Papa Samba Diop
1 Décembre 2008
opinion
Stop !!! Arrêtons nous et prenons le temps de refocaliser !!! Ne sommes nous pas en train de créer de l'amalgame ?
N'avons-nous pas fini d'imposer à l'opinion cette idée simpliste selon laquelle les tirailleurs sénégalais ne sont que des combattants de la France ? N'avons-nous pas suffisamment et expressément occulté le rôle incommensurable des tirailleurs sénégalais dans le combat de la libération de l'Afrique noire et du monde libre ?
Ne sommes nous pas en train de débarrasser volontairement ou involontairement la France de son plus lourd fardeau colonial en ramenant à sa plus simple expression l'événement Thiaroye 44 ?
Ne remettons-nous pas en cause tout le combat engagé depuis Fodéba Keita par des générations et des générations d'africains de tout ordre pour le triomphe de Thiaroye 44 ?
Ne sommes nous pas en train de faire sortir de la gamme cette jeunesse africaine en quête de repère, d'unité et de devenir ?
S'il y'a une expression d'unité des peuples ouest africains face à l'injustice et à l'oppression, à revitaliser, en cette heure grave de la mondialisation, n'est ce pas l'événement Thiaroye 44 ?
S'il y a une date à retenir, en lettres d'or, dans le calendrier culturel du Sénégal, pour rendre hommage aux tirailleurs sénégalais, n'est ce pas la date du 1er Décembre ?
S'il y a réellement un patrimoine historique à reconsidérer pour garder en souvenir la saga du tirailleur sénégalais n'est ce pas les vestiges du camp militaire de Thiaroye ?
Faudrait-il, parce que cette tâche éveille en nous des souvenirs lugubres, parce que cela nous dérange et nous blesse et aussi parce que cela embarrasse et incommode les témoins, les acteurs, et peut être aussi les lecteurs, s'abstenir d'éclairer une séquence si mémorable de l'histoire des tirailleurs sénégalais ? Faudrait-il, parce que, tout au long des célébrations de la Journée du Tirailleur, l'événement Thiaroye 44 a été relégué au second plan au profit des hauts faits d'armes réalisés en Métropole, continuer de taire le rôle immesurable du tirailleur sénégalais dans le combat pour l'émancipation de l'Afrique noire ?
Faudrait-il, parce que le gouvernement de Chirac sous l'impulsion du président Abdoulaye Wade ait accordé quelques avantages aux rares tirailleurs sénégalais encore vivants, abdiquer dans la lutte pour le triomphe de Thiaroye 44 et renoncer à la quête de reconnaissance morale de la France ?
Faudrait-il encore attendre que les vestiges disparaissent, que les témoins et les acteurs cessent de vivre et que les souvenirs s'effacent pour chercher enfin à décrypter cette page sombre de notre passé ?
Autant de questionnements qui interpellent notre conscience en ce jour 01 Décembre 2008 correspondant au 64ème anniversaire du massacre de Thiaroye, événement le plus tragique et le plus digne de mémoire de toute l'histoire des tirailleurs sénégalais.
Aucun sujet n'est tabou et toute recherche, si contrariante soit-elle, constitue un pas notable dans la quête de la vérité. Il va de soi qu'il n'y a point d'amertume à rappeler des souvenirs qui font partie de notre histoire. La tâche urge plus que jamais et la vérité doit triompher dans toute sa plénitude. Elle ne doit cependant pas empêcher que s'instaure, entre les hommes et les nations, une collaboration libre franche et sincère.
L'unique motivation de notre passion pour la clarification de l'événement Thiaroye 44 relève du souci de restituer à l'Afrique sa vraie histoire, tâche que personne d'autre ne fera à notre place, surtout en cette période de mondialisation et de concurrence. J'écris au présent pour libérer ma conscience face à l'avenir et je pense en réalité aux héritiers déshérités.
La connaissance du passé est fondamentale, elle restitue la mémoire collective, développe la conscience historique et réconcilie un peuple avec son passé. C'est au nom du présent et de l'avenir que ces tirailleurs ont accepté de mourir. Ils nous ont légué une leçon d'unité face à l'oppression, de courage face à l'épreuve et d'héroïsme face à l'histoire.
Il nous appartient en cette heure grave, où le besoin d'unité du continent africain reste plus que d'actualité, en ce moment précis où l'oppression du monde développé se fait plus que sentir, d'en saisir toute l'essence, toute la portée afin d'appuyer la lutte des jeunes générations pour une réelle émancipation politique, économique, sociale et culturelle de l'Afrique.
Notre devoir, notre ultime but, c'est de réécrire l'histoire africaine, de remémorer aux jeunesses africaines certains faits saillants de notre patrimoine afin qu'ils leur servent de lumière pour baliser les itinéraires.
Thiaroye 44, Incident de Thiaroye, Mutinerie de Thiaroye, Aube de Thiaroye, Fusillade de Thiaroye, Massacre de Thiaroye, Drame de Thiaroye ,Tragédie de Thiaroye , Camp de Thiaroye et parfois Thiaroye tout court ; autant d'appellations pour caractériser un fait, un fait unique dans son genre dans l'histoire des tirailleurs sénégalais mais aussi un grand événement politique et social et culturel qui occupe une place de choix dans l'histoire de l'Afrique occidentale et plus particulièrement dans celle de la décolonisation du monde noir.
Il s'agit, en effet, de l'événement sanglant qui a eu lieu dans la matinée du Vendredi 1er Décembre 1944 au camp militaire de Thiaroye à la suite d'une opposition entre l'autorité militaire coloniale et un détachement de tirailleurs sénégalais ex-prisonniers de guerre récemment rapatriés à Dakar et qui s'est soldé par plusieurs dizaines de tués du coté de ces derniers.
Le principal mobile de cet événement semble être lié à la question de la régularisation de la situation financière de ces tirailleurs sénégalais en voie de démobilisation, à savoir le paiement des arriérées de solde, des pécules, et des primes de démobilisation.
Toutefois il faut retenir dès à présent qu'au delà de la question financière d'autres paramètres non moins importants sont à prendre en considération telles d'une part la transformation du corps des tirailleurs sénégalais au courant de la guerre et d'autre part l'évolution politique économique et sociale de l'AOF entre 1940 et 1944.
Ces différentes appellations, bien que cherchant toutes à individualiser un même et unique fait, ne se rejoignent pas toujours et mieux certaines d'entre elles paraissent réellement inadaptées.
De nos jours le concept Thiaroye 44 est de plus en plus considéré. Thiaroye 44 est un concept simple formé d'une part du toponyme Thiaroye qui renvoie à un petit village « Lébou » de la presqu'île du Cap vert et qui a le privilège d'abriter le dépôt isolé le plus réputé et le plus ancien de l'AOF mais qui a aussi le triste destin d'être le siège de l'inoubliable massacre des tirailleurs et d'autre part du nombre 44 qui renvoie tout bonnement à l'année 1944, période de l'approche de la fin de la seconde guerre mondiale marqué par l'espoir de paix avec le triomphe de la liberté sur la dictature.
Il reste que ce concept, expressif et globalisant, intègre à la fois les aspects multiples et multiformes de l'événement tout en recouvrant le contraste saisissant entre les caractères bref et tragique de celui-ci et les aspects indélébile et rédempteur de ses effets.
Ce concept aisément maniable qui a fini par s'imposer au détriment des dénominations lacunaires longtemps utilisées, est adopté par les habitants de la banlieue depuis le lancement du mouvement « Set Settal ».
Thiaroye 44 est devenu désormais le point de ralliement et le cheval de bataille de tous ces jeunes animés par le désir de revaloriser le patrimoine culturel de Thiaroye.
Cet événement mérite donc d'être vivement rappelé parce qu'il reste, de nos jours, la plus vivante page de l'histoire des tirailleurs sénégalais. L'histoire des troupes noires au service de la France s'est étalée sur près de deux siècles et reste largement liée à la colonisation européenne.
Tout au début du 19ème siècle, à la suite des britanniques, la France procède à son premier recrutement de troupes indigènes. Elle décide ainsi de racheter des esclaves avec lesquels elle signe un contrat basé sur l'affranchissement contre un engagement de dix à douze ans sous les drapeaux. Malgré le peu de succès de cette première expérience, deux compagnies noires dont deux cents Ouolofs recrutés au Sénégal, sont envoyées à Madagascar entre 1827 et 1828. De nouveaux recrutements sont engagés pour la Guyane entre 1830 et 1831.
En Janvier 1842 Les troupes noires au Sénégal sont au nombre de cent quatre-vingt-un hommes dont soixante-dix à Saint Louis, vingt à Richard Toll, Trente-quatre à Dagana, vingt-six à Bakel et trente et un à Sédhiou.
Elles sont destinées à des taches très variées qui n'ont parfois rien à voir avec le métier de soldat comme les corvées de propreté, l'arrosage des jardins , la garde des troupeaux entre autres. Elles se sont dès lors transformées par la force des choses, en groupes d'auxiliaires pour exécuter les corvées les plus désagréables à la place des blancs.
En 1848 avec la loi sur l'abolition de l'esclavage et son corollaire la suppression du rachat, une nouvelle crise est déclarée dans le recrutement des troupes noires. Devant cet état de fait le capitaine de génie Louis Faidherbe nommé gouverneur du Sénégal en 1854 préconise la constitution d'un bataillon indigène exclusivement constitué d'engagés volontaires.
C'est finalement le 21 Juillet 1857 qu'un décret signé à Plombières par Napoléon III institue le corps des tirailleurs sénégalais. Il ordonne « Il sera formé au Sénégal un corps d'infanterie indigène sous la dénomination de tirailleurs sénégalais. »
C'est un corps à part constitué exclusivement d'indigènes avec un encadrement européen. Son statut est particulier, l'engagement est volontaire, limité à deux ans et donnant droit à une prime de cinquante francs avec un solde fixé à cinquante centimes par jour pour le soldat de deuxième classe et soixante cinq centimes pour le soldat de première classe. Le tirailleur sénégalais a aussi un uniforme particulier longuement décrit par Ibrahima Baba Kaké.
« L'habillement devait se composer d'une chéchia rouge, d'un turban en toile blanche, modèle des zouaves, d'une veste et d'un gilet turcs en drap bleu roi bordés de jaune, la chemise sans col, la ceinture en étoffe rouge, large de 40 centimètres et longue de 4,20 m, la culotte turque en cotonnade bleue dite guinée, ou en toile blanche, les souliers et les guêtres blancs. »
Le tirailleur est armé d'un double fusil, ce qui lui confère le titre de soldat prince. Une solde acceptable, un bel uniforme, un service limité dans le temps et un armement de prince vont faire le succès du premier Régiment de Tirailleurs Sénégalais (1er R T S) crée par Faidherbe le 31 Août 1857 à Saint Louis du Sénégal.
Le tirailleur, conformément au dictionnaire Le Robert se définit comme un soldat détaché en avant et qui fait feu irrégulièrement et à volonté. Cette définition fait apparaître nettement la place réservée aux noirs dans l'armée. Une telle dénomination ne sous entend-t-elle pas que le noir ne saurait être un bon soldat ?
Un siècle d'histoire mouvementée va largement prouver le contraire. Avec l'institution de l'AOF puis de l'AEF, d'autres régiments sont crées dans les nouveaux territoires mais ils gardent tous le titre générique de Régiments de Tirailleurs Sénégalais. On retrouve désormais dans ce corps tous les ressortissants de l'Afrique occidentale et centrale ; des sénégalais, des soudanais, des ivoiriens, des voltaïques, des guinéens, des mauritaniens, des nigériens, des béninois etc....
Au cours de la seconde moitie du 19ème siècle les tirailleurs demeurent le fer de lance de l'expansion coloniale française en Afrique occidentale, centrale et orientale, à Madagascar et aux Antilles. Ils ont eu à affronter sous les ordres de leurs chefs blancs et dans des conditions extrêmement pénibles les redoutables armées des résistants locaux tels Lat Dior, El Hadji Omar, Samory, Béhanzin pour ne citer que ceux la. Après la conquête ils sont mis au service de la pacification et du maintien de l'ordre dans les colonies.
Au cours de la première guerre mondiale ils sont plus de 136000 à quitter l'Afrique pour s'engager du côté des français dans la défense de la mère patrie. Pendant la seconde guerre mondiale plusieurs centaines de milliers de tirailleurs sont mobilisés. D'après les notes du colonel Nyo chef d'état major à Dakar, l'AOF compte 112701 tirailleurs en 1940. Et d'après Joseph Ki Zerbo, 127000 tirailleurs d'AOF servent à l'extérieur de l'Afrique la même année. Apres le ralliement de l'AOF à la France Libre, plus d'une centaine de milliers d'autres tirailleurs sont encore envoyé en Métropole pour la libération de la France. Beaucoup de ses tirailleurs ont été mobilisés de force dans le cadre de la conscription.
Durant leur longue et élogieuse histoire, les tirailleurs ont vécu toutes sortes de difficultés, d'atrocités et de discriminations. Ils ont affronté dans le dénuement le plus total les panzers allemands lors de la grande offensive. Beaucoup d'entre eux ont pris part aux périlleux débarquements de l'Afrique du Nord, de Normandie, de Provence et de Toulon.
Certains ont largement participé à la Résistance et d'autres ont survécu des années durant dans les camps de concentration allemands. Des dizaines d'entres eux sont massacrés à Chasselay en Juin 1940 dans des conditions abominables par les nazis. Au total ce sont des dizaines de milliers de tirailleurs qui sont restés à jamais sous la terre glaciale de l'Europe.
Cependant de toute leur histoire Thiaroye 44 reste la page la plus sombre, la plus tragique et la plus digne de mémoire. A Thiaroye ce sont des tirailleurs sénégalais ex-prisonniers de guerre, qui viennent tout juste d'être libérés des camps de concentration allemands, après quatre longues années de souffrance et de lutte perpétuelle contre la mort, qui les guettait en tout temps et en tout lieu, qui sont massacrés par la France au nom du prestige colonial.
Ce sont des troupes coloniales, fortes de la découverte de l'homme blanc, ragaillardies par la redécouverte des grandes valeurs de la civilisation nègre et surtout revigorées par leur vocation nouvelle de combattants de la liberté, qui sont lâchement tués à Thiaroye pour la préservation de l'ordre colonial.
Ce sont des combattants devenus l'incarnation de tout un peuple soumis, sur le point d'être démobilisés après s'être honorablement acquittés de leur mission de défenseur de la mère patrie, qui sont anéantis par des armes françaises en pleine terre africaine, pour avoir refusé d'être traités en inférieurs. Ce sont ces tirailleurs infortunés à peine débarqués en terre africaine qui vont être fauchés par des armes françaises au moment o_ ils s-y attendaient le moins.
Cette tragédie qui a suscité partout émotion et indignation engendre en elle-même les germes d'une prise de conscience réelle. En faisant sacrifice de leur vie, les martyrs de Thiaroye ont donné le coup d'envoie de la lutte pour l'égalité marquant ainsi par leur sang le point de départ de la radicalisation dans le processus d'émancipation des peuples ouest africains. En faisant le sacrifice de ce qu'ils ont de plus cher, les tirailleurs tombés à Thiaroye ont scellé à jamais le destin des peuples ouest africains.
Par son caractère tragique, ce fait historique est resté gravé dans la mémoire collective des populations ouest africaines. Malgré le « black out » décrété par l'autorité coloniale, l'indifférence adoptée par les autorités post-coloniales et la confusion installée par le pouvoir de l'Alternance, le souvenir de Thiaroye est toujours vivace.
Cet événement est considéré par l'opinion publique comme la plus extraordinaire « Fecci Warma » de l'homme blanc, autrement dit la plus ignoble trahison de l'autorité coloniale française.
Partout en Afrique occidentale et particulièrement au Sénégal, des hommes de culture de grande renommée n'ont cessé de vivifier ce souvenir.
Déjà quelques jours seulement après la tuerie, Léopold Sédar Senghor, poète et écrivain talentueux, tirailleur ex-prisonnier de guerre de surcroît, dédie depuis la Métropole à ses pairs tombés à Thiaroye un poème chaleureux intitulé « tyaroye »
Au début des années 50, c'est au tour du soudanais Fodéba Keïta, surveillant au Lycée Charles De Gaulle de Saint Louis, de focaliser l'attention avec son fameux poème « Minuit » interdit de diffusion par l'administration coloniale.
Parallèlement les étudiants de l'institut des hautes études de Dakar actuelle Université Cheikh Anta Diop ont réussi, à plusieurs reprises, malgré l'opposition de l'administration coloniale, à déposer des gerbes de fleurs au cimetière des tirailleurs de Thiaroye. En 1958 lors de la visite de De Gaule à Dakar une grande manifestation est organisée à Thiaroye sous l'initiative du Parti Africain de l'Indépendance pour dénoncer le colonialisme français.
Au lendemain des indépendances, malgré l'abstention de l'autorité, d'éminents intellectuels et des artistes de talent vont continuer de rappeler l'événement Thiaroye 44.
Le professeur Cheikh Faty Faye dans les années 1975-1980 a animé une série de conférences à travers le Sénégal afin de vulgariser les résultats de ses recherches sur l'événement Thiaroye 44. C'est aussi dans cette optique qu'il a publié une pièce de théâtre intitulée « Aube de sang sur la terre d'Afrique » dans divers numéros de l'organe d'information « Ande Sopi » parus entre Décembre 1977 et Juin 1978.
En 1978, c'est au tour d'Ousmane Diallo plus connu sous le nom de « Ouza » de faire vibrer les cà "urs des africains avec sa célèbre chanson « Thiaroye », ce qui lui vaut le qualificatif de l'artiste le plus engagé du Sénégal.
En 1981, l'écrivain Boubacar Boris Diop publie un ouvrage avec deux pièces de théâtre « Le temps de Tamango » et « Thiaroye terre rouge ». Dans cette dernière il a réussi, à traduire l'événement en actes.
Le cinéma n'est pas en reste, dès 1984 est diffusé le film « Camp de Thiaroye » une co-production de Ousmane Sembène et Thierno Faty Sow. Le film est couronné au Festival de Venise et présenté dans beaucoup de salles de cinéma à travers le monde. Il a suscité partout l'émoi et à certains endroits soulevé des tensions. Dans le courant des années 90 beaucoup d'autres artistes vont encore chanter Thiaroye, on peut citer entre autres Baba Maal, Ismaëla Lô, le groupe Adjoa, BMG 44.
En 1993, sous l'impulsion de l'Association pour la Réhabilitation de Thiaroye 44 que j'avais l'honneur de diriger, un mémorandum titré « Pour le triomphe de Thiaroye 44 » a été élaboré et adressé à toutes les autorités pour une reconsidération de l'événement.
C'est à la suite de cet appel que la date du 1er Décembre est officiellement retenue par l'Association des Anciens Combattants et Victimes de Guerre du Sénégal pour la commémoration de la Journée de l'Ancien Combattant. C'est dans cette logique que la première Journée de l'Ancien Combattant est organisée le 1er Décembre 1993.
Le 1er Décembre 1994, pour marquer le cinquantenaire de Thiaroye 44, une grande manifestation est organisée sous la présidence du Ministère des Forces Armées avec défilé à la place de l'indépendance, dépôt de gerbes de fleurs au cimetière des tirailleurs de Thiaroye, conférences et expositions à la maison des anciens combattants.
Depuis il est organisé, avec des fortunes diverses, chaque 1er Décembre, en collaboration avec l'Association Sénégalaise des Professeurs d'Histoire et de Géographie, au CEM Thiaroye 44, sis au Camp militaire, de grandes manifestations pour rendre hommage aux tirailleurs sénégalais et particulièrement aux martyrs de Thiaroye.
Voila autant de faits qui montrent que Thiaroye 44 est bien connu des populations ouest africaines. Voila autant d'actes qui montrent que les populations ont déjà fait leur choix.
Parallèlement, dans la précipitation et la confusion, il est organisé le 23 Août 2004 la Journée du Tirailleur Sénégalais sous l'initiative du président de république Maître Abdoulaye Wade. La célébration de la Journée du Tirailleur est réitérée le 23 Août de toutes les années qui suivent jusqu'en 2008 et cette fois ci on y ajoute les dates du 23 Mai, 23 Juin et 23 Juillet.
Même si cette initiative audacieuse, patriotique et historique du président Wade mérite d'être vivement saluée, il y'a lieu de se demander si la date retenue ne prête pas à confusion.
La date du 23 Août, ne reflète-t-elle pas davantage l'oeuvre du tirailleur pour la France que le rôle que celui-ci a joué pour l'Afrique. La date du 23 Août ne constitue-t-elle pas mieux une référence pour la France que pour l'Afrique ?
Pour être logique avec l'histoire, être en concorde avec le souhait des anciens combattants et être en phase avec les réalités actuelles du continent africain, la date du 1er Décembre n'est-elle pas plus recommandable pour la célébration de la journée du tirailleur ?
Autant de raisons qui nous poussent, même si nous reconnaissons au président de la république Maître Abdoulaye Wade le grand mérite d'avoir porté si haut le flambeau de la lutte pour la reconnaissance du tirailleur sénégalais, à l'interpeller, encore une fois, pour une prise en compte de la date du 1er Décembre afin de se réconcilier avec les aspirations profondes des populations ouest africaines.
Autant de raisons qui nous stimulent et nous poussent à réclamer une réhabilitation de Thiaroye 44 dans le but de réconcilier les peuples africains avec leur propre passé pour la floraison d'une véritable cohésion sociale, facteur par excellence d'intégration et condition nécessaire pour tout développement durable.
Pourquoi les 23 Mai, 23 Juin, 23 Juillet, et 23 Août, pour rendre hommage aux tirailleurs sénégalais, et non le 1er Décembre ? Telle est la grande question.
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