boncana Maïga supervise les percussions. Manou Limai est aux claviers et à la programmation pour les arrangements avec Souzy Kasseya. Ce dernier intervient aussi à la guitare solo, et Lokassa tient la guitare rythmique de l'album. Pépé Kallé va finalement rentrer au pays et mettre sur le marché du disque quelques albums. Il s'éteindra le 28 novembre 1998 après la sortie de l'album « Cocktail».
Dix ans après sa disparition, l'Eléphant de la musique congolaise reste vivant dans les mémoires et dans les coeurs des amoureux du soukouss congolais. Il a laissé à la culture congolaise un riche héritage d'une centaine de chansons à succès.
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