Faustin Kuediasala
1 Décembre 2008
Kinshasa — Alors qu'elle ait annoncé avoir récupéré, en RDC, les actions de la Belgolaise dans la Banque commerciale du Congo, la première banque marocaine, Attijariwafa Bank, lorgne aussi vers le Cameroun où elle devait prendre possession de la filiale camerounaise du crédit agricole, institution bancaire française.
La première banque privée du royaume chérifien fait main basse sur la filiale camerounaise du crédit agricole. En reprenant la totalité des parts (65%) du groupe bancaire français au sein de la Société camerounaise de banques.
Attijariwafa Bank a dû sortir son chéquier mardi : près de 164 milliards F Cfa (250 millions d'euros) pour faire son marché en Afrique subsaharienne et étendre ainsi son réseau sur le continent. Après une première implantation en Tunisie, Libye, Mauritanie, Sénégal, Mali et Guinée Bissau.
A la faveur d'un accord, la première banque privée marocaine récupère ainsi les 65% des parts du capital de la Société camerounaise de banque (Scb) détenus par le groupe bancaire français. Cette razzia chérifienne touche aussi le Crédit du Congo (81% du capital), la Société ivoirienne de banques (51%), l'Union gabonaise de banques (59%) et le Crédit du Sénégal (95%).
«Avec cette opération, Attijariwafa Bank accélère son développement à l'international, estime Mohamed El Kettani, son Pdg. Elle permet à Attijariwafa Bank de conforter sa vocation d'acteur régional de premier plan, dans le Maghreb et en Afrique subsaharienne, et, conformément à son plan stratégique, d'inscrire son action en vecteur du développement économique régional».
Concrètement, l'opération consiste en un échange croisé de participations. Le Crédit agricole, soucieux de rattraper son retard sur ses deux concurrentes françaises (Société générale et Bnp) au royaume chérifien, acquiert des actions supplémentaires du Crédit du Maroc détenues par Wafa assurances, pour porter sa participation à 77% du capital. Tandis que sa filiale Sofinco prend 15% du capital de Wafasalaf. Toutefois, le processus ne connaîtra son terme qu'au second trimestre 2009, après l'accord des autorités compétentes.
Attijariwafa Bank réalise une bonne opération en devenant l'actionnaire principal de la troisième banque du Cameroun - l'Etat garde le reliquat du capital : 35% -. En 2007 par exemple, la Scb/Crédit agricole (15 agences) a enrichi ses propriétaires, en obtenant un résultat net de 3,8 milliards F Cfa ; sa valeur ajoutée était appréciable : 21,2 milliards F Cfa de produit net bancaire. Pour un total bilan de 308 milliards F Cfa.
Ces résultats vont - ils pour autant apaiser le personnel d'un établissement qui change de propriétaire pour la deuxième fois en cinq années ? En 2003, la Scb/Crédit lyonnais devient Scb/Crédit agricole après absorption d'une banque hexagonale (Crédit lyonnais) par sa consoeur (Crédit agricole).
Ce qui suscite des inquiétudes auprès des 525 employés. Ces derniers estiment que ce changement de dénomination implique un changement de propriétaire. Par conséquent, un plan social avec calcul de leurs droits s'imposait, selon eux, conformément à l'article 42 du code du travail. Robert Nkili dut, en décembre 2007, mettre sur pied un comité de réflexion interne pour ramener un peu de sérénité. L'arrivée des Marocains pourrait reposer le problème.
La prise de contrôle de la Scb/Crédit agricole par Attijariwafa Bank confirme à tout le moins la présence bancaire marocaine. D'ores et déjà, le 15 mai 2008, Ephraïm Inoni recevait Jaloul Ayed, administrateur - directeur général de la Banque marocaine du commerce extérieur.
Au menu des entretiens, la création, dès septembre 2008, d'une filiale de la Bmce Bank à Douala, afin de s'inscrire dans la dynamique de croissance du secteur de l'immobilier et participer au financement de certains projets d'investissement. En perspective, la mise en place d'un réseau bancaire entre le Cameroun et l'Angola, en passant par le Congo - Brazzaville et le Gabon.
Après l'eau, à travers la Camerounaise des eaux (CDE), l'offensive chérifienne au Cameroun s'intensifie.
Sauver le secteur de l'eau
Concernant le secteur de l'eau, le quotidien camerounais Le Messager rapportait que le Fmi, la Banque mondiale et la Chine seraient prêts à tirer ce secteur du gouffre dans lequel il est plongé.
La Camwater et la CDE ont lancé plusieurs appels d'offres pour se faire seconder dans leurs missions, et le gouvernement a obtenu des crédits allégés de la part des institutions comme la BM et le FMI.
Les investisseurs chinois sont également présents sur le marché, notamment pour renforcer la production à Douala: un projet financé par la banque chinoise Exximbank implique la construction d'une usine de traitement d'eau potable, la pose d'une canalisation, la réhabilitation des installations de Japoma, la construction de forages.
Et c'est une entreprise chinoise qui construit la deuxième plus grande usine de production d'eau potable au Cameroun, à Ayotto, sur les bords du fleuve Moungo, pour combler le déficit en eau potable de Douala: le volume d'eau produit passera d'environ 100.000 m3 à 180.000 m3 par jour. Les travaux seront achevés début 2009. Deuxième phase: une coopération entre la Camwater et la Chinoise CGC Overseas Construction CO. Ltd, pour produire 260.000 m3 d'eau par jour - besoins réels estimés de la population de Douala.
La direction générale de la Camwater estime que la redevance de la CDE devait faciliter le remboursement du crédit de la BM par traites, et développer l'extension et la réhabilitation du réseau, un programme devisé à 400 milliards de Fcfa.
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