Fraternité (Cotonou)

Bénin: Le devoir appelle Yayi

Sulpice O. Gbaguidi

2 Décembre 2008


Boni Yayi est face à son destin. La messe de Bohicon et le sermon des curés non-Fcbe lui infligent une pression grossissante avec les implications politiques certaines. Le leader cauris, plébiscité en mars 2006 avec sa doctrine du changement, doit maintenant choisir entre revenir en 2011 ou s'enliser dans la crise et s'exposer à un vote sanction après un premier mandat historiquement tumultueux.

Tout choix suppose un comportement même si l'élection du président ne se fera pas par décret politique d'une quelconque opposition mais par le pouvoir du peuple inscrit dans les urnes. N'empêche, le séminaire de Bohicon a tracé la voie à la répétition d'un scénario bien connu des Béninois : la fronde politique qui a emporté Soglo en 1996.

Le climat politique détestable, parce que délétère et plein d'incertitudes, qui s'est emparé du pays mérite qu'on y trouve solution. Le mémorable conclave de Bohicon, signal politique et pédagogique ne peut être minimisé. Les amuseurs et faux clercs du pouvoir dans le regrettable rôle de mauvais conseillers ont beau s'exercer à la banalisation de la levée de boucliers des G et F, Boni Yayi est bel et bien sur la sellette . La déception est devenue une épidémie alors que la propension à l'épate des sbires se développe.

L'Union sacrée du G4, G13 et Force-Clé, détient, à moins d'un miracle, la clé de 2011. Si par principe, on retient que c'est Dieu qui donne le pouvoir, on est raisonnablement d'accord que Dieu passe par les hommes pour donner ce pouvoir. Même les métaphysiciens de la politique sont impuissants face à cette évidence. Des hommes avaient en effet donné des consignes de vote pour Yayi en 2006. Des hommes avaient ramené Kérékou en 1996. Encore des hommes avaient quelques années plus tôt hissé Soglo sur le toit du Bénin.

Le peuple, levier des espoirs du régime dit du changement, n'existe pas sans les leaders politiques champions de l'opinion et qui travaillent à forger l'opinion de la masse. Ce peuple là n'est pas étranger au langage des fiefs. Seules les infirmités politiques peuvent conduire à négliger et piétiner ces détails. Et, quand Soglo, Houngbédji, Amoussou, Sèhouéto, Idji, et le G13 se mettent ensemble contre un régime, la messe est potentiellement dite. Le chroniqueur s'autorise à faire ce pari.

Les G et F ont assuré à Bohicon avec des dénonciations dictées par une situation politique critique. Il revient à Yayi de rassurer. La récréation, les louanges anachroniques et aveugles d'un entourage rebelle à la réalité ne peuvent le sortir de l'impasse. Mais la réaction épidermique des laudateurs et autres griots du pouvoir n'étonne guère le chroniqueur Ernst Jünger disait déjà avec force et  intelligence qu' "il y a toujours dans la vie des régimes un moment  traji-comique où il dénonce comme trahison toute tentative de les sauver". Je ne me fais donc aucune illusion. Certains continueront à vendre un optimisme falacieux malgré la situation insoutenable.

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De toute évidence, Boni Yayi, doué pour la conquête du pouvoir, montre des signes de faiblesse dans la gestion de ce même pouvoir. Le risque d'avoir commencé comme Bonaparte et de finir comme René Coty est réel. Le président de la République ne doit pas lâcher les ficelles de négociation pour la totale décrispation. L'équation, sans être insoluble, me parait néanmoins complexe pour Boni Yayi puisque les G et les F frustrés ont pris la résolution de s'unir pour faire face au néant servi par le régime.

" La cause actuelle de nos difficultés actuelles se trouve dans la pratique politique du régime dit du changement dans sa philosophie politique et dans son style de gouvernement ", dira Bruno Amoussou et plus loin " aucune hypocrisie ne peut nous amener à taire notre ambition de conquérir et d'exercer le pouvoir ". La situation est-elle cependant si pourrie pour que Yayi s'abonne à la résignation ? Il suffit au chef de l'Etat de s'investir dans la politique et d'espérer. Toute maladresse laissera plutôt le pays en campagne électorale précoce. Dans ce marigot, les crocodiles unis vont certainement mieux nager qu'un président qui a l'obligation de bilan et qui doit faire face à une crise politique têtue.

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