Kimp.
2 Décembre 2008
Lancée par la France en octobre et rejetée par la majorité des 27 pays membres de l'Union Européenne, l'idée de l'envoi d'une force européenne d'interposition en République Démocratique du Congo a pris un relief spécial le week-end dernier avec la sortie très médiatisée de Karel de Gucht, ministre belge des Affaires Etrangères.
Selon le chef de la diplomatie belge, le Secrétaire Général de l'Onu en personne, Ban Ki-Moon, qu'il a rencontré à New York au milieu de la semaine dernière, a sollicité le concours de son pays pour la mise sur pied d'urgence d'une telle force. Elle aurait pour mission de stabiliser la situation sécuritaire et humanitaire, en attendant le renfort de 3.000 casques bleus supplémentaires pour la Monuc. « Le déploiement de la force de la paix de l'Onu va prendre un certain temps, c'est la raison pour laquelle l'Onu souhaite qu'une force militaire européenne vienne pour faire la jonction durant la période ».
Kinshasa d'accord pour Artémis II
Réagissant au projet du retour des troupes européennes, après l'opération « Artémis » en Ituri en 2003 (juin - septembre) et la présence de l'EUFOR (2006), le ministre de la Communication et Médias, Lambert Mende, a laissé entendre que « le gouvernement envisage favorablement une telle force Toute force qui est mise en oeuvre avec ou sans la Monuc et qui contribue à stabiliser la situation au plan national est le bienvenue ».
Selon Mende, les autorités congolaises souhaiteraient que cette force d'interposition ait un mandat comparable à celui des troupes venues à Bunia en 2003, dans le cadre de l'opération « Artémis ». En termes clairs, Kinshasa voudrait la voir faire usage de la force, comme c'était le cas d'Artémis face aux miliciens qui semaient l'insécurité en Ituri.
Quant à la future configuration de la Monuc, avec l'arrivée annoncée de 3.000 nouvelles unités, le gouvernement congolais n'y est pas très chaud, compte tenu du comportement des casques bleus du contingent indien, qu'il soupçonne d'être de mèche avec les rebelles à la solde du général dissident Laurent Nkunda. Etant donné que les troupes indiennes représentant 90 % des effectifs de la Monuc basés au Nord-Kivu, une telle méfiance pourrait créer des difficultés de collaboration dans un proche avenir.
Le CNDP dans tous ses états
Le Conseil National de la Défense du Peuple (CNDP) voit d'un très mauvais oeil l'envoi des troupes européennes dans l'Est du pays. Selon son porte-parole, Bertrand Bisimwa, « c'est une désagréable surprise On pensait que les Nations Unies étaient engagées dans une solution pacifique de la crise Ceci montre que la voie de la négociation dans laquelle les Nations Unies veulent nous amener est une manoeuvre qui vise à gagner du temps ».
Laurent Nkunda et ses acolytes redoutent un agenda caché de la part des Occidentaux, qui consisteraient à les déloger purement et simplement de leurs positions, sous prétexte de vouloir surveiller le cessez-le-feu et de protéger les populations civiles.
Situation humanitaire catastrophique
Dès ses premiers contacts avec des déplacés dimanche à Goma, dans le cadre d'une visite d'information de trois jours en RDC, la Secrétaire d'Etat française aux Droits de l'Homme, Rama Yade, a qualifié de « catastrophe » la situation humanitaire qui prévaut dans la partie Est du pays. Aussi, a-t-elle demandé à la communauté internationale d'agir vite.
« L'Union Européenne est très attendue ici et très demandée, parce que la Monuc estime qu'en terme de matériel et d'unités combattantes, elle a besoin davantage de renfort, et elle estime que seule l'UE est capable d'apporter cela », a-t-elle fait savoir.
Les décideurs des Grands Lacs se concertent
A en croire le président tanzanien, Jakaya Kikwete, des Chefs d'Etats et de gouvernement de la région des Grands Lacs vont se retrouver le 11 décembre à Nairobi pour débattre de la crise politico-militaire congolaise. C'est ce qui ressort, a-t-on appris, de ses récents entretiens avec le Secrétaire Général de l'Onu, Ban Ki-Moon. Ils devraient notamment faire l'état des lieux à la lumière des efforts de médiation de l'Envoyé spécial de l'Onu en RDC, Olusegun Obasanjo, auprès des « belligérants congolais », assisté de l'ancien président tanzanien Benjamin Mkapa, représentant de l'Union Africaine.
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