L'Autre Quotidien (Cotonou)

Bénin: Oeil du maître - Après Bohicon, comment doit réagir le pouvoir ?...

Léon Brathier

3 Décembre 2008


Gardons la tête froide ! Il y a un vrai danger à se précipiter comme un taureau et à répondre du tac au tac sur un sujet qui conditionne l'avenir du régime. 10ans ne peut être un slogan, il doit se construire maintenant. Aucune force ne saurait aujourd'hui prétendre au pouvoir demain en ignorant les autres. C'est à l'aune de cette réalité qu'il faut juger ce qui s'est passé le week-end dernier.

En effet, la rentrée politique de Bohicon, n'est pas dans le fond, une déclaration de guerre. L'événement, quelles que soient les intentions cachées ou affirmées des uns ou des autres, quelles que soient la fermeté et la rudesse des propos, à travers l'ensemble des discours, dans leurs contenus positifs, peut être perçu comme un signal que le régime et la mouvance doivent décrypter et prendre en compte.

Car avant 2011, il y a aujourd'hui à gérer, sereinement, et cela pendant deux ans encore Pas une sinécure. Notre constitution est claire, il ne saurait y avoir un coup de force quelle que soit sa nature avant la fin du mandat en cours.

Notre histoire nationale nous contraint par conséquent, à ne plus aller sur des chemins hasardeux et pleins de pièges. Croire que la classe politique traditionnelle n'ait pas intégré ce principe serait une aventure dont tout le monde sait qu'il nous coûterait des douleurs immenses.

Personne n'y échappera et il faut être fou pour préférer la tension. Dès lors, on est fondé de considérer que Bohicon et sa coalition, quel que soit l'appétit des uns, n'est pas fondamentalement un point de non retour, dont l'objectif primordial serait de bouter dehors Boni Yayi en 2011, quelque puisse en être le coût.

Notre classe politique est responsable, c'est pourquoi elle continue de fonder les valeurs de notre démocratie sur les balises et le consensus fixés par la conférence des forces vives de la nation de 1990.

Vues sous cet angle, la rentrée politique et l'unité affichées à Bohicon doivent être appréciées -quels que soient nos états d'âme- comme l'expression renforcée d'un malaise politique né de la façon inquiétante, pour les forces politiques traditionnelles, de gérer le climat politique comme si le pouvoir avait l'intention de monopoliser tous les pouvoirs sans partage, et comme si tout se faisait en marche forcée, sans tenir compte de l'avis commun et souvent dans le vif.

Cet aspect, même des dignitaires de Fcbe l'ont souligné, à leur propre niveau, dans une interview parue dans la presse il y a à peine trois semaines. Preuve que dans la mouvance elle-même, on a pris la mesure du malaise.

Bohicon, c'est comme un élan émotionnel, face aux peurs et aux frustrations dont le seul recours est le souvenir des valeurs qui ont imprimé au Bénin, la stabilité et la paix sociale depuis le renouveau démocratique.

L'alternance a été souvent comme une force régulatrice des dysfonctionnements de la gouvernance politique, en 1993 face au président Soglo, comme en 2006, face au président Kérékou.

Mais, pendant ces périodes comme maintenant, avant l'alternance, il y a toujours eu la grogne puis la mobilisation. Il appartient donc au pouvoir en place de saisir au fond, cette manifestation profonde et durable d'humeur, la tête froide, sincèrement et sans arrière-pensée, pour donner des signes tangibles de sa franchise à recréer la confiance.

Discuter à coeur ouvert, pour savoir ce qu'il est possible de donner pour le bien de l'unité nationale et la poursuite des chantiers du changement et ce qu'objectivement il ne peut donner. En tout cas, il faut désormais y aller avec la volonté de paix sincère.

Il y a certainement des contre vérités dans tous les reproches faits, il faut les relever, sans en faire l'essentiel de la préoccupation du pouvoir pour le dialogue. Dans cette optique, le mode opératoire de ce dialogue politique devra se conformer à des consultations concertées avec les mandants de la coalition de Bohicon.

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Le chef de l'Etat pourrait, après avis des divers doyens de la coalition, décider de recevoir les représentants des forces coalisées ensemble, non seulement pour prendre acte de leur plateforme politique, de revisiter les points d'achoppement et les solutions possibles à y apporter, mais aussi de discuter avec eux des conditions d'organisation des journées de réflexion politique projetée par le gouvernement.

Cependant, ici et maintenant, une réunion urgente devrait avoir lieu au niveau du gouvernement, comme de la Fcbe, pour décider de commun accord les propos à tenir, l'attitude concertée à avoir, par les uns et les autres, pour ne pas gêner les possibilités ouvertes de poursuite du dialogue politique, dans un esprit constructif. Une chance est donnée de montrer la bonne volonté du régime. Le reste appartient à Dieu et au peuple.

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