Abdoul Aziz Agne
2 Décembre 2008
Dans une situation d'impasse politique entre le président Mugabé et son opposant, Morgan Tvsangirai, le peuple zimbabwéen sombre de plus en plus dans une précarité sociale, rarement connue en Afrique. Face à la presse hier, le leader du Mouvement pour le changement et la démocratie (Mcd), se dit prêt à faire des concessions, pour permettre aux Zimbabwéens de sortir de la situation d'extrême pauvreté dans laquelle ils sont confinés depuis plusieurs mois.
C'est un Tvsangirai très détendu qui a fait face hier à la presse à Dakar. Accompagné par le ministre sénégalais des Affaires étrangères, Cheikh Tidiane Gadio, le leader de l'opposition zimbabwéenne est revenu sur les origines du blocage institutionnel dans son pays, motivé par un malentendu sur le partage des porte-feuilles ministériels avec le Zanu Pf, de Mugabé.
Il s'agit entre autres, du partage des ministères-clefs de la Sécurité, de la Défense et de l'Intérieur. Mais pour le chef de fil du Mcd, l'accent doit être aujourd'hui mis sur l'effectivité de l'arrangement légal, sur le partage équitable et sur la responsabilité autour des postes.
Toutefois, l'adversaire politique de Mugabé reconnaît que le temps évolue contre le peuple zimbabwéen qui souffre de plusieurs problèmes, liés notamment à son bien-être. Car, le choléra touche dans ce pays près de 10 mille personnes, dont 500 sont déjà mortes.
Mais pour Tvsangirai, la crise politique et celle humanitaire constituent les deux faces d'une pièce et qu'il y aura cinq millions et demi de personnes à nourrir d'ici janvier 2009.
Et sur ce point, il ne se dit nullement responsable, étant un vainqueur face à quelqu'un qui ne veut pas accepter que les choses aient bien changé depuis l'indépendance du Zimbabwé.
N'empêche que le chef du Mcd se dit prêt à accepter un équilibrage pouvant permettre à son pays de sortir de l'impasse. 'Nous devons tous consentir un consensus, car le peuple zimbabwéen est très fatigué', avertit-il avant d'ironiser sur l'inflation à 18 zéros qui sévit dans son pays et qu'il dit 'inédite et jamais égalée à travers le monde'.
En réalité, le pays n'a jamais pu déployer une politique économique efficace car, le régime de Mugabé s'est longtemps évertué à développer un nationalisme, axé sur une expropriation aveugle des terres des Blancs au profit des Noirs qui n'ont même pas les moyens de les exploiter.
Parlant des différents acteurs, impliqués dans le règlement du conflit, Tvsangirai fustige la position de l'ancien président sud africain, Thabo Mbéki, qui préférait la stabilité à la place du changement démocratique.
Aussi, il note que la Sadc, qui regroupe les pays de l'Afrique australe, ne fixe son centre d'intérêt que sur la formation d'un gouvernement. Il y a, en outre, la forte action de l'Union africaine qui, avec des pays comme le Sénégal, continue de mettre la pression sur le régime de Mugabé.
Une position, du reste confirmée par le ministre d'Etat, le Dr Gadio, qui se désole de 'l'absence de l'Afrique dans les urgences absolues'.
Prenant l'exemple de la Rdc, il s'inquiète du fait que ce sont les Européens qui ont été les premiers sur les champs des négociations. Selon lui, le Zimbabwé devait bénéficier depuis longtemps d'un plan d'urgence des autres pays africains.
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