Notre Voie (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Après la grève d'une semaine au primaire public - Le danger auquel s'exposent les instituteurs

Félix Téha Dessrait

1 Décembre 2008


Les instituteurs de Côte d'Ivoire veulent avoir désormais les mêmes salaires que les professeurs certifiés. Cette doléance n'a pas été acceptée dans l'immédiat par la tutelle. Sans se poser de question, les instituteurs regroupés au sein d'un collectif de syndicats ont observé une semaine de grève. Au moment où ils reprennent le chemin des classes ce matin, jetons un regard sur les dangers qui guettent ces grévistes.

Les écoliers, un des maillons les plus faibles et vulnérables de l'Education nationale, n'ont pas reçu d'enseignement toute la semaine dernière. "Nos maîtres disent de revenir à la maison. Ils disent de retourner le lundi prochain à l'école.

Ils disent qu'ils sont en grève", explique, innocente, cette fillette de 10 ans en classe de CM2 à l'EPP Bas-fond (Yopougon-Niangon Nord) face à son père. Qui voulait en savoir plus sur le retour précipité de son enfant à la maison, ce lundi 24 novembre 2008 à 8h30.

La défiance des instituteurs à l'Etat

Les instituteurs de Côte d'Ivoire se disent que l'Etat est faible. Fort de cette conviction, ils ont décidé de remettre leurs grèves interminables du récent passé et dont tout le monde garde un triste souvenir.

"Nous sommes 46000 instituteurs en Côte d'Ivoire, on ne peut rien faire contre nous en cas de grève", ne peuvent s'empêcher de déclarer certains responsables syndicaux des instituteurs appartenant au collectif de mouvements à l'origine de la grève d'une semaine qui a pris fin le week-end écoulé.

En effet, pour une affaire de révision de grille indiciaire, les instituteurs syndidés, appartenant notamment au MIDD, SAEPCI et Sneppci, ont obligé les écoliers à rester chez eux, toute la semaine.

Question pour eux d'amener les gouvernants à leur octroyer désormais le même salaire que les professeurs certifiés ou des lycées. Si l'Etat accepte, cela va ouvrir la porte à toutes les demandes de points indiciaires.

L'exigence des instituteurs est de 1350 points d'indices. Une telle doléance, question de bon sens, ne peut être accordée dans l'immédiat. Dans la mesure où l'Etat prend toujours soin de jeter un regard dans sa cagnotte. Parce que gouverner, on le sait, c'est d'abord éviter d'agir au hasard.

Surtout qu'ici, il s'agit d'une question de finances. C'est en cela qu'on peut s'interroger sur l'opportunité de cette grève observée quand la tutelle, le ministère de l'Education nationale, a opposé un refus.

N'y avait-il possibilité d'amener la tutelle à évoluer dans sa position ? Etant donné que la grève est considérée comme le dernier recours ?

Ces dernières années, et cela n'est un secret pour personne, les instituteurs viennent en tête des mouvements de grève, suivis des enseignants du supérieur. Que fait-on alors de l'arme de la négociation ? Et puis, après la grève, que va-t-on faire maintenant ?

"La grève ne va plus prospérer.Tous ceux qui vont revendiquer par la force, la grève, n'auront plus gain de cause", avait prévenu le ministre de la Fonction publique et de l'Emploi, il n'y a pas si longtemps. Précisément lors de l'atelier bilan du forum social à Bassam.

Un homme prévenu en vaut deux

En faisant cette mise en garde à Bassam, qui a révélé l'effort financier du gouvernement de 120 milliards FCFA pour le changement du régime indemnitaire, Hubert Oulaye mettait les syndicats devant leurs responsabilités. D'autant plus que les syndicats eux-mêmes avaient pris l'engagement, lors du forum de 2007, d'observer une trêve sociale.

Rien que pour permettre à l'Etat de travailler dans la sérénité pour les travailleurs. Cet engagement n'étant pas du tout respecté, le gouvernement, comme on pouvait s'y attendre, à un moment donné, a pris la décision de faire une ponction salariale contre tout gréviste.

Le salaire étant naturellement une contrepartie du travail fait. Notre législation le dit clairement d'ailleurs. C'est pourquoi depuis un an, les grévistes ça et là, subissent cette mesure de nature à corriger l'effet de mode constaté au niveau des grèves. Les instituteurs échapperont-ils à l'arme du gouvernement ?

Des sources dignes de foi, en effet, laissent croire que les ministres de la Fonction publique et de l'Education nationale s'apprêtent à faire une communication sur cette question.

Cela, à la demande, dit-on, du chef du gouvernement. Pendant ce temps, des dispositions, toujours selon des sources bien informées, sont prises pour tenir compte de la grève au niveau salarial. Pour les instituteurs, les salaires de décembre 2008 sont donc menacés.

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