Par Justin Daboné
3 Décembre 2008
éditorial
L'actualité sociale le week-end dernier en Afrique de l'Ouest, c'était au Nigeria, où des émeutes avaient éclaté à l'issue des premières élections locales organisées depuis plus d'une décennie à Jos dans l'Etat du Plateau. Un Etat, dit-on, qui a une longue histoire de violences intercommunautaire qui y rend à chaque fois délicate l'organisation du moindre scrutin. En 2001 et 2004, les émeutes y avaient respectivement fait plus d'un millier et 700 morts. Des chiffres effrayants qu'on semble avoir oubliés dans la ville, qui se trouve dans la « ceinture centrale » nigériane, où coexistent et se télescopent des centaines de groupes ethniques sur une bande de territoire fertile objet de toutes les convoitises et séparant le Nord, musulman, du Sud, majoritairement chrétien et animiste de cet immense pays.
Le week-end dernier, les vieux démons étaient encore de retour dans cet Etat central, qui fait désormais peur. Bien que le calme y soit revenu, de nombreuses familles (les émeutes ont fait plus de 300 morts) continuent d'essuyer leurs larmes. Un drame qui a pour cause une élection municipale, dont les responsables électoraux n'arrivaient pas à rendre publics les résultats, réveillant des rumeurs de fraude.
Une élection qui n'allait d'ailleurs pas améliorer leur quotidien dans ce pays, où la délation le dispute à la corruption. Des gens d'un même pays qui se tuent pour des partis politiques d'une région, c'est à croire que beaucoup n'ont pas encore compris que les politiciens sont de grands menteurs.
Ils sont tous là que pour leurs intérêts et ne pensent au peuple que quand ils aspirent à devenir quelqu'un. Voilà ce qui peut arriver à des citoyens qui s'obstinent à aller aux urnes alors qu'ils n'ont aucun intérêt dans cette affaire. L'Etat du Plateau, circonscription politique de première importance au Nigeria, va-t-il s'occuper des familles de tous ceux qui ont été tués dans ces affrontements interreligieux ?
Pour l'heure, cela ne semble pas être la préoccupation du gouverneur du Plateau, qui vient de pointer ses jumelles vers Niamey. Alors qu'on continue de spéculer sur le nombre exact de personnes tuées et que l'enquête se poursuit, la police vient d'indiquer qu'elle a arrêté au moins 700 personnes dont des étrangers : des Tchadiens et des Nigériens.
Montant au créneau, le gouverneur a même précisé que 100 mercenaires présumés venus de la république du Niger avaient été interpellés et qu'ils étaient armés au moment de leurs arrestations. Comme il fallait s'y attendre, on a aussitôt réagi à Niamey, où les autorités ne cachent pas leur indignation après ces déclarations.
C'est triste que dans cette tragédie, on cherche des boucs émissaires au lieu de travailler, dès à présent, à ce que pareil drame ne se reproduise plus. L'hydre de l'anarchie ne date pas d'aujourd'hui, et le pouvoir central est un peu responsable de ce qui arrive, puisqu'il ne fait rien pour exercer une autorité absolue.
Quand on laisse des Etats faire ce qu'ils veulent, on ne doit pas être surpris de la pagaille. Une accusation de cette dimension peut mettre en danger les Nigériens qui vivent depuis plusieurs générations au Nigeria. L'Afrique, qui souffre d'autres maux, n'a pas besoin de ça pour améliorer sa situation dans plusieurs domaines. Accuser son voisin alors qu'on n'a pas fini d'enterrer ses morts, il faut être un géant au pied d'argile pour le faire.
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