Le Phare (Kinshasa)

Nigeria: Obasanjo optimiste Nkunda menaçant

Après avoir rencontré séparément le président Kabila et le général dissident Laurent Nkunda il y a quinze jours, entre le 14 au 16 novembre, l'Envoyé spécial de l'Onu pour la RDC, Olusegun Obasanjo, est revenu à la charge le week-end dernier, cette fois avec comme assistant l'ancien président tanzanien, Benjamin Mkapa, représentant de l'Union Africaine.

L'ancien président nigérian et le président congolais ont échangé pendant près d'une heure, le vendredi 28 novembre, avant qu'Obasanjo ne reprenne son bâton de pèlerin le lendemain pour Jomba, dans le territoire de Rutshuru, au Nord-Kivu, fief du président du CNDP (Conseil National pour la Défense du Peuple).

Dans un entretien avec la presse dimanche à Goma, l'Envoyé spécial de l'Onu pour la RDC s'est voulu optimiste, estimant qu'il avait largement « progressé sur le chemin de la paix ». Toutefois, il n'a pas été en mesure de préciser ni les contours, ni le lieu, encore moins la date des négociations directes entre ses interlocuteurs congolais.

D'où nombre d'observateurs ont vite pensé à la poursuite du dialogue des sourds entre Kinshasa et le CNDP. Cela est d'autant vrai que plusieurs sources ont confirmé l'intransigeance du gouvernement quant au respect strict du schéma de paix tracé par l'Acte d'engagement de Goma, en janvier dernier, et formalisé à travers le Programme Amani. En d'autres termes, les autorités congolaises placent les négociations directes avec Nkunda dans le cadre d'une rencontre à ouvrir à tous les groupes armés présents sur le front de l'Est, notamment toutes les sensibilités Mai-Mai.

De son côté, le CNDP est d'office opposé à la présence d' « intrus » autour de la table de ses « négociations directes » avec le pouvoir en place à Kinshasa. Le Programme Amani, dans l'entendement de Nkunda, c'est de l'histoire ancienne.

L'éclairage de Benjamin Mkapa

S'agissant du flou qui continue d'entourer le dossier d'un éventuel rapprochement entre Kinshasa et le CNDP, un éclairage nouveau est venu de Benjamin Mkapa. Selon l'ancien président tanzanien, qui parlait au nom de l'Union africaine, les approches du dialogue direct, même elles restent divergentes entre les autorités congolaises et les rebelles du CNDP, pourraient devenir convergentes dans un proche avenir : « Ils devaient nous proposer des pistes de solution. Ils devaient aussi nous faire part des obstacles qui nous empêchent d'aboutir à une solution sur la crise de l'Est. Et je peux dire que ces deux entretiens ont été fructueux. Dans les jours à venir, les deux parties protagonistes pourront échanger pour ensemble trouver une solution. Et nous allons nous y atteler pour que ces discussions commencent le plus tôt possible ».

Nkunda menaçant

Alors que la mission du duo Obasanjo-Mkapa paraît avoir déblayé un peu plus le terrain d'un possible dialogue entre Kinshasa et le CNDP, le général dissident Laurent Nkunda y est revenu avec des menaces de relance de la guerre. « S'il n'y a pas de négociation, disons qu'il y aura la guerre », a-t-il lâché aussitôt après s'être entretenu samedi avec Olusegun Obasanjo. « Je pense que la bonne voie est de négocier. Je sais que l'armée congolaise n'a pas la capacité de se battre, donc elle n'a qu'un choix, la négociation ».

Selon les observateurs, Laurent Nkunda serait très irrité d'apprendre que le gouvernement de Kinshasa poserait, comme préalable à toute négociation, son retour dans le giron du Programme Amani.

« Aujourd'hui, Obasanjo a dit que Kinshasa acceptait le principe des pourparlers, mais sans convenir d'un lieu où nous pourrions nous rencontrer », s'est plaint l'homme fort du CNDP.

Comme pour confirmer le maintien de leur option militaire, Laurent Nkunda et ses troupes se sont emparés jeudi de la localité d'Ishasha, dans le territoire de Masisi. Informés de cette énième rupture du cessez-le-feu, dit-on, Obasanjo aurait vertement interpellé Nkunda, l'accusant de le rendre ridicule dans sa mission de constructeur de la paix.

En ce qui les concerne, des délégués des milices Mai-Mai reçus pendant un cours moment par l'Envoyé spécial de l'Onu se sont plaints de brièveté de l'entretien, ce qui ne leur a pas permis de présenter à l'ancien président nigérian toutes les facettes de leur cahier de charges.

On croit savoir qu'Obasanjo va être obligé de revenir plusieurs fois en RDC, pour des navettes entre Kinshasa et Jomba, avant d'espérer une sortie pacifique de la crise. Des Ong craignent qu'il ne soit trop tard, compte tenu de la précarité de la situation humanitaire qui prévaut dans la partie Est du pays.


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