L'Autre Quotidien (Cotonou)

Bénin: Rentrée politique des G4, G13 et force clé à Bohicon - L'unité pour une alternance politique au pouvoir en 2011

Fortuné Agueh Envoyé Spécial

1 Décembre 2008


La rentrée politique des forces coalisées des partis politiques du G4, G13 et Force clé, qui s'est tenue à Bohicon ce week-end marquera, sans doute, la vie politique nationale. Tant la détermination et l'engagement pour un nouvel ordre politique ont été visibles et affirmés par tous les militants. La force et la portée des propos des différents dirigeants de G4, G13 et Force clé donnent la mesure de leur déception vis-à-vis du pouvoir de Boni YAYI. Toutes les réflexions convergent vers une union sacrée afin de proposer une nouvelle alternative au peuple béninois en 2011.

La politique béninoise a encore écrit une nouvelle page de son histoire le week-end dernier. Jamais autant de personnalités qui ont, pour la plupart, joué de grands rôles dans le pays ne s'étaient mises ensemble pour une cause politique commune. Cette fois-ci, il s'agit selon elles, de défendre « la démocratie béninoise qui bat de l'aile du fait des pratiques irrégulières du régime du changement ».

Le président Dieudonné Soglo, Léhady Soglo, le président Bruno Amoussou, le président Adrien Houngbédji, le président Séfou Fagbohoun, le président Antoine Kolawolé Idji, le président Lazare Séhouéto, le coordonnateur du G13, Nassirou Arifari Bako et d'autres personnalités politiques ont, au regard de l'enjeu des assises, réédité ce que les participants ont appelé une «mini conférence des forces vives de la nation ».

Mais cette fois-ci, elle se réunissait contre la gestion politique et la vision du régime en place. C'est à un véritable "sursaut patriotique" que les forces coalisées ont appelé, car estiment-elles, la gestion du pays conduit le peuple vers le gouffre. Les différents intervenants ont passé au scanner les dysfonctionnements du régime du changement. Le tableau peint était sans appel.

Si on s'en tient à l'ensemble des déclarations et les jugements émis sur la gestion du régime, on peut conclure, que pour les leaders de la coalition, la seule voie de sortir qui vaille est de proposer une autre alternative au régime. Mais comment donc atteindre cet objectif ?. Selon ces leaders, on peut y arriver par l'union de toutes les énergies politiques économiques et sociales. C'est pour légitimer cette union des forces du changement que leurs regroupements politiques se sont donnés rendez-vous à Bohicon.

La Maison des jeunes et des loisirs de Goho était devenue trop exiguë pour contenir tous ceux qui ont fait le déplacement d'Abomey où a eu lieu la cérémonie d'ouverture. C'est donc dans une salle surchauffée que le maire, d'Abomey, Blaise Ahanhanzo a livré son message de bienvenue aux ténors de l'opposition au régime de Yayi. Le choix de la place de Goho n'est pas innocent. Elle est significative à plus d'un titre au regard de son rôle dans l'histoire, a-t-il indiqué, avant de faire allusion au symbole de la jarre trouée qui, selon le maire, est un symbole d'union et de solidarité nationale.

«Le Bénin a surpris lors de la conférence des forces vives de la nation en 1990. Il est sûr qu'il étonnera encore le monde par les présentes assises» a-t-il affirmé. Le président du comité de pilotage de l'organisation du séminaire, Antoine Kolawolé Idji, a anticipé sur les réactions du camp de la mouvance. Pour lui «ce séminaire sera interprété par les détracteurs comme un rassemblement incongru d'une classe politique mystificatrice et moribonde ».

Mais pour lui, la conviction est partagée qu'il y a péril en la demeure qu'il faut agir. « C'est de la concertation commune et patriotique qu'est venue l'idée d'une telle rencontre » précise-t-il. Les multiples crises qui secouent le pays ne constituent pas une fatalité. On peut les vaincre si ensemble les forces coalisées le décident. " Nous pouvons étonner le pays et le monde" a-t-il conclu.

Sévérin Adjovi, président du Rdl-Vivoten et nouveau maire de Ouidah, a marqué aussi de sa présence cette rencontre. Au nom des partis politiques amis il a délivré un discours de soutien à l'initiative qui propose, selon ses mots, un esprit nouveau et un nouveau départ pour le Bénin. Pour le maire de Ouidah, l'initiative de Goho ne sera plus relâchée avant de proclamer qu'ensemble, ils seront plus forts que la FCBE.

Les origines de la crise, selon Bruno Amoussou

Le président Bruno Amoussou prononçant le discours d'ouverture au nom de ses pairs, n'a pas été tendre avec le président Boni Yayi. La déception se lisait dans son visage et dans ses propos. Le regret de s'être trompé sur l'homme qu'ils ont contribué à porter au pouvoir et qui, aujourd'hui, se retourne contre les principes démocratiques et économiques. Ils ont, dit-il, offert leur disponibilité au chef de l'Etat pour l'aider au mieux qu'ils pouvaient mais en vain.

Le but de la rencontre est "certainement pour mieux se connaître, mais sûrement pour cultiver notre aptitude à travailler ensemble, partager nos expériences et nos propositions pour un Bénin apaisé comme nous l'aimons", a déclaré Amoussou. Selon lui, c'est la question politique qui doit être au centre des travaux pour assurer le développement durable du pays. « Tous ceux qui aiment le pays et désirent l'aider à vaincre la pauvreté " doivent également se préoccuper de la question politique, de la gouvernance et non continuer à nous égarer sur des routes qu'eux-mêmes n'ont jamais empruntées" a indiqué le président Bruno Amussou.

Pour les forces coalisées la tâche leur est facilitée par l'opinion unanime sur le blocage auquel les pratiques politiques mises en oeuvre les a conduits. D'ailleurs, ajoute-t-il, le chef d'Etat et son gouvernement en ont pris conscience en convoquant des journées nationales d'échanges et de dialogue politique. Ils ont compris, dira le président de PSD, que "leur marche à pas forcés ne peut susciter l'adhésion et l'enthousiasme populaire sans lesquels aucun développement n'est possible".

Selon Bruno Amoussou, « la cause première des difficultés actuelles du Bénin se trouve dans la pratique politique du régime dit du changement, dans sa philosophie politique et dans son style du gouvernement ». Il a dénoncé "les théoriciens qui avaient envahi le pays dès la prise du pouvoir de Boni Yayi et qui par la bouche de l'un des poètes invitait, le peuple à venir "contempler le cadavre livide de la vieille classe politique". «Leur conception de l'action publique, vantait les liens qui reliaient directement le peuple à son chef charismatique.

Elle recommandait l'affaiblissement et l'élimination des autres acteurs de la vie publique, présentait les institutions de contre pouvoir comme des freins à l'action bienfaitrice du chef de l'Etat, seul en mesure de comprendre et de satisfaire les aspirations du peuple», poursuit-il. «C'est pourquoi, déclarera le président Amousou, les tenants de Boni yayi ne considèrent que les apparences de la démocratie et rejettent l'expression de la souveraineté du peuple à travers ses représentants.

C'est là l'origine de la crise au parlement a expliqué Bruno Amoussou. C'est aussi cela qui explique les conflits à la Haac, la raison de la confiscation des compétences des communes par le pouvoir exécutif. "Tout se conçoit au gouvernement, tout se décide au gouvernement et tout s'approuve au gouvernement", a dénoncé Amoussou, qui a noté également que le chef de l'Etat exécute un budget différent de celui voté par les députés. Ce faisant il prive le parlement de sa prérogative fondamentale.

Le chef de l'Etat remplace ainsi, selon lui, la volonté du peuple par la sienne. La modification sans cesse des structures ministérielles n'a pas échappé aux critiques. «La corruption qui prend des ampleurs inquiétantes avec l'utilisation abusive des Ordres de paiements» font également partie des préoccupations des forces coalisées. Ils ont par ailleurs dénoncé l'ethnisation et le tribalisme lors des campagnes électorales. Toutes choses qui auraient mis à mal la quiétude et la paix sociale.

En guise d'appel à travailler pour le long terme, le président Amoussou a indiqué que la rencontre n'a pas pour finalité d'adresser des critiques aux autres, et qu'elle n'aurait aucun sens si elle ne dégageait pas des perspectives pour la conception d'un programme d'action pour le redressement économique et social du pays et surtout pour le renforcement de sa cohésion sociale. Mais la tache ne sera pas facile ont reconnu tous les acteurs. La jarre trouée, le symbole de l'unité, gravé sur le mur du parlement a été la source de leur inspiration. Bruno Amoussou a prévenu : la conquête du pouvoir suppose une bonne organisation et il est préférable de s'en donner les instruments avant d'accéder au pouvoir.

Le président Houngbédji a dans son discours de clôture critiqué le récent décret pris par le chef de l'Etat qui confère des avantages à l'opposition. Pour Me Houngbédji, ce décret ne correspond pas à l'esprit de la loi portant statut de l'opposition

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"C'est un décret vide qui ne garantit pas l'accès équitable aux mass médias". Le décret ne garantit pas non plus la sécurité du chef de l'opposition. Pour lui, ce n'est pas d'un véhicule, d'un garde de corps, d'un chargé de mission qu'il a besoin, mais d'un véritable décret qui tienne compte de la liberté d'expression des chefs de l'opposition. Il a alors invité Boni Yayi à revoir son décret.

Mais cette situation n'empêchera pas Adrien Houngbédji de se déclarer opposant au régime en place. Selon nos sources, il va bientôt formaliser cette opposition, après concertation avec les autres membres de l'alliance désormais en position d'opposant. Une annonce serait attendue dans ce sens. Les autres formations pourraient également faire de même puisque c'est désormais clair qu'elles ne participeront plus en principe à aucun gouvernement de Boni Yayi.

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